Émile «Butch» Bouchard s'est éteint à 92 ans

Butch Bouchard, un capitaine enthousiaste.
Photo: Source Écomusée du fier monde Butch Bouchard, un capitaine enthousiaste.

Émile «Butch» Bouchard, le plus vieux capitaine du Canadien de Montréal, est décédé aujourd'hui des suites d'une longue maladie. Il était âgé de 92 ans.

Né à Montréal le 4 septembre 1919, Emile Bouchard ne se destinait pas vers une carrière de hockeyeur. Après des études au Collège Roussin, le jeune Émile souhaitait travailler dans le domaine bancaire ou comme apiculteur.

Sportif accompli, il a pratiqué le baseball et la boxe, mais c'est à l'âge de 16 ans qu'il commence à s'adonner au hockey. Après avoir emprunté 35 $ à son frère Marcel pour s'acheter un équipement, il s'y met sérieusement et y connaîtra beaucoup de succès, notamment avec les Maple Leafs de Verdun, de la défunte Ligue provinciale sénior.

Le robuste défenseur de six pieds deux et 205 livres s'est rapidement fait remarquer et le Canadien de Montréal lui offre son premier contrat professionnel pour évoluer avec leur club de Providence (Rhode Island) dans la Ligue américaine. Il y disputera 12 matchs en 1940-41.

À son premier camp d'entraînement, avant la saison 1941-42, Émile Bouchard parcourt à vélo les 80 km séparant sa résidence de Montréal à la ville de Saint-Hyacinthe, site d'entraînement du Canadien à l'époque, s'assurant par le fait même de ne pas passer inaperçu à son arrivée. Bouchard s'est taillé un poste cette année-là et a passé les 15 saisons suivantes avec le club, devenant l'un de ses piliers à la ligne bleue.

Au cours de sa carrière de 15 saisons dans la Ligue nationale de hockey, Bouchard a disputé 785 matchs, marquant 49 buts et ajoutant 144 aides pour 193 points. Joueur robuste - mais non belliqueux -, Bouchard a aussi accumulé 863 minutes de punitions au cours de sa carrière.

Nommé capitaine avant la saison 1948-49, il a remplacé Bill Durnan à titre de capitaine de l'équipe, rôle qu'il occupa pendant huit saisons, jusqu'à sa retraite à l'issue de la saison 1955-56. Il fut alors remplacé par Maurice «Rocket» Richard.

Bouchard a disputé 113 rencontres en séries éliminatoires en carrière et remportera quatre coupes Stanley, en 1944, 1946, 1953 et 1956, les deux dernières à titre de capitaine. Il inscrivit 32 points (11-21) et amassa 121 minutes de pénalité au cours de ces rencontres.

«Butch» Bouchard a été élu au sein de la première équipe d'étoiles de la LNH en 1945, 1946 et 1947 et au sein de la deuxième en 1944. Il a été admis au Temple de la renommée du hockey en 1966.

Il aura toutefois dû patienter 43 ans avant que le Canadien ne retire son chandail numéro 3. Après une longue controverse, Émile Bouchard a été honoré en même temps que Elmer Lach lors du match du centenaire de l'équipe, le 4 décembre 2009.

Le retrait de son chandail récompensait une campagne populaire amorcée trois ans ans plus tôt par les membres de sa famille et qui a trouvé un échos favorable dans les médias, notamment du soutien du populaire animateur de radio Ron Fournier.

Depuis 1975-76, la Ligue de hockey junior majeur du Québec honore son meilleur défenseur en lui remettant le trophée Émile-Bouchard.

Homme d'affaires averti

En plus d'une glorieuse carrière sur la glace, Émile Bouchard aura également connu du succès en affaires. De 1938 à 1950, il a été apiculteur. Ses 1 200 000 abeilles ont produit jusqu'à 15 000 livres de miel par année.

En 1948, il a ouvert le restaurant Butch Bouchard, rue de Montigny - maintenant le boulevard de Maisonneuve - et Saint-André au centre-ville de Montréal. Le restaurant, ouvert jusqu'en 1983, faisait aussi office de cabaret et quelques grands noms de la chanson s'y sont produits, dont Charles Aznavour. Il était le rendez-vous des amateurs de hockey comme de l'élite de l'époque.

Bouchard a également pu jumeler affaires et sport en devenant, en 1956, directeur des Royaux de Montréal de la Ligue internationale, à l'époque club-école des Dodgers de Brooklyn, puis de Los Angeles à compter de 1958. En 1957, il a été promu président. Le club a disputé sa dernière saison en 1960.

Émile Bouchard a aussi été très impliqué socialement. Il a, entre autres, présidé la campagne de financement pour la construction de l'aréna du Collège Roussin et, en 1961 et 1962, a été conseiller municipal de la ville de Longueuil. Il a aussi pris part aux activités de la Chambre de commerce et du Club optimiste de Longueuil, en plus de siéger aux conseils d'administration de la Palestre nationale et de l'hôpital Sainte-Jeanne-d'Arc de Montréal.

Fils de Calixte Bouchard et Régina Lachapelle, Émile Bouchard a épousé l'artiste-peintre Marie-Claire Macbeth en 1946. Le couple a eu cinq enfants: Émile fils, vétérinaire, Jean, journaliste, Michel, cinéaste, Pierre, qui a porté les couleurs du Canadien de 1970-71 à 1977-78, et Marie-France, qui oeuvre dans le milieu théâtral.

