Le Canada, bon deuxième pour certains binationaux amateurs de soccer

Guillaume Hubermont, un Belge installé au Québec depuis belle lurette, est partagé entre le Canada et son pays d’origine. Au bout du compte, il souhaite «que le meilleur gagne».
Photo: Julien Cadena Le Devoir Guillaume Hubermont, un Belge installé au Québec depuis belle lurette, est partagé entre le Canada et son pays d’origine. Au bout du compte, il souhaite «que le meilleur gagne».

La télévision reste allumée toute la journée sur des matchs de soccer dans le café Safir. Karim Senjaj regarde rouler le ballon rond du coin de l’oeil en sirotant le contenu de sa tasse. L’ambiance calme à l’intérieur de l’établissement du Petit Maghreb, à Montréal, a toutefois changé du tout au tout depuis qu’a commencé la Coupe du monde, le 20 novembre.

« Ce n’est pas que je n’aime pas le Canada, mais c’est dur de nier d’où on vient », avance le Marocain. « D’un point de vue footballistique, je n’ai pas le choix d’encourager le Maroc. C’est un cri du coeur, et le coeur, tu ne peux pas le contrôler. »

Pour la rencontre Canada-Maroc prévue le 1er décembre, le meilleur scénario, « c’est un match nul », dit-il, beau joueur. « Si vous gagnez, on va le digérer. Le gagnant, on va l’applaudir, et le perdant, on va lui souhaiter bonne chance pour la prochaine fois. »

Tunisiens et Algériens entrent et sortent dans le chapelet d’établissements maghrébins de la rue Jean-Talon. Dans une ruelle aux alentours, des jeunes jouent au soccer dans la rue, trahissant l’identité du sport le plus populaire d’Afrique du Nord. La loyauté de tous ceux qui ont été rencontrés par Le Devoir va vers leur pays d’origine.

Ce n’est pas que je n’aime pas le Canada, mais c’est dur de nier d’où on vient

 

« On veut un peu plus que le Maroc gagne », tranche un peu plus loin Abes Arid, au café Monsieur Fiore. « Les Lions de l’Atlas » concentrent sur leur maillot toute la fierté d’un peuple fou de ballon rond, souligne-t-il. « Ce n’est pas qu’on n’aime pas le Canada, mais le Maroc, ce sont nos premiers souvenirs. Le [soccer] est partout là-bas. Pour nos enfants, je ne sais pas, mais nous, on a toujours un oeil sur notre origine. »

Ce joueur de soccer amateur, à Montréal depuis des décennies, se réjouit tout de même de cette participation exceptionnelle du Canada. La dernière présence canadienne en Coupe du monde remonte à 1986. « Si le Canada gagne, on va pouvoir dire qu’on a quelque chose de plus que les autres Marocains quand je vais retourner au Maroc », note-t-il avec un sourire. « On veut un bon match, c’est ça qui est le plus important ! »  

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Les Belges et les Croates aussi

Marko Piperkovic a beau être né au Québec, il a grandi dans la petite communauté croate de Montréal. Le match Croatie-Canada diffusé sur le grand écran du sous-sol de la seule église croate de l’île, non loin de la place de la Savane, donnera lieu à des scènes de grande fierté, témoigne-t-il.

« Le coeur est avec la Croatie, je ne peux pas le cacher. Mais c’est aussi dû à l’historique de l’équipe canadienne. Ces cinq ou dix dernières années, on a vu qu’il y avait un enthousiasme pour le soccer ici, mais pour nous, les Croates, ça fait pratiquement partie de notre identité nationale. » Au sortir de la guerre civile qui l’a poussé à l’indépendance, ce pays de 4 millions d’habitants a vu son entrée dans le concert des nations passer par une performance exceptionnelle à la Coupe du monde de 1998, rappelle-t-il. « Les joueurs n’avaient pas à intégrer l’armée, ils étaient comme des ambassadeurs. C’est ça qui nous a identifiés sur la scène internationale. »

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Julija et son père, Marko Piperkovic, sont derrière la Croatie. « Le cœur est avec la Croatie, je ne peux pas le cacher », dit le Québécois d’origine croate.

Son équipe, surnommée « les enflammés », crée donc chez les Croates « une émotion que tu ne peux pas décrire ». Et les attentes « sont élevées ».

Le scénario idéal : « Croatie première, Canada deuxième. »

La fibre nationaliste vibre avec moins d’ardeur chez les partisans belges. « La seule fois où j’ai sorti le drapeau belge au Québec, c’est pour aller voir un match », remarque Guillaume Hubermont, un Belge installé au Québec depuis belle lurette. « On a une belle équipe de soccer, mais on a de la misère à y croire. La Belgique, c’est un drôle de pays, avec des drôles de partisans. »

Les « diables rouges » avaient réussi un beau parcours lors du dernier Mondial, en terminant troisièmes. Lui qui vient tout juste d’obtenir sa citoyenneté canadienne souhaite au bout du compte « que le meilleur gagne ».

« Il n’y a pas de petite équipe dans de grands rassemblements comme ça. »

Il pense, comme tous ceux rencontrés précédemment, que l’équipe du Canada deviendra rapidement l’équipe à suivre si elle parvient à passer le premier tour. « Au final, ça fait deux fois plus de matchs à regarder. Je suis vraiment heureux de ça ! »

 

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