Roland-Garros - Federer-Nadal: «le» match du tournoi

Paris — Plus proche physiquement d'un boxeur que d'un tennisman, Rafael Nadal pèserait seulement 74 kilos, si l'on en croit les informations du guide annuel de l'ATP. Sur la balance, il approche en réalité les 86 kilos.

Encore en pleine croissance, le Majorquin affirme que ses muscles ne sont pas le résultat d'un régime méditerranéen secret. «Je me contente de manger normalement, dit Nadal. «Si vous me donnez des olives, je mange des olives. Hier, j'ai mangé une glace Haagen-Dazs. Je ne fais rien qui sorte de l'ordinaire.»

C'est aujourd'hui si on saura si les olives et les glaces sont la recette pour battre Roger Federer.

Nadal et Federer s'affrontent en demi-finale de Roland-Garros pour un règlement de comptes présenté comme le match du tournoi, si ce n'est de l'année. Cette confrontation va mettre aux prises les deux meilleurs joueurs du moment, au sommet de leur forme: Federer, incontestable numéro un, qui rêve à l'âge de 23 ans de conquérir le dernier titre du Grand Chelem manquant à son palmarès, et Nadal, la nouvelle sensation du circuit, déjà vainqueur de cinq tournois cette année, désormais présenté comme la plus grande menace pour le règne du Suisse.

«C'est un match où j'aimerais prendre du plaisir», a déclaré Nadal, qui fête ses 19 ans aujourd'hui. «Je pense que je suis capable de gagner. En tout cas, c'est ce que je vais essayer de faire.»

L'autre demi-finale met aux prises deux joueurs présents à ce stade d'un tournoi majeur pour la première fois de leur carrière: l'Argentin Mariano Puerta et le Russe Nikolay Davydenko (no 12).

L'affiche Federer-Nadal constitue la revanche de la finale du tournoi de Key Biscayne disputé au mois d'avril. Nadal avait alors remporté les deux premiers sets, avait mené 4-1 dans le troisième puis était passé à deux points de la victoire avant d'assister au retour de Federer et de s'incliner.

«À la fin, j'avais la sensation d'être le joueur le plus en forme, se souvient Federer. Il avait l'air extrêmement fatigué dans le cinquième set et ça m'avait surpris.»

Peut-être l'effet Haagen-Dazs. Mais ce match a eu lieu il deux mois, sur dur, et Nadal a depuis remporté 22 matchs consécutifs, tous sur terre battue.

Toutes les peines du monde

Cette surface, lente et glissante, est supposée donner toutes les peines du monde à un joueur offensif comme Federer. L'absence de titre à Roland-Garros est le seul hic à son palmarès de rêve.

«Ce serait vraiment l'aboutissement d'un rêve [de gagner], a déclaré Federer. À 23 ans, ce serait quelque chose.»

Puis d'ajouter, souriant: «Je n'en suis pas encore là, restons relax.»

Tenant du titre à Wimbledon et à l'US Open, le Suisse a démontré au printemps qu'il pouvait dompter la terre battue. Il a gagné 28 sets consécutifs sur cette surface, dont 15 à Paris.

Entre 2002 et 2004, Federer avait remporté seulement deux de ses cinq matchs à Roland-Garros, s'inclinant à deux reprises au premier tour.

«Je pense que c'est l'expérience, les gros matchs et les grandes occasions que j'ai rencontrées, dit-il pour expliquer ses progrès. C'est la plus grande confiance en mon jeu, pas seulement mon jeu sur terre battue, mon jeu en général.»

Beaucoup d'observateurs considèrent que Nadal, tête de série numéro 4, est le favori de leur demi-finale, même s'il se retrouve dans le dernier carré d'un Grand Chelem pour la première fois de sa carrière.

À Roland-Garros, le gaucher a ravi le public avec son charisme, sa créativité, et son corps d'athlète n'a pas laissé indifférent.

Le jeu de Federer est moins flashy mais plus stylisé. Le Suisse a déjà été comparé aux plus grands et a bien l'intention de réussir ce que Pete Sampras, John McEnroe, Jimmy Connors, Stefan Edberg et Boris Becker n'ont jamais fait: gagner le «French».

«Il a joué très bien ces derniers temps, a déclaré Nadal. Il n'a pas perdu le moindre set, n'est-ce pas? Eh bien on va l'attaquer!»