Londres et la lumière

C'est à Danny Boyle, cinéaste aux multiples Oscar, qu'avait été confié le poste d’ordonnateur de la grande cérémonie d’ouverture, présentée devant 80 000 spectateurs et plus d’un milliard de téléspectateurs.
Photo: Agence France-Presse (photo) Alberto Pizzoli C'est à Danny Boyle, cinéaste aux multiples Oscar, qu'avait été confié le poste d’ordonnateur de la grande cérémonie d’ouverture, présentée devant 80 000 spectateurs et plus d’un milliard de téléspectateurs.

Quelques heures avant l’ouverture des Jeux olympiques d’été 2012, le président du Comité organisateur, Sebastian Coe, avait déclaré qu’il était incapable de « concevoir ce que cela doit être que de passer ne serait-ce qu’une demi-heure dans la tête de Danny Boyle », le cinéaste aux multiples Oscar à qui avait été confié le poste d’ordonnateur de la grande cérémonie d’hier soir, présentée devant 80 000 spectateurs et plus d’un milliard de téléspectateurs selon des données sorties d’un peu nulle part.

Il ne lui fallait qu’attendre un peu pour en avoir une idée. Dans l’imagination du réalisateur de Slumdog Millionaire, il y a James Bond, le vrai Daniel Craig, qui débarque en taxi à Buckingham Palace et, flanqué de deux corgis - la race de chiens qu’affectionne Sa Majesté -, est accueilli par la reine d’Angleterre, la vraie Elizabeth II soi-même en personne. Les deux partent faire un tour d’hélicoptère, qui survole Londres alors que sonne Big Ben, reçoit les salutations de la statue de Winston Churchill, passe au milieu du Tower Bridge puis arrive au-dessus du stade olympique. De là, un faux Bond et une souveraine tout aussi factice sautent, et leurs parachutes à l’enseigne de l’Union Jack s’ouvrent.


Il y a aussi Mr. Bean qui joue les notes de Chariots of Fire accompagné d’un orchestre et se prend à rêver que lui aussi court pieds nus sur la plage et fait une partie du trajet en voiture afin de finir premier d’une épreuve inexistante.


Dans un événement ordinairement marqué par la solennité, il était tout à fait justifié, et logique, que l’humour british se fraie un chemin, et Boyle n’a pas raté sa chance, ça et là dans une longue évocation de la riche histoire de son pays, d’adresser quelques clins d’oeil au monde entier. L’honneur d’amorcer la représentation a échu à Bradley Wiggins, premier vainqueur britannique du Tour de France cycliste il y a quelques jours, qui a fait tintinnabuler une clochette de 23 tonnes avant qu’on ne passe du jaune au vert en évoquant le passé rural du pays.


Au fil du temps, on a pu constater qu’ils en ont inventé des affaires, les Britanniques. De la bucolique campagne, on est passé à la Révolution industrielle avec ses immenses cheminées crachant leur fumée. On a vu les suffragettes, le coquelicot de l’effort de guerre, Mary Poppins, Lord Voldemort, et entendu la meilleure musique jamais composée, Tubular Bells de Mike Oldfield, The Who et les Beatles, puis de David Bowie à Depeche Mode, de Frankie Goes to Hollywood à Eurythmics, plus d’autre plus récente que les vieux ne connaissent pas.


Hé, on a même droit au créateur des Internets, Tim Berners-Lee. Quand on songe à tout ce qu’il est possible de faire aujourd’hui grâce aux Internets, on se rend compte que ce n’est pas rien de les avoir inventés.


Par la suite, après beaucoup de danse et de lumière et de joie générale de vivre - il n’est pas vain de noter au passage qu’en fait de vert, 40 000 bouteilles et 10 000 sacs de plastique sont entrés dans la fabrication des costumes -, les équipes nationales ont défilé dans le stade, nous rappelant à point nommé qu’il existe vraiment beaucoup de pays dans le monde et qu’il y aurait peut-être lieu de faire un peu de ménage là-dedans. Genre en finir avec les drapeaux et que tout le monde se représente soi-même.


Vous n’êtes d’ailleurs pas seul à trouver l’exercice légèrement longuet : les organisateurs eux-mêmes ont eu l’idée de faire jouer, au moment où les délégations paradaient, de la musique à 120 battements par minute afin d’encourager les athlètes à marcher plus vite.


Dans son allocution, la reine a déclaré les Jeux ouverts, et dans la sienne, le président du Comité international olympique, Jacques Rogge, a signalé que pour la première fois de l’histoire, tous les pays avaient envoyé des femmes, « un progrès indéniable pour l’égalité des genres ». Il a ajouté que les Britanniques avaient en effet tout inventé, y compris le fair-play et l’inclusion du sport dans les écoles comme facteur de développement des jeunes.


C’est David Beckham qui a été chargé de chauffer la vedette sur la Tamise qui apportait la flamme olympique. La torche a été remise à Steve Redgrave, médaillé d’or lors de cinq JO consécutifs, qui l’a fait entrer dans le stade. Et là, l’univers connu a retenu son souffle collectif : qui donc allait allumer la vasque ? Roger Bannister ? Keith Richards ? Les Monty Python ?


