Le sport d’abord

Photo: Rebecca Blackwell La Presse canadienne Les Canadiennes Jacqueline Simoneau (à gauche) et Karine Thomas pendant leur performance en nage synchronisée aux finales des Jeux panaméricains de Toronto, en 2015

À quelques semaines de l’ouverture des Jeux olympiques d’été, comment les athlètes canadiens vivent-ils les soubresauts qui ponctuent l’actualité du Brésil ? Les scandales politiques successifs et les crises financières leur donnent-ils une perspective particulière sur ces Jeux ? Quel impact a sur leur préparation la pensée qu’il existe une épidémie du virus Zika ? Considèrent-ils que les quelque 10 milliards que coûtera cette manifestation sont nécessaires au sport ? Que pensent les athlètes canadiens de tout cela ?

Comme tous les athlètes olympiques, ou presque, l’épéiste Maxime Brinck-Croteau rêve de ce rendez-vous depuis l’adolescence. « J’étais dans une classe de sport-études au secondaire. Il y avait au moins 15 gars qui jouaient au hockey. Moi, avec des broches dans la bouche, je faisais de l’escrime… Le secondaire, ce ne sont pas mes années glorieuses. » On le surnomme alors « Cocotte ». Le surnom lui est resté, explique-t-il en riant. Mais le voilà, lui, aux Olympiques…

Des cinq membres de l’équipe canadienne d’escrime, trois sont québécois. « Je parle pour moi, mais, pour être honnête, on se soucie juste de notre préparation. On ne suit pas ça beaucoup, ce qui se passe au Brésil. Ce sont les amis, les familles qui nous en parlent. » Brinck-Croteau dit faire entièrement confiance au comité organisateur. « C’est leur job. Je suis zéro inquiet. J’ai lu un document sur le Zika : le CIO dit que ce n’est pas extrême. C’est quelque chose par rapport aux moustiques. C’est saisonnier. »

La préparation en premier lieu

Rien, apparemment, ne saurait faire dévier la préparation d’un athlète. Surtout pas l’actualité. « On n’a pas le temps de suivre. On est tous dans notre préparation. Les problèmes, c’est hors de notre contrôle », dit Maxime Brinck-Croteau.

Quand on a 15 ans et que la “vibe” olympique nous gagne, on n’a pas conscience de ce que les Olympiques font sur les populations. L’entraînement, c’est tout ce qu’on fait.

 

Tandis que des milliers d’ouvriers peinent à s’assurer que tout soit prêt pour l’accueil des premiers Jeux olympiques de l’Amérique du Sud, le Brésil est ébranlé par les secousses combinées d’une crise politique majeure, d’un ressac économique et de problèmes écologiques systémiques.

Karine Thomas, de Hull, a participé aux JO de Londres en 2012. Membre de l’équipe canadienne de nage synchronisée, elle attend les Jeux avec impatience. Le Devoir l’a jointe à Winnipeg, alors qu’elle poursuit sa préparation. « C’est certain que je suis au courant de ce qui se passe au Brésil, mais ce qui m’importe plus que tout en ce moment, c’est ma préparation physique et mentale pour la plus grande et importante performance de ma vie. D’ici les Jeux, je ne me concentre que sur mon entraînement. »

Plusieurs des derniers Jeux olympiques se sont traduits par des scandales, des affaires de corruption, des glissades économiques et une charge énorme reportée par la suite sur les populations locales. Est-ce qu’un athlète pense tout de même à cela au moment de se lancer dans l’aventure des Jeux ? « Je crois que ça dépend entièrement de chaque personne », dit Karine Thomas. Mais vous ? « C’est certain que je suis très au courant de ce qui se passe avant, pendant et après les Jeux… »

Ce qui n’empêche pas l’athlète de faire l’impasse sur les problèmes que soulève l’olympisme. « Parce que je crois que les Jeux olympiques sont absolument magiques, affirme Karine Thomas. J’ai voué ma vie à mon sport et à l’atteinte de la meilleure performance aux Jeux olympiques. Et je crois que c’est le genre de choses qui peuvent inspirer une nouvelle génération à faire de même. Il faut choisir nos batailles dans la vie ! Je choisis de prendre mes expériences et mon vécu pour possiblement aider une nouvelle génération à être la meilleure version d’elle-même. »

