Gilles Tremblay n’est plus

Gilles Tremblay analyste en compagnie de Lionel Duval et de Richard Garneau.
Photo: Radio-Canada Gilles Tremblay analyste en compagnie de Lionel Duval et de Richard Garneau.

L’ancien joueur du Canadien de Montréal Gilles Tremblay est décédé mercredi matin à l’âge de 75 ans, a annoncé l’équipe par le biais de son compte Twitter.

Avec le décès de Tremblay disparaît le tout premier «joueurnaliste» de l’histoire du Québec. Et l’un des meilleurs.

«On vient de perdre un pionnier. Non seulement il a été le premier [«joueurnaliste»], mais il est demeuré en poste très longtemps», a rappelé Guy Robillard, auteur de la biographie Gilles Tremblay, 40 ans avec le Canadien. «Il était très apprécié, un homme qui faisait l’unanimité auprès de ses collègues.»

«Mes sincères sympathies à la famille de Gilles Tremblay, a écrit le propriétaire du Canadien, Geoff Molson, sur Twitter. Il fut un précurseur et un ambassadeur pour le Canadien et le hockey.»

L’ancien ailier gauche de Jean Béliveau et Bernard Geoffrion a en effet été le premier ex-athlète engagé régulièrement comme analyste dans les médias électroniques au Québec. Un véritable pionnier, dont la deuxième carrière a duré une trentaine d’années et l’a mené jusqu’au Temple de la renommée du hockey en 2002.

«Vous savez, c’est très difficile de faire la transition entre le statut de joueur et membre des médias, mais dans le cas de Gilles ç’a été assez facile parce qu’il était très sympathique», a commenté Réjean Houle, qui a fait son entrée dans la Ligue nationale de hockey en 1969, tout juste après la retraite de joueur de Tremblay. «Il était très près des joueurs, il se renseignait énormément sur les changements dans le domaine du hockey, autant chez le Canadien que dans le reste de la ligue. Je vais garder de très bons souvenirs de Gilles.»

Un joueur complet

Mais ce que les plus vieux ont tendance à oublier et ce que les plus jeunes ignorent souvent, c’est qu’avant de se faire un nom comme commentateur aux côtés des René Lecavalier, Richard Garneau, Lionel Duval, Claude Quenneville et René Pothier, Tremblay a été tout un joueur de hockey. Il s’est révélé l’un des meilleurs ailiers gauches de sa génération, le prototype rêvé de ce qu’on appelle en jargon de hockey un joueur complet, une gazelle solide sur patins capable de briller en attaque et en défense.

«On oublie très souvent qu’il a été un très grand joueur de hockey, a dit Robillard. On l’a comparé aux plus grands ailiers gauches de l’histoire, ce qui est remarquable. Il a été un joueur complet, dont le style s’apparentait un peu à celui de Guy Carbonneau.»

D’ailleurs, le directeur général du Canadien à l’époque, le légendaire Frank Selke, disait ouvertement qu’il n’échangerait jamais son joueur pour Frank Mahovlich, ni même pour un million de dollars, une fortune dans les années 1960. Et à Toronto, où jouait alors Mahovlich, «King» Clancy en avait remis en disant ouvertement qu’il trouvait Tremblay égal sinon supérieur à son propre joueur, voire à Bobby Hull, parce que «plus complet».

En 509 matchs réguliers dans la LNH, tous disputés avec le Canadien de 1960 à 1969, Tremblay a marqué 168 buts et totalisé 330 points. À une époque où marquer 20 buts était un petit exploit, il a dépassé cette marque à cinq reprises. Il a inscrit son nom sur la Coupe Stanley deux fois.

Tremblay s’est aussi fait une renommée en devenant l’ombre du grand Gordie Howe. Mais, devait-il dire, ce n’est pas la grande vedette des Red Wings de Detroit qui lui a offert le plus de difficultés en défense, mais un autre ailier droit, Ken Wharram, des Blackhawks de Chicago, «pour la simple raison qu’il patinait aussi vite que moi».

Blessures

La carrière de Tremblay a malheureusement été ralentie par d’innombrables blessures, dues bien davantage à la malchance qu’à la fragilité car, paradoxalement, il était une force de la nature. Heureusement, d’ailleurs, car il n’aurait jamais vécu aussi longtemps.

C’est en effet la maladie qui l’a forcé à la retraite alors qu’il venait d’avoir à peine 31 ans: un problème d’asthme, mal soigné selon lui, qui s’est gravement détérioré au point de devenir une maladie chronique exigeant des doses anormales de cortisone jusqu’à la fin de ses jours.

«On a joué avec ma santé», déclare-t-il dans le bouquin qui lui est consacré. Mais sans en vouloir à son équipe adorée, estimant que tout le monde faisait la même chose à l’époque.

Tremblay aura quand même eu la chance d’avoir une longue deuxième carrière tout aussi fructueuse que sa première. Comme analyste, il a pu continuer de vivre tous les matchs du Canadien sur place pendant encore une trentaine d’années. Et après des débuts normalement un peu difficiles, il n’a pas tardé à se refaire une autre réputation.

Né le 17 décembre 1938 dans une famille de 14 enfants élevés à Montmorency, Tremblay avait complété une 12e année scolaire et était équipé pour le boulot d’analyste. Malgré tout, il a dû tout apprendre et vaincre les préjugés. Surtout, comme il a raconté, qu’entreprendre une carrière à Radio-Canada aux côtés de Lecavalier était assez intimidant merci.

Mais curieux et désireux de s’améliorer, il n’a pas mis de temps à s’imposer pour devenir un analyste éminemment respecté.

Il était doué d’une vision exceptionelle du jeu. Il voyait tout, ou presque, la rondelle déviée, le patin effleuré, le bâton tenu trop haut. Et il se faisait un devoir de faire ses commentaires, dans une langue très correcte, avant la reprise qui venait presque toujours lui donner raison. Et malgré son attachement avoué pour «son» Canadien, il a toujours réussi à demeurer le plus objectif possible.

C’est en tant que commentateur que ce formidable ailier gauche a été intronisé au Temple de la renommée.

«J’ai été reconnu comme premier ancien joueur analyste d’expression française, a-t-il dit. J’en tire une fierté bien légitime et j’ai ouvert la porte à plusieurs.»