L’arc-en-ciel LGBTQ+ cristallise les conflits de valeurs à la Coupe du monde de soccer

Interdit sur le biceps des capitaines européens, indésirable à l’entrée de certains stades, l’arc-en-ciel cristallise déjà les conflits de valeurs autour du Mondial 2022, dans un Qatar au coeur de l’attention planétaire, soucieux de montrer son hospitalité, mais où les relations homosexuelles sont un délit.

Du patron de la FIFA Gianni Infantino clamant samedi « aujourd’hui, je me sens gai », au renoncement lundi des sept sélections qui voulaient arborer un brassard antidiscrimination — échaudées par la menace de sanctions sportives agitée par cette même FIFA —, le tournoi est d’ores et déjà rythmé par la question des droits LGBTQ+.

Officiellement, « tout le monde est le bienvenu », martèlent l’instance du football et les autorités qataries, assurant pouvoir garantir la sécurité de chaque visiteur « sans discrimination », alors que le petit émirat réprime les relations sexuelles hors mariage, notamment entre personnes de même sexe.

La consigne a cependant visiblement du mal à passer, plusieurs spectateurs s’étant vu ordonner d’ôter des vêtements et des chapeaux aux couleurs de l’arc-en-ciel lors des contrôles de sécurité lundi soir avant la rencontre États-Unis-Pays de Galles (1-1).

« Symbole interdit »

« Pendant que nous faisions la queue, nous avons entendu que les gens qui portaient un bob arc-en-ciel », le symbole de l’association galloise de supporters LGBTQ+ Rainbow Wall, « avaient dû l’enlever », a raconté à la chaîne ITV News l’ancienne capitaine de la sélection galloise Laura McAllister, qui siège entre autres au comité exécutif de la fédération galloise.

Comme le montre une vidéo sans son diffusée sur Twitter par Rainbow Wall, l’ex-capitaine a franchi le portillon de contrôle avec son chapeau avant qu’une agente, puis un agent de sécurité ne le montrent du doigt et, selon elle, lui intiment de le retirer.

« Ils ont dit que […] c’était un symbole interdit et que nous n’étions pas autorisés à le porter dans le stade », a expliqué Laura McAllister, contrainte de « ressortir » déposer le couvre-chef dans une zone pour les objets trouvés, et qui a préféré le glisser dans son sac pour l’introduire de nouveau dans le stade — « une petite victoire morale ».

De son côté, Rainbow Wall a fait état dans la soirée de « supportrices galloises contraintes de retirer » leur chapeau arc-en-ciel. « Pas les hommes, juste les femmes. La FIFA, ÊTES-VOUS SÉRIEUX ? » s’agace l’association, avant de préciser que les supporters hommes ont dans un deuxième temps reçu la même consigne.

« Provocation » ?

« Extrêmement déçue », la fédération galloise « va traiter le sujet directement avec la FIFA » ce mardi, a indiqué l’organisation. Sollicités par l’AFP, ni la FIFA ni le Comité suprême d’organisation n’ont pour l’heure commenté l’incident.

Avant la rencontre, le journaliste américain Grant Wahl avait raconté sur Twitter avoir été retenu par le personnel de sécurité parce qu’il portait un tee-shirt arc-en-ciel — « une erreur qui a été rapidement corrigée », selon la FIFA.

L’organisation affiche sur ce sujet une position acrobatique, en se disant « inclusive » et « soutenant la communauté LGBTQ+ », tout en refusant le port par les sept capitaines qui le souhaitaient de brassards colorés arborant les mots « One Love » pour proposer à la place une série de messages beaucoup plus consensuels, comme « Sauvez la planète », « L’Éducation pour tous » ou encore « Non aux discriminations ».

« La FIFA est une organisation universelle. Nous devons trouver des sujets auxquels tout le monde adhère », a argumenté Gianni Infantino samedi, estimant que « la provocation n’est pas le bon chemin » et que les droits des homosexuels sont « un processus » que chaque pays suit à son rythme.

L’UEFA avait montré la même ambivalence l’an dernier à l’Euro 2020, en parant son logo d’arc-en-ciel et en proclamant son attachement à l’inclusivité, tout en interdisant au stade de Munich de s’illuminer aux mêmes couleurs pour recevoir la Hongrie et protester contre les lois homophobes hongroises.

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