Des anciens Canadiens lui rendent hommage

À la suite du décès de son père Émile, Pierre Bouchard, qui a lui aussi été défenseur pour le Canadien, s'est rappelé ce qu'a signifié le retrait du chandail de son père par l'organisation montréalaise, en 2009.

«Ça lui donné un regain de vie, a dit Bouchard. Quand Ron Fournier a recueilli les paroles de Maurice Richard, qui disait que s'il y avait un autre chandail à retirer de son époque, ce serait celui de 'Butch' Bouchard, ça lui a donné un regain de vie dans ses dernières années, j'en suis certain.»

Bouchard a confié avoir ressenti l'affection et le respect que les gens avaient pour son père, qui a porté l'uniforme tricolore pendant 15 saisons.

«J'ai toujours senti le respect qu'on lui portait quand j'étais plus jeune, a dit Pierre Bouchard. Je le voyais par son implication sociale à Longueuil dans le hockey junior, le baseball junior, avec l'Hôpital Ste-Jeanne-d'Arc et comme échevin à Longueuil, jusqu'à la fin des années 70. Après ça il passait ses hivers en Floride, donc il était moins impliqué socialement au Québec. Le nom disait toujours quelque chose aux plus âgés, et le retrait de son chandail l'a fait connaître auprès des plus jeunes.»

Bouchard a mentionné que son père ne souffrait pas de maladie particulière.

«Il avait eu une fracture à la hanche, mais il n'était pas malade. C'est la vieillesse qui a fait son oeuvre. Il était lucide. Tout fonctionnait au ralenti, mais il était correct. C'est le coeur qui a flanché, c'est l'épuisement des années. Il n'avait pas de maladie.»

Le président des Anciens Canadiens, Réjean Houle, s'est rappelé un de ses premiers contacts avec Émile Bouchard.

«J'ai commencé à côtoyer M. Bouchard quand je suis arrivé à Montréal en 1967 avec le Canadien junior, a t-il dit. Je jouais avec Pierre, et j'ai eu l'honneur d'être invité à la résidence familiale. C'était pour moi un moment spécial, car c'étaient des gens très marquants. M. Bouchard était grand droit, solide. Un vrai chêne, très impliqué dans la communauté.»

«Il avait son resaurant où on allait après les matches, et c'est comme ça que j'ai pu le connaître davantage. Il était assez direct et avait un humour un peu sarcastique, ce qui lui permettait en même temps de faire passer son message, a ajouté Houle en riant.

«Il a été un des grands capitaines du Canadien. On a eu une période difficile dans les années 40 mais avec la venue de M. Bouchard et du 'Rocket' et les autres au début des années 50, comme le grand Jean (Béliveau), Henri (Richard), Dickie moore et ainsi de suite, Jean-Guy Talbot, Doug Harvey, c'était une période où tous les morceaux du casse-tête commençaient à s'assembler pour former une dynastie.»

Houle a lui aussi évoqué ce qu'a représenté pour Bouchard le retrait de son chandail numéro 3, en même temps que le numéro 16 d'Elmer Lach, le 4 décembre 2009.

«Ça lui a fait très chaud au coeur et il en était très fier, a dit Houle. Lui et Elmer Lach ont marqué un renouveau dans l'histoire du Canadien, et de les voir leurs chandails retirés, les voir ensemble comme ex-coéquipiers, c'était une très belle soirée.»

Une autre ancienne vedette du Canadien, Yvan Cournoyer, a notamment parlé de ses qualités humaines.

«Je l'ai connu comme ami et comme ancien joueur, a dit Cournoyer, qui a remporté 10 fois la coupe Stanley avec le Bleu-Blanc-Rouge. Nous avons fait de la promotion ensemble. C'était un homme vraiment sympathique, qui parlait à tout le monde, et qui était respecté de tout le monde.»

Le commentateur sportif Ron Fournier a fait écho à ces propos, en plus d'évoquer le style de jeu d'Émile Bouchard.

«Il a été un grand défenseur et un grand capitaine, a dit le commentateur sportif Ron Fournier, au réseau TVA. Il n'était ni flamboyant ni électrisant, mais il avait toute une stature. Il était un géant à son époque - un gentil géant, même si sur la glace, vous ne vouliez pas passer de son côté.

«Je suis très attristé, mais je n'ai que de bons souvenirs de lui, a poursuivi Fournier, qui allait le voir à l'occasion, ces dernières années. C'était un homme de peu de mots, mais d'une grande gentillesse.»           

5 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 14 avril 2012 10 h 39

    L'ancien temps

    L'ancien temps; eux contre nous, le flambeau, la sainte flanelle.
    Ces temps sont irrémédiablement disparus; je ne regarde plus le hockey.

  • Daniel Lambert - Inscrit 14 avril 2012 11 h 07

    Un chêne

    Un autre grand des Canadiens qui s'en va.

    Un chêne tombe mais qui le remplacera?

  • ClimateCrisis - Abonné 14 avril 2012 11 h 37

    sympathies a la famille

    je recommande de voir le film Maurice Richard , on voit un peu le caractere de M. Bouchard et de la place des quebecois au hockey.

    simon villeneuve

  • parlerpour - Abonné 14 avril 2012 11 h 51

    Adieu l'Émile...on t'aimait bien...

    Le faire est révélateur de l'être.

    Jean Paul Sartre

  • Daniel Lambert - Inscrit 14 avril 2012 17 h 55

    Des mots pour le dire.

    Le faire est révélateur de l'être.

    Merci pour cette belle maxime qui sied si bien aussi à Messieurs Harper et Charest!