Une nouvelle génération de Croates se révèle

Le Belge Leandro Trossard et le Croate Joško Gvardiol lors d’un match du groupe F de la Coupe du monde, le jeudi 1er décembre. Nouvelle coqueluche du soccer, Gvardiol joue caché derrière un masque noir pour cause de nez cassé.
Luca Bruno Associated Press Le Belge Leandro Trossard et le Croate Joško Gvardiol lors d’un match du groupe F de la Coupe du monde, le jeudi 1er décembre. Nouvelle coqueluche du soccer, Gvardiol joue caché derrière un masque noir pour cause de nez cassé.

Aux côtés des vice-champions du monde 2018, une nouvelle génération croate se révèle au Mondial 2022, à l’image du défenseur central Joško Gvardiol, rempart essentiel pour les siens contre le Brésil de Neymar en quarts de finale vendredi.

À 20 ans seulement et avec 16 petites sélections à son compteur, le joueur du RB Leipzig (transféré pour 19 millions d’euros à l’été 2021) crève l’écran, comme face au Belge Romelu Lukaku dans le temps additionnel du match décisif de la phase de groupes (0-0).

Depuis le coup d’envoi du tournoi, il multiplie les unes dans la presse croate, le nombre de ses abonnés sur Instagram a plus que doublé (passant de 114 000 à 265 000) et l’Anglais Rio Ferdinand en a fait son « défenseur favori » au micro de la BBC.

« Il est déjà une des vedettes de l’équipe, fait remarquer à l’Agence France-Presse (AFP) Saša Lugonjić, de la chaîne croate Nova TV. On s’attendait à ce qu’il soit aussi important. Je pense que c’est surtout une surprise pour la presse internationale, car il joue dans un bon club, mais pas pour le Real Madrid ou Manchester City. »

Preuve de ce statut, après Luka Modrić, Ivan Perišić et Mateo Kovačić, Gvardiol — qui joue caché derrière un masque noir pour cause de nez cassé — a assuré la conférence de presse officielle avant le huitième de finale contre le Japon (1-1, 3 buts aux tirs contre 1), aux côtés du sélectionneur Zlatko Dalić.

« Un des meilleurs, sinon le meilleur »

Retenu pour le dernier Euro alors qu’il n’avait jamais joué avec l’équipe première, le jeune homme est désormais installé en défense centrale, préféré au vétéran Domagoj Vida, et a attiré l’attention de plusieurs grands clubs, à commencer par Chelsea, le Real Madrid et le Manchester United, qu’on dit sur les rangs pour le débaucher.

Dalić ne veut « pas parler des joueurs individuellement, seulement de l’équipe ». Interrogé par l’AFP, il lâche tout de même qu’« à 20 ans, c’est un des meilleurs, sinon le meilleur défenseur central au monde actuellement ».

« Je souhaite qu’il continue à faire exactement ce qu’il fait, poursuit le technicien. C’est un jeune homme très malin, très intelligent, il faut qu’il continue à travailler là-dessus. »

Dani Olmo, qui l’a côtoyé au sein du Dinamo de Zagreb (son club formateur) et à Leipzig, décrit son coéquipier comme « courageux, voulant toujours gagner et s’améliorer ».

L’intéressé se dit « ambitieux, souriant et sociable ».

C’est aussi un jeune homme « simple », ajoute Lugonjić, rappelant que Gvardiol (à prononcer comme « Guardiola » sans le a final) se rendait encore en tramway à l’entraînement il y a quelques années.

« Protéger mes gars »

On serait tenté d’ajouter « dévoué » à son rôle sur le terrain, parfois au-delà des limites du raisonnable. En témoigne le match de la Ligue des champions à Bruges où il a tenté de repousser de la tête un gobelet de bière lancé en direction de ses coéquipiers célébrant un but.

« Je devais protéger mes gars, donc j’ai essayé de dégager la bière de la tête, mais j’ai raté et je l’ai touchée avec l’épaule ou le bras, je ne sais plus », lance-t-il, amusé, dans une entrevue diffusée par son club.

Gvardiol inclus, 18 des hommes retenus par Dalić pour se rendre au Qatar n’étaient pas présents en Russie en 2018. Et, avec six joueurs évoluant en première division croate et moins de vedettes issues des grands clubs européens, l’équipe n’a pas le même profil, souligne le sélectionneur.

À 20 ans, c’est un des meilleurs, sinon le meilleur défenseur central au monde actuellement

 

« C’est excellent pour eux d’avoir la chance de jouer avec des milieux comme Modrić [37 ans], Perišić [33 ans], Kovačić [28 ans] et Marcelo Brozović [30 ans], parce qu’ils peuvent apprendre beaucoup de ces joueurs », soutient, fier, le technicien croate, qui « tire son chapeau à cette nouvelle génération, car elle joue très bien. »

« Son heure arrive, et cet excellent résultat en Coupe du monde va lui servir d’inspiration dans l’avenir, prédit Dalić. Après l’argent en 2018 et le bronze en 1998, c’est déjà notre troisième parcours en longueur dans un Mondial, et nous sommes encore dans la course. Nous voulons et nous pouvons aller plus loin. »

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