Marcel Aubut démissionne

Sous enquête pour des allégations de harcèlement sexuel, Marcel Aubut a annoncé par voie de communiqué, samedi matin, qu'il quitte son poste de président du Comité olympique canadien (COC).

Il s'était déjà retiré temporairement de ses fonctions, mercredi, en raison du déclenchement d’une enquête interne qui concerne une plainte pour harcèlement sexuel déposée par une employée du Comité olympique canadien.

Marcel Aubut signale avoir pris cette décision parce que «la situation actuelle constitue une distraction majeure qui fait perdre de vue les véritables objectifs du COC» et qu'elle «menace maintenant le bon fonctionnement de l’organisation».

«Ces considérations font en sorte que j’annonce aujourd’hui ma démission à titre de président du Comité olympique canadien, écrit-il, auquel j’ai consacré les dix dernières années de ma vie et pour lequel je me suis battu avec toute mon énergie.»

L’enquête spécifique concernant M. Aubut menée par le juge François Rolland est donc interrompue «suivant sa démission et selon les souhaits du plaignant», a indiqué le COC par voie de communiqué. «Le processus indépendant examinant toute autre plainte se poursuivra sans interruption», est-il toutefois spécifié.
 

Des excuses


Marcel Aubut a déploré, dans son communiqué envoyé samedi matin, que des gens lui «prêtent des intentions qui n’ont jamais été les [siennes]». Il a reconnu qu’il avait une personnalité «expansive» et «démonstrative», mais il martèle qu’il n’a jamais eu l’intention «d’offenser ou d’indisposer quiconque».


«Je profite de l’occasion pour m’excuser sincèrement auprès des gens que mon comportement aurait offusqués. Je suis conscient que, parfois, mon attitude a pu être perçue comme discutable auprès de certaines personnes de la gent féminine et avoir entraîné un sentiment de malaise. Je le réalise. Et je vais m’ajuster. »


Marcel Aubut indique qu'il quitte la présidence du COC avec «le sentiment du devoir accompli» étant donné que l’organisation a traversé «avec succès les années les plus difficiles de son histoire».


Dans son communiqué, le COC a salué le «courage incroyable» de la plaignante, ajoutant que les événements de la dernière semaine avaient été «profondément» préoccupants. Vendredi, le comité avait annoncé qu’il élargissait son enquête interne visant son président. Cette deuxième enquête, distincte de la première, est toujours en cours.
 

«On n’a pas désigné l’enquêteur qui sera en charge de cette deuxième enquête, on ne sait pas encore qui ça va être, a confié le porte-parole du COC Ricky Landry. Quand on a embauché le juge Rolland, c’était pour enquêter sur la première plainte qui a été déposée. C’était un mandat très précis. Maintenant que M. Aubut a démissionné, la plainte a été retirée, et en conséquence le mandat du juge Rolland est terminé.»


«[Vendredi], on a créé un autre mécanisme afin d’élargir l’enquête afin de comprendre ce qui se passe et ce qui s’est passé, a-t-il ajouté. On ne voulait pas seulement comprendre cette plainte-là, mais mettre en place un processus qui permettra à n’importe qui de porter plainte — que ce soit en lien avec M. Aubut ou non. Cette démarche-là va se poursuivre.»


Réactions vives

Les réactions n’ont pas tardé à suivre tôt samedi matin. Le chef de mission pour les Jeux olympiques de Rio en 2016, Jean-Luc Brassard, s’est dit assommé par les révélations des derniers jours.

«C’est quelque chose d’avoir un ’mononcle’ qui fait des blagues parfois louches — je crois qu’il y en a un dans toutes les familles —, mais c’en est une autre d’avoir des accusations formelles de harcèlement. Il y a un monde entre ces deux réalités», a-t-il déclaré.

Brassard s’est également dit surpris de la loi du silence qui régnait autour de M. Aubut.

«On entend des choses qui se reflètent dans sa personnalité, qui est peut-être d’une autre génération, mais ce qui m’a le plus surpris c’est de savoir que tout le monde était au fait de ça depuis une quarantaine d’années — depuis l’époque des Nordiques —, mais qu’aucun journaliste n’ait réagi, a-t-il rappelé. Personnellement, j’ai eu une relation des plus cordiales avec Marcel, malgré son caractère parfois spécial.»

Selon Brassard, la démission de M. Aubut est dans le meilleur intérêt des athlètes qui se préparent pour les Jeux olympiques de l’an prochain, afin d’éliminer les sources de distraction qui pourraient émaner de cette affaire.

 


«Du point de vue du chef de mission, [la démission de M. Aubut] était devenue la seule solution possible, a confié Brassard. De cette façon on va pouvoir travailler l’esprit en paix en prévision des Jeux olympiques de Rio. Ça va nous permettre d’aller de l’avant et de grandir de tout ça au sein du COC. Ce sera aussi une bonne expérience d’un point de vue personnel, en tant que chef de mission.»


Le COC entamera les prodédures pour nommer un président par intérim dans les prochains jours. Âgé de 67 ans, Marcel Aubut est membre du COC depuis 2000, et il était président depuis avril 2010.

4 commentaires
  • Yves Corbeil - Inscrit 3 octobre 2015 10 h 50

    Désolé trop facile

    La plainte retiré combien $, on ne le saura pas et dans le fond c'est pas important car ça n'a pas de prix.

    Le vrai problème, l'autorité, le pouvoir que ces gens en position de force qui se pensent au dessus des lois, ça ne cessera pas tant qu'on banalisera leur geste de la sorte. Les DSK de ce monde ne gagneront pas tous leur procès et il ne faut pas renoncer à les poursuivres. Sans quoi, on reste exposer à ces dérives d'autorités, les femmes surtout, qui veulent prendre leur place dans notre société.

    Il n'y a rien qui va changer si on continue à accepter des excuses bidons et du cash pour étouffer ces comportements inacceptables comme ceux qui impliquait le clergé à un degré différent mais...

  • Raymond Guay - Abonné 3 octobre 2015 12 h 38

    Malheureusement le COC et M Aubut réussiront à bien cacher ou enterrer cette situation. Depuis 2011 l'organisme était au courant de cette situation . Nous le publique ne connaitront pas ce qu'il sait passer.

  • Denis Paquette - Abonné 3 octobre 2015 12 h 53

    De la licence et de la demagogie

    Ne dit-on pas que le pouvoir dans les mains de certains devient facilement un droit a la licence et de la démagogie, ne me demander pas d'en nommer, les risques pour moi seraient trop gros

  • Colette Pagé - Inscrite 3 octobre 2015 20 h 17

    Allez au fond des choses !

    Tel était le souhait exprimé par Sylvie Fréchette. Une voeu que cette démission suivie du retrait de la plainte ne sera pas suivie. Se pourrait-il que le message qu'envoie cette nouvelle règlement est à l'effet que plus vos serez puissant moins sera élevé le risque que vous soyez incommodés pour des gestes posés.

    Quant à la plaignante qui a retiré sa plainte son geste n'aidera probablement des femmes victimes de harcèlement.