Les travailleurs népalais au Qatar dans l’oeil d’Adil Boukind

À la veille du coup d’envoi de la Coupe du monde de soccer qui se tiendra au Qatar, le Népal retrouve ses travailleurs en mille morceaux. Parmi ces éclopés, Rajesh Kumar Dhami, un homme de 47 ans qui a subi un accident dans le centre-ville de Doha lorsqu’il travaillait à la construction d’une autoroute. Ce type d’accident, qui laisse les familles des travailleurs complètement dépourvues, est monnaie courante dans la capitale qatarie qui s’attèle à finir ses infrastructures le plus rapidement possible pour accueillir cet événement d’envergure.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.

1 Rajesh Kumar Dhami, 47 ans, a eu le bassin et la vessie endommagés par un accident de travail. Il travaillait pour une entreprise de construction au centre-ville de Doha, dans le quartier des ambassades. Un jour, alors qu’il travaillait, un mur d’autoroute est tombé et s’est effondré sur lui. Il a été soigné au Qatar pendant deux mois et a été renvoyé au Népal sans avoir terminé son traitement. Aujourd’hui encore, Rajesh vit avec les conséquences de cet accident survenu pendant l’été 2022. Le Qatar a été rapidement critiqué, après l’annonce, en 2010, qu’il serait l’hôte de la Coupe du monde de soccer, pour son traitement des travailleurs étrangers embauchés pour la construction des stades, autoroutes, hôtels et autres infrastructures du Mondial 2022. Le cas de Rajesh Kumar Dhami en est un exemple, mais le nombre de victimes de ces conditions de travail reste mal documenté. Adil Boukind Le Devoir
2 Le sud du Népal est particulièrement pauvre et les occasions d’emploi sont limitées. Pour cette population essentiellement fermière, l’expatriation économique est souvent la seule solution pour s’offrir de meilleures conditions. Entre 1500 et 2000 travailleurs népalais quittent leur pays quotidiennement pour un des pays du Golfe, dont le Qatar, ou la Malaisie. Adil Boukind Le Devoir
3 La journée de Babur Wati Dhami commence à l’aurore. Depuis l’accident de son mari, la femme doit s’occuper de la maison, de son compagnon et d’une petite terre agricole avec ses bêtes. Adil Boukind Le Devoir
4 La famille possède quelques animaux, des chèvres et des poules, mais Babur Wati Dhami est la seule à pouvoir s’occuper des bêtes, qui offrent une faible source de revenus si elles sont vendues au marché. Adil Boukind Le Devoir
5 Rajesh n’est pas le seul à subir les contrecoups de l’accident. Babur, la femme de Rajesh, tient à elle seule le foyer à bout de bras. « Parce que je dois consacrer tout mon temps à la maison. Je dois préparer les repas et faire tout le travail à la maison toute seule. Mes enfants ne sont pas là non plus. Ils étudient à Katmandou. Je dois donc soit m’occuper de ma maison et de mon mari, soit m’occuper de la terre et des légumes. Je m’occupe actuellement de tout à la maison. » Aujourd’hui, Rajesh est presque incapable de se déplacer, et peine à rester assis plus de quelques minutes, un contraste important avec son ancienne vie. « Mon mari n’a jamais eu l’habitude de s’asseoir tranquillement, même pendant un certain temps. Mais que pouvons-nous faire maintenant ? » demande sa femme. Adil Boukind Le Devoir
6 « Je pense que je devrais maintenant commencer à cultiver des légumes aussi, dit Babur Wati Dhami. J’ai commencé à labourer la terre et je vais lentement commencer à faire pousser des épinards, des courges amères, des concombres, des citrouilles et des courges bouteilles. » Adil Boukind Le Devoir
7 L’accident a sévèrement endommagé la vessie de Rajesh, ce qui le force à porter une sonde pour pouvoir uriner. Sa femme l’aide tous les jours à nettoyer sa plaie. Adil Boukind Le Devoir
8 « Avant, au moins, il nous envoyait de l’argent tous les mois. Même si ce n’était pas suffisant, cela nous aidait beaucoup à payer les frais mensuels de nos enfants. Nous devons payer 3500 roupies népalaises (NPR) — soit 35 $ — par mois pour l’éducation de notre fille et 4000 NPR (40 $) pour celle de notre fils. Donc, nous devons payer en tout 7500 NPR (75 $) pour leurs frais mensuels », explique Babur. Adil Boukind Le Devoir
9 De retour avant la fin de ses traitements, Rajesh a perdu l’usage de sa jambe droite. « Cela ne faisait même pas un mois depuis l’accident, l’hôpital m’a demandé d’appeler l’entreprise qui m’employait. Je leur ai répondu que je n’avais pas les coordonnées de la compagnie. Finalement, ils ont appelé la compagnie et ont décidé de me renvoyer au Népal au bout de deux mois d’hospitalisation. Je leur ai demandé comment je pouvais retourner à la maison sans être en pleine forme. Mais ils ne m’ont pas donné de réponse », explique-t-il. Adil Boukind Le Devoir
10 Cinq mois après son accident, Rajesh attend toujours les compensations de son assurance et du gouvernement népalais, mais a perdu espoir de recevoir quoi que ce soit de la compagnie qui l’employait au Qatar. « J’ai réalisé la négligence des entreprises après mon arrivée au Qatar. Certaines entreprises ne versaient même pas de salaire à leurs travailleurs. Moi, mon entreprise me versait un salaire. Je ne m’attendais pas à ce comportement à mon égard après l’accident », déplore-t-il. Adil Boukind Le Devoir
11 La radiographie montre l’ampleur des dégâts causés par la chute du mur sur le bassin de Rajesh. Adil Boukind Le Devoir

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