Selon la fiche biographique officielle de l’équipe olympique canadienne, l’athlète de 27 ans « aime faire la cuisine et de la pâtisserie, mais aussi regarder la chaîne de télévision The Food Network. Au cours de ses voyages, elle collectionne les aimants pour réfrigérateur ». Avez-vous des chances de remporter des médailles à ces Jeux ? « J’aimerais penser que oui ! »

Savoir ignorer

Les athlètes ignorent-ils volontairement la situation au Brésil ? « Quand on a 15 ans et que la vibe olympique nous gagne, on n’a pas conscience de ce que les Olympiques font sur les populations, dit l’épéiste Maxime Brinck-Croteau. L’entraînement, c’est tout ce qu’on fait. »

Et quand on n’a plus 15 ans, mais 30 ans, est-ce qu’on ne se force pas en fait à ignorer ce qui se passe ? « C’est un petit peu ça. Mais peu importe ce qu’on fait, il va toujours y avoir de gros problèmes. Tu n’aurais pas un impact sur les famines, les problèmes humains. Toute l’attention est sur les Jeux. C’est dur. Mais au bout du compte, c’est juste un événement sportif. »

Je suis au courant de ce qui se passe au Brésil, mais ce qui m’importe plus que tout en ce moment, c’est ma préparation physique et mentale pour la plus grande performance de ma vie

 

Pour la cycliste Karol-Ann Canuel, championne canadienne du contre-la-montre et championne du monde par équipe de la même discipline, il ne sert à rien de se préoccuper de la situation au Brésil. « Pour l’instant, je peux juste focaliser sur mon entraînement et ma préparation », dit-elle en entretien au Devoir.

Elle s’efforce même de ne pas penser du tout au pays des XXXIes olympiades. « J’essaie de ne pas penser à ce qui se passe au Brésil. Cette partie est hors de mon contrôle, donc pour le moment elle ne m’affecte pas. »

La sélection de Karol-Ann Canuel dans l’équipe nationale canadienne ne se décidera qu’à la fin de juin, aux championnats canadiens, mais les chances sont fortes qu’elle porte le maillot canadien à Rio. Plusieurs équipes nationales restent encore à constituer officiellement.

Démesuré

L’ancienne patineuse de vitesse olympique Isabelle Charest est chef de mission adjointe l'équipe canadienne. « Quand tu es jeune, tu rêves aux Olympiques. Tu adhères aux valeurs. Ça t’anime. Le choix d’une ville pour les Olympiques, ce n’est pas du ressort des athlètes. Ils veulent réaliser leur rêve. »

Faut-il pour autant que le rêve ne tienne pas compte de la réalité humaine ? « L’événement est rendu gros, démesuré. Ce n’est pas la faute des athlètes. Dans bien des cas, ils passent leur vie à amasser de l’argent, à dormir dans des dortoirs. C’est peut-être le seul événement démesuré auquel ils participent. »

Pourquoi, en ce cas, ne se prononcent-ils pas davantage sur cette démesure ? « Il y en a qui le font. J’ai entendu des athlètes dire, par rapport aux Jeux de Sotchi notamment, que c’était démesuré. »

Ces sportifs de haut niveau n’en répètent pas moins tous en choeur qu’ils ne font que du sport. La consécration individuelle que représente une simple participation à un tel événement international conduit plusieurs d’entre eux à se laver les mains devant des problèmes locaux et nationaux.

Cela ressemble assez au leitmotiv des mousquetaires d’Alexandre Dumas, à condition de l’inverser : « Tous pour moi et moi avant tout ! »


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La manifestation sportive internationale coûtera quelque 10 milliards de dollars.
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  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 4 juin 2016 11 h 01

    Ils sont tombé dans"la potion" magique...

    Tel Obélix qui ne se préoccupe que de menhirs, de sangliers et
    de donner une "baffe" de temps à autre.
    Il obéit au doigt et à l'oeil ...à Astérix... son mentor!
    Sauf que...Astérix, Obélix etc, sont des acteurs ....dans des bandes dessinées.

    Ces sportifs de haut niveau...peu importe leur champ d'action...sont parfois des
    personnages très imbus de leur personne... de leur nombril! Mais seront aussi, éventuellement, des acteurs ... dans la vraie vie.
    Ceux qui sont leurs maîtres à penser, leurs entraîneurs, leurs mentors,ont une responsabilité dans le développement "culturel" de ces jeunes hommes et femmes.

    La vraie vie ...ce n'est pas que l'or, l'argent et le bronze!