Édouard Carpentier (1926-2010) - La lutte québécoise en deuil du «Flying Frenchman»

Figure légendaire de la lutte québécoise, Edouard Carpentier (à droite) est mort samedi à 84 ans. Il apparaît sur cette photo prise en 2006 en compagnie de ses rivaux de toujours, Maurice «Mad Dog» Vachon (à gauche) et Wladek «Killer» Kowalski (décédé il y a deux ans).
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Figure légendaire de la lutte québécoise, Edouard Carpentier (à droite) est mort samedi à 84 ans. Il apparaît sur cette photo prise en 2006 en compagnie de ses rivaux de toujours, Maurice «Mad Dog» Vachon (à gauche) et Wladek «Killer» Kowalski (décédé il y a deux ans).

De son parcours de combattant sur le ring, toute une génération d'amateurs rivés au petit écran ou massés dans des amphithéâtres enfumés (ou au vieux stade De Lorimier) retiendront son talent pour la haute voltige et les acrobaties, alors que celui que l'on avait rebaptisé «le Flying Frenchman» n'hésitait pas à se projeter depuis le haut des câbles pour fondre sur son adversaire et le «terminer». De sa carrière subséquente de commentateur, des expressions colorées sont demeurées, dont «Ça fait mal, ça fait très très mal» et son traditionnel boniment de fin d'émission, «À la semaine prochaine... si Dieu le veut!».

Édouard Carpentier était arrivé au Québec au milieu des années 1950, «pour un contrat de trois mois», comme il l'avait dit il y a quelques années, et il n'en est pratiquement jamais reparti. Ses affrontements épiques avec d'autres immortels de la lutte, dont Wladek «Killer» Kowalski et Maurice «Mad Dog» Vachon, ont fait époque, au grand délice de foules surchauffées qui voyaient un innovateur à l'oeuvre. La lutte, pendant une longue période, fut extrêmement prisée, au point de concurrencer la religion.

Édouard Wieczorkwicz (orthographe incertaine) est né le 17 juillet 1926 dans la ville française de Roanne, au nord-ouest de Lyon, d'une mère polonaise et d'un père russe. Il n'a que 16 ans lorsqu'il est capturé et fait prisonnier par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale, mais il parvient à s'évader et il rejoint la Résistance. Sa bravoure lui vaudra notamment de recevoir la Croix de guerre.

Formé en éducation physique, il excelle à la gymnastique et participe aux Jeux olympiques de 1948, à Londres. Quelques années plus tard, il fait la connaissance de l'acteur italien Lino Ventura, lui-même ancien lutteur converti en organisateur de combats. Celui-ci, qui devient son agent, offre à Carpentier un job de cascadeur, puis l'incite à passer à la lutte professionnelle.

Le jeune homme se produit en France sous le nom d'Eddy Wiecz lorsqu'il est remarqué par le champion montréalais Yvon Robert, qui y effectue une tournée au milieu des années 1950. Robert décèle un immense talent, et il l'invite à venir combattre en Amérique. Afin de se donner une couleur française, le lutteur décide de changer de nom et d'adopter celui de Carpentier.

Il livre un premier combat au Forum de Montréal le 18 avril 1956, et sa progression sera aussi fulgurante que sa popularité sera énorme. Dès l'année suivante, il remporte le championnat mondial des poids lourds de la National Wrestling Alliance, titre auquel il sera contraint de renoncer quelques semaines plus tard à la suite d'une dispute entre associations de lutte.

Dans les années 1960, Carpentier voyage beaucoup, participant à de nombreux combats aux États-Unis — il réside temporairement en Californie — et se rendant jusqu'au Japon. À la fin de la décennie, il rentre à Montréal pour de bon afin de faire la promotion du circuit de lutte Grand Prix en compagnie de Mad Dog Vachon et de son frère Paul.

S'il n'est jamais retourné s'établir en France, Carpentier y avait cependant gardé des contacts. C'est notamment à son initiative qu'André Roussimoff, un colosse mesurant plus de 7 pieds que l'on a connu comme «le géant Ferré», est venu se battre au Québec et y a connu la gloire avant de passer du côté de la World Wrestling Federation.

Édouard Carpentier est passé à la télévision dans les années 1980, décrivant des combats avec une verve qui ne s'est jamais démentie et qui illustrait bien son amour de sa discipline. Il a pris sa retraite définitive de la lutte au début des années 1990.

Et il aura profondément marqué son sport. L'ex-lutteur devenu promoteur Jacques Rougeau a eu ces mots, hier, sur les ondes de LCN: «Édouard, pour moi, c'est un monument. J'espère qu'on va lui organiser toute une parade et qu'on va ériger une statue en son honneur.»

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