Des gymnastes canadiens demandent un gel du financement de leur sport

La ministre Pascale St-Onge
Photo: Patrick Doyle Archives La Presse canadienne La ministre Pascale St-Onge

Plus de 500 gymnastes canadiens demandent à la ministre des Sports du Canada de geler le financement de leur organisation sportive nationale.

Dans une lettre publique adressée jeudi à la ministre Pascale St-Onge — et après quatre mois de « partage d’histoires dévastatrices » sur des années d’abus — « Gymnastes pour des changements », un groupe qui représente 508 athlètes, réitère ses appels à des mesures strictes.

Cela inclut une enquête par une tierce partie et la suspension du financement, comme cela a été fait avec Hockey Canada.

 

Leur demande initiale formulée il y a plusieurs mois, affirme le groupe, a été ignorée par Gymnastique Canada (GymCan), Sport Canada et « maintenant par votre bureau, et au grand détriment des enfants gymnastes de tout le pays ».

Cette lettre surgit une semaine après qu’un entraîneur de Lethbridge, en Alberta, eut été accusé d’avoir agressé sexuellement une fillette de sept ans.

« Au cours des quatre derniers mois, nous avons publiquement mis nos âmes à nu, partageant des histoires de traitements dévastateurs que nous avons subis aux mains de notre sport, indique la lettre. Nous avons demandé une enquête indépendante par une tierce partie pour aborder la culture systémique d’abus qui prévaut dans la gymnastique canadienne. »

GymCan a annoncé récemment qu’il avait mandaté McLaren Global Sport Solutions pour procéder à un « examen de la culture » de l’organisme directeur national du sport. Mais les gymnastes ont rejeté cette étude, car elle est « achetée et payée par l’organisme même qui doit faire l’objet de l’enquête ».

Le groupe « Gymnastes pour le changement », qui comptait 70 membres à l’origine il y a trois mois, demande la suspension du financement afin d’éviter que l’argent des contribuables ne soit utilisé pour ce qu’il considère comme un examen inefficace et nuisible qui blanchira l’expérience des survivants.

Mme St-Onge a gelé le financement de Hockey Canada à la suite de la gestion par l’organisation nationale d’une présumée agression sexuelle et d’un règlement à l’amiable.

Vague de plaintes

 

La lettre de jeudi notait que GymCan et Sport Canada étaient conscients de la possibilité d’un grand nombre de plaintes pour mauvais traitements. Le p.-d.g. de GymCan, Ian Moss, a dit à la directrice générale de Sport Canada, Vicki Walker, en août 2020 — dans une communication récemment publiée par TSN — « il pourrait y avoir, très bientôt, une vague de plaintes historiques d’athlètes. »

En avril 2021, et de nouveau en décembre, le conseil d’administration de GymCan a été exhorté par les survivants à lancer une enquête indépendante et tierce partie sur le sport.

Les gymnastes ont publié leur première lettre publique le 28 mars, exhortant Sport Canada à aller de l’avant avec une enquête.

« Selon cette chronologie, GymCan et Sport Canada ont eu connaissance de soupçons d’abus systémiques dans le domaine de la gymnastique et ont eu l’occasion d’agir pendant au moins deux ans, mais n’ont rien fait, permettant ainsi aux abus de se poursuivre contre les enfants athlètes canadiens sans intervention, indique la lettre. Nous avions espéré une meilleure réponse, plus urgente, de votre part ».

Les courriels adressés à Mme St-Onge, selon la lettre de jeudi, sont restés sans réponse.

« À ce jour, votre bureau n’a pris aucune mesure pour tenir GymCan ou Sport Canada responsables et tous ceux qui ont présidé à cette crise d’abus restent dans leurs positions d’autorité, ont écrit les gymnastes. Il n’y a eu aucune responsabilité et aucune action significative. . . Nous ne saurons jamais avec certitude si le fait que vous ayez lancé l’enquête demandée aurait empêché ce dernier exemple dévastateur d’abus (à Lethbridge).

« Mais votre inaction envoie un message clair à tous les jeunes gymnastes, à savoir que les abus dans leur sport ne méritent pas votre attention ; votre inaction envoie un message à tous les agresseurs et prédateurs, à savoir que la saison est ouverte pour les agresseurs dans la gymnastique ; votre inaction envoie un message à tous les complices de ces abus, à savoir qu’ils ne seront pas tenus responsables s’ils ferment les yeux ; votre manque d’action vous rend de plus en plus complice. »

Les gymnastes affirment qu’une enquête menée par une tierce partie pourrait fournir des informations permettant de mettre un terme aux abus dans leur sport, en plus d’envoyer un message à toutes les organisations sportives, à savoir que le gouvernement les tiendra responsables si on laisse perdurer des cultures toxiques.

La première commissaire à l’intégrité du sport du Canada, Sarah-Eve Pelletier, a commencé à recevoir et à traiter les plaintes de mauvais traitements dans le sport le 20 juin. Alors que le bureau s’attendait à recevoir une ruée de plaintes dès son ouverture, il n’était pas clair si le bureau entendra des plaintes historiques.

« Nos expériences partagées d’abus émotionnels, physiques, psychologiques et sexuels renferment des vérités précieuses qui doivent être mises en lumière si l’on veut vraiment changer les choses, ont écrit les gymnastes. Les histoires des survivants doivent faire l’objet d’une enquête pour comprendre comment les abus ont prévalu dans le système canadien pendant des décennies. Ignorer le passé, c’est risquer de le répéter. Et en ce moment même, dans les gymnases du Canada, le passé se répète. Les abus se répètent. Et les enfants en paient le prix.

« Nous avons besoin que le ministre des Sports travaille avec nous pour commencer l’enquête qui aurait dû être menée depuis longtemps. Nous avons besoin que le ministre des Sports travaille avec nous pour entamer l’enquête tant attendue. La sécurité des enfants canadiens dépend de votre action et de votre courage », a-t-on conclu.

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