Lyne Bessette : « Les athlètes dopés ne payent pas leur dû »

Lyne Bessette en tête de peloton, suivie de Geneviève Jeanson, lors d’une course tenue à Montréal en juin 2002.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Lyne Bessette en tête de peloton, suivie de Geneviève Jeanson, lors d’une course tenue à Montréal en juin 2002.

« Je pense que je n’ai jamais autant sacré qu’aujourd’hui. » L’ancienne championne cycliste Lyne Bessette dit avoir reçu beaucoup de coups de téléphone de journalistes après la sortie de La petite reine, un film de fiction d’Alexis Durand-Brault qui met librement en image une vie magnifiée de Geneviève Jeanson, déchue pour avoir fait usage d’EPO.

 

« Toutes les fois qu’elle sort d’une façon ou d’une autre, celle-là, c’est toujours pareil : je passe pour la méchante, la pas fine, la chialeuse. Ce qui me fait chier est pourtant simple : on prend de la drogue, on gagne, ensuite on s’excuse, et on continue de faire les manchettes sans pourtant avoir rien remboursé de ce qu’on a volé ! Et si je dis ça maintenant, on va encore dire que c’est une affaire de jalousie. C’est pas ça ! »

 

La réflexion de Bessette sur les efforts que doit consentir un athlète pour réussir demeure invariable. « Pour les gens, le sport est une affaire de spectacle. Ils se disent que les athlètes sont tous dopés, que tout le monde prend de la drogue, et on regarde donc le spectacle de loin, avec un petit sourire. Mais quand tu es dedans, que tu donnes ta vie à ça, c’est une autre affaire. Non, c’est pas vrai que tout le monde est dopé. Et ce serait bien que les dopés payent vraiment pour le mal qu’ils font. »

 

À son sens, Jeanson n’a pas payé sa faute, pas plus que d’autres qui ont suivi les mêmes chemins de la tricherie. « Ils sont pleins à avoir pris des drogues, à avoir gagné puis empoché de l’argent. Un jour, ils se font prendre. Puis ils s’excusent. Et ça continue, leurs affaires ! Ils font des Gran Fondo en héros ou lancent des lignes de vêtements ! Mais ils ne remboursent jamais. Jeanson fait encore la manchette. Et c’est moi qui passe pour la méchante. Mais ce qui m’écoeure, c’est le vol de tous les autres. Les 20 000 $ par année, par exemple, qu’elle a reçus pour le développement des athlètes de Sport Canada pendant des années, tout cet argent-là destiné au perfectionnement du sport dans la jeunesse, cet argent-là est disparu. Ceux qui auraient pu en profiter honnêtement n’ont pas vu cet argent-là. Et ils le verront jamais. La plupart des gens qui se sont dopés ne payent pas vraiment pour ce qu’ils ont fait. Ailleurs, quand tu voles de l’argent, tu vas en prison. Là, c’est comme si c’était rien ! Il semble qu’il y a juste Lance Armstrong qui paye en ce moment. C’est bien qu’il paye. Mais les autres ? »

  

Le problème

 

Médaillée d’or aux Jeux du Commonwealth, championne du Tour de l’Aude, plusieurs fois championne du Canada et championne de cyclo-cross, Lyne Bessette n’a pas à rougir le moins du monde de son impressionnant palmarès. « Les gens croient que je suis jalouse de Jeanson ! C’est pas ça. Mais enfin, ça nous prend-tu en plus un film pour apprendre que le dopage, c’est pas bien ? Ce film ne nous amène rien de nouveau. C’est encore l’histoire de la pauvre petite fille, victime de son milieu et tout. À 16 ans, je peux comprendre qu’on prenne de la drogue de façon pas tout à fait éclairée. Mais à 23 ans, quand t’es majeure, que tu te dopes et que tu vas dire ensuite devant le monde entier à la télévision que tu n’as jamais touché à ça ? Tu n’es pas responsable jusqu’au bout ? »

 

Est-ce que les filles du peloton ne se doutaient pas qu’il y avait du dopage à l’époque où Geneviève Jeanson se trouvait au coude à coude avec Lyne Bessette ? « Je le savais que ça existait. Ça se parlait. Au championnat canadien à Hamilton, on nous avait dit que Jeanson ne pourrait pas courir parce qu’elle s’était fait prendre. Elle avait un taux d’hématocrite trop élevé. J’avais dit après aux journalistes qu’on s’en doutait. Et c’est moi qui m’étais fait ramasser ! »

