Pierce contre Henin-Hardenne à Roland-Garros - Le choc des renaissances

Justine Henin-Hardenne
Photo: Agence Reuters Justine Henin-Hardenne

Paris — La finale de Roland-Garros opposera demain deux championnes renaissantes, Mary Pierce et Justine Henin-Hardenne, de retour au plus haut niveau du tennis après avoir traversé des périodes difficiles.

Pour se qualifier, les deux joueuses n'ont eu aucun mal à se débarrasser hier de deux Russes arrivées dans le dernier carré un peu par inadvertance.

La Française a surclassé Elena Likhovtseva en 58 minutes et deux sets (6-1, 6-1). Le nombre de points gagnés au total, 56 contre 27, en dit long sur sa domination écrasante, due autant à sa propre solidité qu'à la transparence de son adversaire, dont c'était la première expérience à ce niveau à 29 ans.

«Je suis contente et aussi un petit peu étonnée. Je ne m'attendais pas à un match aussi facile. Mais je ne sais pas s'il faut dire facile. Il fallait vraiment que je joue bien pour aller aussi vite», a dit Pierce.

Surmenage

La Belge n'a pas traîné non plus (une heure huit minutes) pour éliminer Nadia Petrova, une joueuse au potentiel bien supérieur, en deux sets (6-2, 6-3). La tête de série no 7, très dangereuse au service dans ses bons jours, s'est malheureusement trouvée dans son plus mauvais de la quinzaine hier.

Le seul mérite de ces deux rencontres à sens unique a été d'illustrer une fois de plus l'assurance retrouvée par les finalistes. Elles ont balayé leurs adversaires comme elles avaient chassé leurs doutes ces dernières semaines.

Car les deux joueuses, à la recherche d'un deuxième titre à Roland-Garros, cinq ans après pour Pierce, deux ans pour Henin-Hardenne, ont en commun de revenir de loin.

C'est la maladie, conséquence du surmenage et des cadences démentielles qu'elle s'infligeait à l'entraînement, qui avait mis en danger la carrière de Justine Henin-Hardenne, cloué au lit pendant plusieurs mois au milieu de l'année 2004.

«Vous ne pouvez pas imaginer à quel point j'ai été mal l'année dernière. Après tout ce que j'ai vécu, c'est le meilleur cadeau que je pouvais m'offrir pour mon 23e anniversaire [mercredi]», a-t-elle dit.

Le processus avait été plus insidieux dans le cas de Pierce, démoralisée par les blessures et des déboires personnels sans rapport avec le tennis qui lui avaient fait perdre la joie de jouer.

Le retour de Pierce a plus surpris que celui d'Henin-Hardenne, ne serait-ce qu'à cause de leur différence d'âge dans un sport où la jeunesse triomphe le plus souvent. La preuve, à 30 ans et cinq mois, la Française sera la finaliste la plus âgée dans un tournoi du Grand Chelem depuis Martina Navratilova à Wimbledon en 1994.

Surtout, la Liégeoise est arrivée à Paris après une spectaculaire série de trois titres en trois tournois sur terre battue (Charleston, Varsovie, Berlin). Contre Petrova, elle a remporté son 23e match consécutif.

La Française a été loin d'impressionner autant. Sauf à Indian Wells, elle n'avait jamais réussi à gagner plus de deux matches de suite cette saison.

Si Mary Pierce avoue avoir «du mal à croire» qu'elle va disputer une troisième finale de Roland-Garros, elle refuse de parler de conte de fées, car sa renaissance n'est pas le fruit d'un coup de baguette magique, mais de sa foi en elle-même et de sa persévérance.

«J'ai travaillé très dur. Les gens qui ont cru en moi, il y en a eu peu, m'ont beaucoup aidé», a-t-elle raconté en pensant surtout à son frère David, redevenu son entraîneur l'année dernière. «Ils me disaient: "Tu as encore quelque chose à faire dans le tennis".»