Dopage: le CPLD dénonce un dérapage de l'AMA

Paris — En présentant son rapport d'activité 2004, le Conseil de prévention et de lutte contre le dopage (CPLD) a révélé hier à Paris que l'Agence mondiale antidopage (AMA) avait institué récemment en catimini un seuil de détection pour les corticoïdes fixé à 30 nanogrammes/millilitre. Une mesure qui «porte atteinte à la crédibilité de la lutte contre le dopage», selon le CPLD.

«Il s'agit d'une quasi-légalisation des agents dopants présentant le meilleur rapport accessibilité/efficacité», a déclaré Marc Sanson, le président du CPLD, organisme qui a pour mission la sanction, la prévention, la recherche et les recommandations en matière de lutte contre le dopage en France.

«En 2004, 80 % des échantillons positifs aux corticoïdes en France présentaient une concentration inférieure à 30 ng/ml», annonce Sanson, en tirant la sonnette d'alarme.

Cette instruction de l'AMA, donnée aux laboratoires de détection du dopage, date de fin décembre 2004, avec application au 1er janvier 2005, selon le CPLD.

Le CPLD s'inquiète encore du maintien par l'AMA d'une double liste de produits interdits, qui revient à autoriser l'usage hors compétition des stimulants (dont les amphétamines), des narcotiques (dont l'héroïne et la morphine), des cannabinoïdes, des glucocorticoïdes, de l'alcool et des bêta-bloquants.

«L'existence d'une liste de produits interdits plus restreinte hors compétition qu'en compétition présente des inconvénients sur les plans sportif, éthique et pratique, et brouille la lisibilité du message antidopage», écrit le CPLD.

Le CPLD observe d'ailleurs que les contrôles hors compétition, inopinés ou non, sont moins efficaces que les contrôles en compétition: 97 % des échantillons positifs sont prélevés en compétition.

Le troisième volet de la critique concerne les justificatifs thérapeutiques, et notamment les autorisations d'usage à des fins thérapeutiques (AUT) que produisent les sportifs pour justifier l'usage d'un produit interdit.

«Cela pourrait se traduire par l'autorisation "de fait" des corticoïdes et des béta2-agonistes en raison de l'existence de la procédure d'"AUT abrégées" selon laquelle les autorisations sollicitées par les sportifs sont accordées d'office, sous réserve d'un examen ultérieur, non systématique, du dossier», explique Marc Sanson.

Selon le CPLD, environ la moitié des sportifs contrôlés positifs en 2003 ont fourni des justificatifs thérapeutiques lors de la procédure disciplinaire qui s'en est suivie.