Poutine donne le coup d'envoi des Jeux paralympiques

Sotchi — Le président russe Vladimir Poutine a donné le coup d'envoi aux Jeux paralympiques de Sotchi, avec comme toile de fond l'intervention militaire de son pays en Crimée.

Au cours du défilé des athlètes, la délégation de 23 membres de l'Ukraine n'a été représentée que par le porte-drapeau. On a agi de la sorte possiblement en guise de protestation pour la présence de troupes russes dans la péninsule ukrainienne de la Crimée.

L'arrivée dans le stade du porte-drapeau, le biathlète Mykhaylo Tkachenko, a été accueillie bruyamment par la foule.

Alors que l’occupation de fait de la Crimée par les troupes russes rappelle les tensions révolues de la guerre froide, les 31 Ukrainiens ont annoncé leur participation.

«Nous restons pour que les gens se souviennent de l’Ukraine, un pays souverain qui a envoyé une équipe ici», a indiqué Valery Sushkevich, patron du comité paralympique national. «Je prie Dieu pour que les paralympiques participent à la paix en Europe, dans le monde, et chez moi en Ukraine», a-t-il ajouté, après avoir demandé au président Vladimir Poutine jeudi que la Russie n’attaque pas l’Ukraine pendant la compétition.

Il a cependant admis n’avoir reçu aucune assurance du leader russe. «Je crains beaucoup que malgré nos appels à la paix, quelque chose d’irréparable ne se produise. Je peux affirmer que nous quitterons alors Sotchi à la seconde», a menacé Sushkevich.

Jeudi l’équipe vêtue des couleurs bleu et jaune a chanté son hymne en scandant «Paix en Ukraine». Peu avant, le Parlement local de Crimée avait demandé le rattachement de la péninsule autonome à la Russie et annoncé l’organisation d’un référendum pour le valider.

Retenant ses larmes, le skieur Grygoriy Vovchinsky, qui avait ramené quatre médailles de Vancouver en 2010, a déclaré que l’équipe venait «de toute l’Ukraine» et parlait «le russe et l’ukrainien».

«Nous représentons un pays jeune et nous sommes prêts à nous battre, pour montrer que nous sommes une nation forte, une nation indépendante. Nous aimons la  vie, nous aimons le sport et nous aimons un combat juste».

Plusieurs absents

Les États-Unis, la Grande-Bretagne et plusieurs autres capitales seront absents de la cérémonie d’ouverture, qui débute à 20h14 locale (16h14 GMT)  pour protester contre la politique de Moscou. Paris les a rejoints vendredi. «Qu’il y ait des ministres français là-bas, cela aurait été très inopportun», a déclaré le chef de la diplomatie française Laurent Fabius, écartant en revanche un boycott des athlètes. «Ils ont travaillé dans des conditions très difficiles pour être présents là-bas [...]. Il est normal qu’ils puissent concourir».

Après les lumières des Jeux valides, le parc olympique semblait étrangement vide. Jeudi, des ouvriers ont remplacé les cinq anneaux olympiques par le symbole tricolore des Paralympiques.

Konstantin Ernst, producteur des cérémonies olympiques et patron de la chaine publique Channel One a indiqué que le thème de la soirée serait «Casser la glace», avec en filigrane le concept du dépassement et du franchissement d’obstacles. Le patron du Comité paralympique international, Sir Philip Craven, a pour sa part salué des sites «parfaits» et «accessible à tous».

La Russie s’est placée première dans le nombre de médailles remportées aux J.O., et Poutine, attendu à la cérémonie d’ouverture, a indiqué qu’il attendait la même performance des athlètes handicapés.

Outre le hockey sur luge, sur lequel s’aligneront les Russes pour la première fois, les athlètes se disputeront jusqu’au 16 mars des titres en ski — snowboard compris — biathlon, ski de fond et curling en chaise.


Un total de 45 pays et 575 athlètes seront présents, un joli tableau lorsqu’on songe à la première compétition rassemblant une poignée d’hommes et de femmes handicapés de guerre, en juillet 1948 le jour de la cérémonie d’ouverture des jeux d’été de Londres.

C’est la première fois que la Russie organise de tels jeux réservés aux handicapés. Les athlètes de l’Union soviétique n’y ont jamais participé jusqu’au début de la période de la perestroïka en 1988 et les stigmates ont longtemps frappé les handicapés dans la société russe.

À Sotchi, des bus équipés pour les handicapés faisaient la navette entre le centre-ville et l’aéroport. Mais les hauteurs de la ville demeuraient d’accès complexe, avec des rampes ne menant nulle part et des ascenseurs en panne.

Poutine a défendu un événement où les handicapés «peuvent prouver au monde et à elles-mêmes qu’elles ne sont pas des personnes limitées».

Des athlètes très semblables aux valides, à certains égards. L’athlète Igor Stella, membre de l’équipe italienne de hockey sur luge, a été contrôlé positif à un stéroïde anabolisant, selon l’agence ANSA. Agé de 23 ans, il a été suspendu dans l’attente des résultats du test de l’échantillon B.
3 commentaires
  • Stéphane Bastien - Inscrit 7 mars 2014 09 h 23

    Invraisemblable

    Pendant que Poutine alimente comme jamais, la haine de l’occident contre lui et ses jeux de guerre, ces athlètes ukrainiens qui font preuve de courage et de détermination ...

    Ça m’apparaît incroyable, d'ainsi voir un pays envahit militairement par l'hôte de ces jeux, qui va tout de même participer à ces compétitions en sol ennemi. Bravo à ces athlètes ukrainiens, et honte à la Russie de Poutine.

  • Pierre Denis - Inscrit 7 mars 2014 14 h 49

    Hypocrisie du CIO

    Se drapant derrière "on ne se mêle pas de politique" (quelle blague !), le CIO vient de prouver encore une fois à quel point il est disconnecté de la réalité. Ces jeux auraient tout simplement dûs être annulés dans les circonstances.

  • Carroll Roy - Inscrit 7 mars 2014 19 h 56

    Je n'ai plus aucun respect

    pour l'hypocrisie du CIO. Business as usual... Nous autres, on ne fait pas de politique.

    Mon oeil. C'est une deuxième tache à votre dossier, la première, de ne pas avoir eu le courage de dénoncer la politique anti gai, maintenant, l'invasion d'un pays.
    Je n'ai qu'un mot dans ma tête: mais le plus poli = Honte à vous.