René Cyr, grand champion international de course

À vélo, René Cyr porta longtemps le maillot des Canadiens de Montréal
Photo: Archives privées À vélo, René Cyr porta longtemps le maillot des Canadiens de Montréal

Dernière légende vivante de la grande époque des courses cyclistes disputées au Forum de Montréal, René Cyr est décédé le 14 février à l’âge de 94 ans. Dans les années 1930, au temps où les courses de vélo sur piste passionnaient le public, René Cyr portait fièrement le maillot tricolore des Canadiens. L’équipe de hockey possédait alors sa propre équipe cycliste professionnelle.

Cyr roule dans un vaste circuit professionnel de courses tissé entre les villes de New York, Detroit, Cleveland, Chicago, Atlantic City, Saint-Louis, Buffalo, Pittsburgh, Washington, Cleveland, Los Angeles, Minneapolis, San Francisco et Montréal.

À Montréal, tout au long des années 1930, des foules de plus de 15 000 personnes se massent au Forum pour assister aux prouesses de René Cyr, de Jules Audy, de Torchy Peden et d’autres vedettes du vélo. Les foules pour le hockey sont souvent trois fois moins importantes.

Né à Montréal en 1920, Cyr devient une des jeunes vedettes de ce circuit. Dès ses débuts dans la compétition en 1936, il écrase tout le monde. Et c’est surtout dans les courses sur piste de six jours que René Cyr brillera. Pendant six jours et six nuits, les fesses usées à force d’être collées à un triangle de cuir, les cyclistes doivent accumuler un maximum de tours. Un système de bonification, soit des points attribués lors de sprints impromptus, peut aussi contribuer à départager les vainqueurs. Un coureur peut dormir et s’alimenter pendant que son coéquipier tourne sur la piste, tel un écureuil dans sa cage. La course n’arrête jamais. Les vedettes de la chanson, de la politique ou de la pègre viennent nombreuses pour être vues.

En 1941, René Cyr remporte la course au Forum, avec pour coéquipier William « Torchy » Peden. Ce dernier, sacré champion du monde, le père Plouffe, dans l’oeuvre de Roger Lemelin, en sera un admirateur inconditionnel.

Arme secrète

René Cyr a ses secrets de champion qui feraient frémir les diététistes d’aujourd’hui. Il ne boit pas d’eau en course, convaincu que cela nuit à ses performances. Comme plusieurs coureurs cyclistes de son époque, il ingurgite beaucoup de lait et, surtout, du pouding au riz. Pendant les courses de six jours, il ne s’alimente pratiquement qu’avec cette bouillie dont les glucides constituent son carburant et, à ses dires, son arme secrète.

Au milieu de la piste, derrière de simples rideaux, les cyclistes des courses de six jours se reposent à peine, affalés sur une paillasse. Ils somnolent, se font masser, puis vérifient leur matériel à la suite de chutes qui laissent souvent sur la piste de bois des hommes inconscients. Une semaine de course, pour un bon coureur comme Cyr, rapporte au minimum 500 $, souvent beaucoup plus.

Cyr fronçait les sourcils lorsqu’on osait utiliser devant lui le mot « dopage ». Il s’agissait à son sens d’une abstraction dégradante inventée par des gens qui ne connaissaient pas le coffre à outils nécessaires au rayonnement complet d’un champion cycliste de son temps. À son sens, les médecins, voués au bon déroulement du spectacle, ne faisaient qu’administrer des « médicaments » capables de révéler le meilleur en chaque sportif. Plusieurs produits à base de cocaïne et de nitroglycérine sont utilisés sur une base régulière par les coureurs de l’époque à titre de stimulants.

Champion sur piste, René Cyr a aussi connu une carrière sur route, à une époque où les vélos, avec leur cadre en acier et leurs jantes en bois, sont lourds et encore assez peu fiables. Cyr utilise des vélos Gachon, fabriqués pour lui à la main à Montréal. Il les repeindra à plusieurs reprises, selon les exigences de ses commanditaires.

Entre 1936 et 1940, chez les amateurs, il remporte 47 victoires. Il est sacré champion canadien du contre-la-montre sur une distance de 50 miles trois ans de suite. Il obtient aussi des titres canadiens pour les 100 miles. Dans l’avant-guerre, les courses intercités sont populaires. Il en remporte plusieurs.

Pour l’édition de 1940 de la course Québec-Montréal, René Cyr, donné grand favori, doit changer de vélo à huit reprises : bris de chaîne, crevaisons et divers ennuis mécaniques s’accumulent. C’est une des rares épreuves qui lui échappent.