 

Alors que le peloton féminin roulait plutôt dans une atmosphère de franche camaraderie, Jeanson faisait toujours cavalier seul, se souvient Lyne Bessette. « Elle était très secrète. Très weird aussi. C’était pas normal. En course, on aurait dit qu’elle voulait toujours arracher l’asphalte. Elle était très agressive. Elle cherchait tout le monde. Non, ce n’était pas normal. Elle avait pas le goût de parler à personne. Une fois, je lui ai écrit une lettre. Pas de réponse. Rien. J’imagine que son entraîneur l’a détruite, qu’elle ne l’a jamais eue. Je lui disais que ce serait bien de pouvoir se parler. »

 

Dans le film d’Alexis Durand-Brault, le personnage inspiré de la vie de Lyne Bessette est interprété par Mélanie Pilon. Cette Valérie-Lyne Bessette apparaît plutôt amère et cynique par rapport aux performances de Julie Arsenau (jouée par Laurence Leboeuf), le personnage librement inspiré de Jeanson. Les deux comédiennes apparaissent très peu à l’aise sur un vélo de course. Mais la course demeure ici accessoire dans cette histoire qui tient surtout aux rapports ambigus qui se tissent autour de l’univers du dopage. « J’irai pas voir ce film. Les gens qui me disent aujourd’hui sur Facebook que c’est bien et que je devrais aller le voir n’ont rien compris à cette affaire ni au cyclisme. J’en ai plus qu’assez. Je les flushe systématiquement. »

23 commentaires
  • Vincent Bussière - Inscrit 11 juin 2014 01 h 05

    Elle ment encore!

    J'ai écouté les reportage d'Alain Gravel sur la tricheuse, elle ne regrette rien, ni le bien ni le mal, comme dans la chanson, tout ça lui est bien égal. Bessette a raison, personne ne paie sauf les deuxième et les troisième position. C'est comme en politique, personne ne paie pour les tricheries, la justice s'en charge, la justice fait rien du tout et la fraude et le trichage resteront bien ancrés au Québec car c'est pas grave, même c'est payant pour le tricheur, plein de tricheurs ne paient pas et l'exemple viens de haut, la toute dernière, madame Marois, tout comme la cycliste, elle nous a jurée pas rien qu'une fois et, sur trois bibles d'épaisseur n'avoir jamais fait de financement illégal et voilà qu'aujourd'hui sont attaché politique dans Charlevoix a révélé le contraire devant la commission Charbonneau, on triche au Québec. Quant à la tricheuse sur deux roues, elle a fait un peu de fric avec le film et en fera encore quand elle écrira le livre puis il y aura les conférence, elle nous croit stupide, elle a raison nous le somme et elle ment encore.

    • Guy Vanier - Inscrit 11 juin 2014 06 h 35

      Et elle mentira toujours!
      J'admire Mme Bessette qui est pour moi une grande athlète, comme j'admire Pierre Harvey, qui lui, a sacrifié une belle carrière en ski de fond, pour avoir refusé de se drogué à l'époque.
      C'est des athlètes comme ça que nos jeunes ont besoin comme modèle et non des dopés.
      Mais les films de bonnes personnes n'ont plus la côté de ce temps-ci.
      Je n'irai pas voir ce film, qui mettra encore de l'argent dans les poches de cette voleuse de rêves......

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 11 juin 2014 07 h 01

      La tricheuse sur deux roues, parlez-vous de la Lt-gouverneure Lise Thibault ? elle a fait un livre ?

    • Francis Ruest - Abonné 11 juin 2014 08 h 20

      Nous sommes dans une société de marginaux. Il y a le bon côté d'une marge et l'autre. Nous glorifions facilement. Si Mme Jeanson n'a pas été puni et a pu se faufiler aussi facilement, c'est qu'elle avait certains appuis
      entre autres les commanditaires, je crois, et certains supports dans le domaine sportif journalistique, certains n'y ont vu que du feu. Le bon côté
      de la marge est de voir Lyne Bessette, qui était quasiment oublié, refaire surface et c'est tant mieux.

    • Marie-M Vallée - Inscrite 11 juin 2014 08 h 57

      D'accord avec vous M. Bussières et M. Vanier.

      C'est une menteuse et une manipulatrice compulsive qui retira des dividendes.

      Vite une thérapie ! Ou incluons dans la Charte québécois, la tricherie, le mensonge et j'en passe.

      Boycottons ce film ! Il y a des limites à faire rire de nous.

