Allégations de viol collectif: nouvelles révélations dans l’affaire qui secoue Hockey Canada

Des textos échangés ainsi que deux vidéos datant de la nuit des événements ont fait surface, tandis que l’organisation a confirmé qu’elle disposait d’un fonds pour couvrir entre autres les réclamations des victimes dans des affaires d’agressions sexuelles.
Nathan Denette La Presse canadienne Des textos échangés ainsi que deux vidéos datant de la nuit des événements ont fait surface, tandis que l’organisation a confirmé qu’elle disposait d’un fonds pour couvrir entre autres les réclamations des victimes dans des affaires d’agressions sexuelles.

« C’est difficile pour tout le monde au Canada de croire et d’avoir confiance envers quelqu’un à Hockey Canada », a asséné mardi le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, après que de nouvelles révélations choquantes ont fait surface dans le dossier d’un présumé viol collectif camouflé par l’organisation.

La fédération sportive a confirmé mardi l’existence d’un « fonds national d’équité » au sein de l’organisation, une information d’abord révélée par La Presse canadienne. Ce fonds sert pour les responsabilités qui ne sont pas couvertes par les assurances de l’organisation, ce qui comprend les réclamations pour agressions sexuelles. Le Globe and Mail a révélé que ce fonds de réserve avait dépassé les 15 millions de dollars dans les dernières années. Une partie de cet argent a donc vraisemblablement servi à payer les frais de l’entente à l’amiable conclue avec la présumée victime d’un viol collectif perpétré par huit joueurs en juin 2018, évitant à ces joueurs de subir un procès.

« Ce que nous avons appris aujourd’hui est totalement inacceptable, et c’est la raison pour laquelle nous avons gelé il y a quelques semaines le financement versé à Hockey Canada », a poursuivi Justin Trudeau lors d’un point de presse.

Pour l’entraîneur bénévole de hockey junior et père de deux jeunes joueurs François Lemay, cette nouvelle révélation constitue une « trahison ». Dès le mois de juin, il a convaincu l’Association hockey jeunesse de Granby de cesser de verser des cotisations à Hockey Canada, qui se chiffrent à environ 24 $ par enfant. « On savait qu’Hockey Canada avait payé des victimes plusieurs fois dans les dernières années pour qu’elles gardent le silence, et on constate maintenant que ces sommes viennent des poches du gouvernement et des parents qui veulent juste que leurs jeunes fassent du sport », s’insurge-t-il en entrevue.

Il croit qu’avec une mobilisation suffisante, Hockey Canada comprendra le message une fois pour toutes : « Il faut que d’autres organisations embarquent. L’argent, c’est le nerf de la guerre. Et à l’ensemble du Canada, 24 $ par joueur, ça donne environ 15 millions de dollars. »

Il espère que la fédération du sport dans lequel il s’implique bénévolement et auquel jouent avec enthousiasme ses garçons de sept et dix ans opérera un changement de mentalité radical. « Le message qui est envoyé à l’élite, c’est “faites vos conneries et on va vous protéger avec l’argent du monde qui veut juste jouer au hockey !” » déplore-t-il.

Échange de textos dévoilé

 

L’un des huit joueurs impliqués dans le viol présumé a par ailleurs contacté la victime le lendemain des faits, a révélé mardi le journal torontois The Globe and Mail, après avoir reçu des informations des avocats de sept des huit joueurs concernés.

Le joueur a demandé par texto à la jeune femme si elle avait porté plainte à la police par rapport aux événements de la veille, selon l’article du quotidien. La femme lui a répondu qu’elle avait raconté l’histoire à sa mère, et que celle-ci avait ensuite contacté la police sans l’aval de sa fille.

« Mais tu disais que tu avais du plaisir », lui a répliqué le joueur, qui n’est pas nommé, par texto. « J’étais vraiment saoule, je ne me sentais pas bien du tout par rapport à ça après, lui a-t-elle répondu. Mais je ne veux mettre personne dans le trouble. »

Elle a ensuite fait part de son ressenti au joueur : « J’étais d’accord pour rentrer avec toi, mais tous ceux qui sont arrivés après, je ne m’y attendais pas. J’ai eu l’impression qu’on riait de moi et qu’on se servait de moi. »

Le joueur s’est ensuite empressé de dissuader la présumée victime de poursuivre le processus de plainte : « Il faut que tu parles à ta mère tout de suite et que tu mettes les choses au clair avec la police avant que ça aille trop loin. C’est une affaire sérieuse qu’elle déforme et qui pourrait avoir des conséquences pour beaucoup de gens, dont toi. »

La femme s’est ensuite excusée pour « les troubles qu’elle aurait pu causer », selon le quotidien. « Peux-tu s’il te plaît trouver un moyen de faire disparaître ça et de contacter la police ? » a rajouté le joueur.

Ce dernier aurait ensuite texté la femme à plusieurs reprises dans les heures suivantes pour lui demander si elle avait contacté la police. « Je suis reconnaissant que tu t’apprêtes à mettre un terme à tout ça, et je sais que ça ne doit pas être facile pour toi d’appeler la police et de dire que c’était une erreur », lui a-t-il écrit.

La femme a finalement obtempéré et lui a écrit le soir même : « Je lui ai dit que je n’irais pas plus loin et que c’était une erreur. Vous devriez être corrects maintenant, et j’espère que rien d’autre ne sortira. »

Deux vidéos

 

Le Globe and Mail a également obtenu deux vidéos qui auraient été tournées la nuit de l’agression présumée, le 19 juin 2018. La première vidéo, enregistrée à 3 h 25 du matin, montrerait une femme à partir du cou. Une voix d’homme lui demanderait « Es-tu correcte avec ça ? », ce à quoi elle répondrait « Je suis correcte avec ça ».

La seconde vidéo, tournée à 4 h 26 du matin, montrerait la même femme drapée d’une serviette de bain. « M’enregistres-tu ? demande-t-elle. OK, c’est bon. Tout était consentant. Tu es tellement paranoïaque. J’ai aimé ça, c’était bien. Tout était consentant. Je suis tellement pas ivre, c’est pour ça que je ne peux pas faire ça en ce moment. » L’article du Globe and Mail mentionne que « l’identité des personnes qui ont filmé la vidéo et les raisons qui les ont poussées à le faire » de même que « ce dont parle la femme » ne sont pas clairs.

La direction d’Hockey Canada a indiqué jeudi dernier par voie de communiqué qu’elle rouvrait une enquête indépendante sur l’agression présumée et qu’elle procéderait à un examen complet de la gouvernance. Selon un énoncé officiel diffusé par plusieurs médias, cela « inclurait l’administration des fonds de l’organisation ».

Avec La Presse canadienne

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