La communauté montréalaise queer se ligue pour le soccer

Les membres de la jeune ligue de soccer, Soccer for Queer, se rencontrent pour la troisieme fois sur un terrain du Plateau-Mont-Royal a Montreal. Les joueurs et joueuses s etirent avant le match.
Paola Chapdelaine Hans Lucas Les membres de la jeune ligue de soccer, Soccer for Queer, se rencontrent pour la troisieme fois sur un terrain du Plateau-Mont-Royal a Montreal. Les joueurs et joueuses s etirent avant le match.

MJ Déziel a lancé l’idée d’une ligue de soccer queer à Montréal. Un mois plus tard, 200 personnes ont manifesté leur intérêt.

C’est après une agression liée à son orientation sexuelle dans son club de soccer que MJ a décidé de lancer une équipe queer à Montréal. Face à l’engouement, le projet s’est rapidement transformé en ligue.

« Toute mon existence est politique. Tous les jours, je me réveille et je fais partie d’une minorité de genre et d’orientation sexuelle » déclare MJ Déziel, qui a fondé le salon de coiffure APART Studio et qui se passionne pour le soccer.

Ce jour-là, elle se joint à l’entrevue avec quelques minutes de retard, en se confondant en excuses. Dans le monde de la mode, de la coiffure et dans la communauté queer, MJ est une personne populaire, et très occupée.

Il y a encore quelque temps, elle faisait partie d’un club mixte de soccer. Jusqu’à ce qu’elle et sa partenaire soient victimes d’une agression liée à leur orientation sexuelle.

À la suite de cet incident, MJ propose à son ancienne équipe d’organiser un séminaire de sensibilisation aux réalités LGBTQ +. L’équipe refuse, c’est un choc pour elle.

Après cet enchaînement d’événements, MJ Déziel part à la recherche d’une équipe de soccer queer, en postant des appels sur les réseaux sociaux, où elle possède une belle communauté de plusieurs dizaines de milliers d’abonnés : « Le sport est au coeur de ma vie, je joue au soccer depuis l’âge de quatre ans. Il n’était pas question que j’arrête. » En réponse, de nombreuses personnes montrent leur intérêt. Jusqu’à ce que quelqu’un lui suggère de lancer sa propre équipe. C’est comme ça que l’idée est née.

De l’équipe à la ligue

« Je m’attendais à recevoir une vingtaine de réponses, c’est le nombre de personnes qu’il faut pour constituer une équipe. Au final, nous en avons reçu 112. Je me suis dit OK, ce n’est pas une équipe que je lance, c’est une ligue ! »

À ce moment-là, elle prend conscience de l’« énorme besoin » de la communauté et décide de monter la ligue Soccer for Queer. Le projet est encore embryonnaire. Le nom est provisoire. Pour construire la ligue, chaque membre va apporter son expertise : « C’est vraiment devenu un projet par la communauté, pour la communauté », raconte MJ Déziel, avec des étoiles dans les yeux.

« Je suis allée au premier match de Soccer for Queer, et j’ai manifesté mon intérêt pour contribuer à l’organisation, dit Melissa, qui suivait MJ sur Instagram et sur TikTok. Je vais aider à la gestion des réseaux sociaux et à la recherche de commandites. »

Melissa a pratiqué le soccer lorsqu’elle avait dix ans, dans le quartier de Rosemont–La Petite-Patrie, à Montréal. À l’époque, sa mère avait seulement trouvé une ligue pour garçons. Elle était donc la seule fille à jouer.

Melissa fait désormais partie de la ligue Soccer for Queer. « C’est comme une coopérative, où tout le monde donne du sien », explique la nouvelle membre.

Melissa et MJ, qui ne se connaissaient pas il y a quelques semaines, affichent une vraie complicité lorsqu’elles parlent du projet. « L’énergie qui se dégageait lors du premier match était magique », racontent les deux coéquipières avec enthousiasme.

Mais lancer une ligue demande du travail. Il faut gérer les adhésions, organiser les matchs, offrir un lieu sécuritaire et éviter tout risque d’inconvénient externe. L’ambition est d’aller chercher des commandites pour contribuer aux dépenses de la ligue, comme la location du terrain, qui coûte 300 $ par semaine.

Un espace sain

 

MJ Déziel part du constat que la communauté queer a la chance de profiter de nombreux lieux nocturnes sécuritaires à Montréal. Toutefois, elle regrette que les lieux diurnes, liés à un mode de vie plus sain, soient moins nombreux. C’est ce que Soccer for Queer cherche à offrir à la communauté.

La ligue est également ouverte à tout le monde, quels que soient le genre ou l’orientation sexuelle. « Notre queerness est très accueillante et bienveillante », affirme MJ Déziel.

La ligue rédige en ce moment un manifeste, qui servira de référence et exprimera les valeurs auxquelles adhéreront les membres qui se joindront à la ligue.

L’ambition est de maintenir l’organisation des matchs cet automne, et ensuite à l’hiver. Le nom et le logo sont en cours de production, et une ligue compétitive est en formation.

MJ Déziel espère que le projet contribuera à la réflexion du genre dans le sport, et rêve du jour où il sera possible de pratiquer dans des équipes non genrées.

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