Réponse : aucun de ceux-là. Ce sont plutôt sept jeunes athlètes, chacun ayant été choisi par un sportif britannique de marque, qui se sont relayés et ont mis le feu aux 205 composants de la vasque, qui se sont élevés pour se rejoindre au sommet.


Question de feu, il restait à sir Paul McCartney d’interpréter Hey Jude, la toune-briquets par excellence, ensuite de quoi les pièces pyrotechniques explosaient. Londres et la lumière, en quelque sorte.


Ça commence pour de vrai aujourd’hui.

7 commentaires
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 28 juillet 2012 00 h 55

    C'est vrai

    "Vous n’êtes d’ailleurs pas seul à trouver l’exercice légèrement longuet : les organisateurs eux-mêmes ont eu l’idée de faire jouer, au moment où les délégations paradaient, de la musique à 120 battements par minute afin d’encourager les athlètes à marcher plus vite."

    À Montréal, Vic Voguel avait orchestré les airs autochtones d'André Mathieu de façon sublime.

    Rythme soutenu, dialogue orchestral, thèmes irrérisistibles.
    Le temps l'a confirmé comme un des meilleur.

  • Yves Côté - Abonné 28 juillet 2012 01 h 40

    Leçon d français...

    Voilà que même les Britanniques donnent une leçon de français aux Canadiens.
    Je pense que j'ai entendu plus de langue française en quelques heures hier au stade de Londres que je l'avais fait pendant tous les Jeux de Calgary...
    Il y en a plusieurs qui devraient prendre exemple !

  • Raymond Chalifoux - Inscrit 28 juillet 2012 06 h 08

    "Full British! and proud to be!"

    Hier après-midi, j'étais du petit groupe de ceux qui un peu partout à travers la planète ont regardé sur... (by the way, à l'ère de la télé « full HD » en feuilles de 4 X 8, peut-on encore dire "le petit écran"? Z'cusez, je poursuis..) regardé, donc, les cérémonies d'ouverture des Jeux : méchante nomenclature! Si un truc vous avait échappé parmi tout ce dont les Anglais sont le plus fiers, c’est réglé, à matin vous êtes à niveau…« Sir »!

    Puis, à un moment donné, comme à chaque Jeux, la parade des athlètes regroupés par pays a commencé : c’est là que l’affaire m’est tombé dessus comme une tonne de briques!: J’ai réalisé, comme ça, d’une claque, à 60 ans bien sonnés, que je n’éprouvais plus aucune fierté d’être Canadien!

    Que les « Canadian Flags » blancs et rouges en plastique qui orneront encore cette fois chacun de nos bagages quand dans deux semaines nous partirons pour l’Europe – et notamment pour l’Angleterre et l’Écosse, entre autres – ne voudront plus dire à ceux qui les verront « Voyez-moi ce drapeau, oui! nous sommes cool, oui, on vient de ce pays que tout le monde aime! » pour peut-être signifier plutôt quêque chose comme… « Look we’re from petroleum plouk territory! »

    Une seule année aura donc suffi au gouvernement Conservateur majoritaire de Stephen Harper pour chasser ce sentiment de fierté qui, si j’y réfléchis 30 secondes, a commencé à germer en moi quand en première année du primaire, dans la lointaine campagne agricole où j'habitais, chaque vendredi après-midi tous les élèves de l’école St-Joseph étaient réunis dans la grande salle par le Principal, Monsieur Dussault, pour chanter le O’Canada avant de partir pour la fin de semaine…

    Et cela m’attriste? Absolument! Bel et bien partie, la fierté, et « la job de réno » ... elle est ma foi bien trop grande pour Alexandre Despatie et ses amis. Dommage!

    • Jacques Chevaillot - Inscrit 30 juillet 2012 00 h 23

      que dire, sinon que je partage votre point de vue.
      j'aurais plaisir à disserter, mais le medium ne s'y pête pas.

  • François Desjardins - Inscrit 28 juillet 2012 07 h 11

    "Full British! and proud to be!"

    Il y aurait certes pour des gens de beaucoup de pays, vraiment beaucoup de pays, l'occasion de faire comme vous, et donc de se servir de cette occasion de l'ouverture des jeux, pour se lamenter de leur sort, certes en disant des vérités, je vous l'accorde.

    Et pour beaucoup de pays, il y aurait pire à dire que pour le Canada...

    Mais dans la vie d'un pays comme dans celle des individus, il faut des moments de fête ou on s'accorde d'oublier tout ça un moment... C'est nécesssaire, sinon on fini par craquer.

    Aussi, il est intéressant de vous lire, mais ce que vous dites aurait très bien pu, et peut-être du se faire dans une autre contexte.

  • Guy Desjardins - Inscrit 28 juillet 2012 07 h 36

    Quel beau spectacle

    J'avais du travail à l'extérieur, j'étais incapable de me décrocher du téléviseur. Tout ce que je peux dire, c'est WOWWW!!!!! Tout y était , du sérieux à l'humour et la technique. Vraiement, je ne m'attendais pas à cela.