    • RONALD LESAGE - Inscrit 11 juin 2014 08 h 58

      Et regardez aussi qui on a choisi majoritaire pour administrer nos impôts . Faudrait être ensemble et non plus séparer nos votes mais après un quatre ans majoritaire de quelque parti que se soit , l'annihiler s'il ne rend pas compte de son administration .

    • Pierre Bellefeuille - Inscrit 11 juin 2014 20 h 58

      La recette de la trilogie du dopage : un ou une jeune adolescente ayant besoin d’amour et de beaucoup de reconnaissance, un coach cupide et égoïste avide de gloire et des commanditaires tout aussi cupides et avides de pouvoir. Et à l’extrême, on retrouve la politique triomphante s’affichant sans équivoque possible lors des olympiques. Tout contribue à une ambiance dopante où effectivement le drogué se retrouve piégé d’un système fait par et pour les élites dominantes où on ne laisse aucun choix à l’athlète qui désire vivre convenablement de sa passion.

      On peut aussi parler de la spirale du dopage : plus de succès = plus de reconnaissance = plus de prestige et de pouvoir. Hélas! À la fin, c’est toujours l’athlète qui en paye le gros prix, voir de sa santé physique et psychologique! Lorsqu’un athlète tombe, les commanditaires s’enfuient plus rapidement que ne l’aurait fait Ben Jonhson!

      Le système de dopage et des commandites ne laisse aucune chance et ne pardonne pas.

      Qu’est-ce que ça veut dire à la fin être le meilleur?

    • Yvan Trottier - Inscrit 12 juin 2014 11 h 33

      M.Buissière, vous auriez pu choisir le nouveau P.M. pour dénoncer les tricheurs. Votre choix c'est tourné vers Mme Marois mais quand je compare l'évasion fiscale de M. Couillard à Mme Marois c'est deux poids deux mesures. Il a caché 600,000.$ pendant près de dix ans sans avoir payé aucun impôt sauf sur les intérêts et qu'il nous fait à croire qu'il n'était pas conscient du genre de banque que ses collèges lui ont suggérés. Personne n'est dupe, mais pour ce "grand homme" on peut tout pardonner. L'aveuglement volontaire n'aide pas à prendre les bonnes décisions. On a choisi le plus grand tricheur maintenant on doit payer la note et ce n'est pas fini.

  • Carole Dionne - Inscrite 11 juin 2014 01 h 08

    Cela est vrai

    Ce n'est pas juste pour Bessette. La petite jeanson a triché et elle s'est mise riche. Après un petit mea culpa et les poches pleines d'argent, elle va bien vivre. Pourtant , Bessette aurait dû être à sa place. Je n'ai aucune pitié pour Jeanson et ceux ou celles qui trichent.

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 11 juin 2014 02 h 14

    Moi je vous crois...

    et j'espère que vous serez, un jour, reconnue comme étant celle qui dit la "vraie"
    vérité...Il y a une autre personne qui a subit l'opprobe de la société et de ses pairs.
    Il disait pourtant "la vraie" vérité...il s'appelle Yves Michaud.!
    Bon courage Lyne Bessette.

    • Chantale Desjardins - Abonnée 11 juin 2014 08 h 46

      C'est rendu que le mesonge paie et les menteurs marchent la tête haute.
      Les personnes honnêtes souffrent en silence et connaissent la pauvreté.
      Quand un premier ministre utilise son entourage pour accomplir des actions perverses et aucune punition, on rage. Si je frappe quelqu'un jusqu'à lui briser des dents, je mérite une sanction car j'ai désobéi à la loi.

    • Sylvain Auclair - Abonné 11 juin 2014 12 h 23

      Madame Desjardins,
      De quelle loi s'agit-il?

  • Yves Perron - Inscrit 11 juin 2014 07 h 23

    Je ressent la même chose

    J'ai écouté l'interview et les critiques du film et mon idée était faite que les tricheurs continuent de tricher avec toutes sortes d'excuses et les médias embarquent là dedans. Désolant pour les honnêtes athlètes qui vont à contre courant naivement et qui jouent le jeu . Je n'irai certainnement pas voir ce film .

  • François Crépeau - Abonné 11 juin 2014 07 h 54

    Merci pour l'autre version

    Merci M. Nadeau d'avoir donné l'occasion à Mme Bessette d'exprimer son opinion, sa version des faits. Fidèle à son fondateur, Le à devoir continue de traquer les coquins...