René Cyr signe volontiers des autographes. Le circuit dans lequel il évolue en a fait une star, ce qui s’accentue à la suite d’une victoire aux États-Unis qui l’autorise à enfiler le maillot étoilé de champion américain.

En 1942, à cause de la guerre, les coureurs allemands, hollandais, français, belges et italiens qui participaient jusque-là au circuit professionnel nord-américain n’ont plus le loisir de se déplacer librement. Cosmopolite, René Cyr avait vite pris l’habitude de tout ce monde avec lequel il tournait des jours entiers. En 1944, il épouse une de ses admiratrices, Theresa Zimmermann, une Allemande. Forcé de s’arrêter malgré lui, il ouvre un magasin de réparation de vélos.

Vélodrome olympique

Après la guerre, René Cyr continuera de courir jusqu’en 1957, tout en dirigeant une compagnie de transport. Il organisera aussi plusieurs courses internationales, des « grands prix » autour du mont Royal par exemple. À la fin des années 1950, René Cyr avait même engagé par contrat, à l’occasion d’une course de six jours, le légendaire cycliste italien Fausto Coppi, image centrale des Triplettes de Belleville.

À compter de 1963, Cyr participe activement à la relance des courses de six jours au centre Paul-Sauvé. Il fut aussi le directeur du vélodrome olympique de 1976 à 1982. Entre la fin du XIXe siècle et la fin du XXe siècle, Montréal compta plusieurs vélodromes différents.

La piste en bois de rose du vélodrome olympique a été démolie au début des années 1990. La colère de René Cyr à ce sujet demeurait totale. Il avait aussi beaucoup pesté de voir qu’au moment de sa fermeture, le Forum n’avait rendu hommage qu’aux joueurs de hockey. « C’était pourtant le vélo qui avait fait vivre le Forum durant la crise », disait-il. « Et la lutte aussi », ajoutait-il, bon prince.

Pour aller plus loin

Réentendre l'émission «C'est une autre histoire» consacrée au vélo, diffusée en juillet 2012 sur les ondes de la Première Chaîne. Au micro, Jean-François Nadeau y reçoit René Cyr avec qui il discute du quotidien d'un coureur cycliste, mais aussi l'historien Serge Gaudreau, entre autres invités.
5 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 18 février 2015 02 h 48

    Quelle tristesse...

    Tout ce qui n'est pas tamponné comme "canadian" doit finir par n'avoir plus d'intérêt que celui de disparaître.
    Cela inclus nos passions et nos héros, qu'ils soient sportifs, artistiques, littéraires, politiques, intellectuels ou autres.
    Comme société, quelle tristesse que de se fermer les yeux peu à peu, par une anesthésie grandissante de suffisance consommatrice !
    Que mes sentiments et mes condoléances les plus sincères accompagnent la famille et les amis de Monsieur Cyr.

  • Jean-François Laferté - Abonné 18 février 2015 06 h 40

    Merci

    De nous faire " re-connaître" ce héros!
    Jean-François Laferté
    Terrebonne

  • Antoine Casgrain - Abonné 18 février 2015 08 h 57

    À quand le vélodrome René-Cyr?

    Profitons de l'engouement pour le vélo pour construire un nouveau vélodrome à Montréal. Pour que la mode des fixis et des vélos d'hiver se consolide en activité sportive permanente!

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 18 février 2015 12 h 34

    Bon article

    Dans mon «Petit Larousse 2014», «Detroit» est écrit avec un accent aigu.
    Idem dans Wikipédia : «L'origine du nom de la ville provient du mot français, «détroit», en référence de la rivière étroite qui relie les deux lacs Sainte-Claire et Érié.» Cette ville a été fondée par Antoine de Lamothe-Cadillac en 1701.

    Dans cet article, «Saint-Louis» est écrit à la française et non à l'américaine (Saint Louis), pourquoi ne pas faire pareil avec «Détroit» ?

  • Yves Charland - Abonné 18 février 2015 21 h 30

    À mon humble avis, un article vraiment digne d'intérêt

    Pour ajouter à un commentaire précédent, pourquoi utiliser « miles » quand « milles » aurait été plus approprié? Tant « Le Petit Robert » que le « Multidictionnaire » acceptent cette orthographe, alors quelle est l'utilité de faire franco-français? Voulons-nous imiter la France avec ses mots anglais à profusion? Poser la question, c'est y répondre!

    Et l'auteur Jean-François Nadeau semble pourtant avoir un nom bien québécois de souche!?!