L’équipe de Leylah Fernandez s’agrandit

Leylah Annie Fernandez affrontera l'Italienne Martina Trevisan en quarts de finale de Roland-Garros, mardi.
Christophe Archambault Agence France-Presse Leylah Annie Fernandez affrontera l'Italienne Martina Trevisan en quarts de finale de Roland-Garros, mardi.

Est-ce que la Québécoise Leylah Annie Fernandez peut remporter les Internationaux de tennis de France ?

« J’espère que oui ! Mais ce titre est encore bien loin. Je veux savourer cette victoire, et me concentrer sur mon prochain match », a confié la Lavalloise âgée de 19 ans après son impressionnante victoire en trois sets contre l’Américaine Amanda Anisimova au quatrième tour dimanche.

Mais est-ce que Fernandez peut vraiment aspirer aux grands honneurs chez les dames ?

« Oui, c’est la raison pour laquelle nous sommes ici. Mais pour être franc, je crois que tous les joueurs ici peuvent y parvenir, peuvent triompher, parce qu’ils se sont rendus jusqu’ici. Nous ne prenons donc personne à la légère ici aux Internationaux de France », a dit Jorge Fernandez, son père et entraîneur.

La 17e tête de série — elle est la joueuse la mieux classée encore en lice dans sa moitié de tableau — affrontera l’Italienne Martina Trevisan en quarts de finale mardi.

Si elle l’emporte, alors elle mettra la table pour un duel contre une Américaine : Sloane Stephens, qu’elle a vaincue trois fois en autant d’opportunités en carrière, ou la 18e tête de série Coco Gauff dans le carré d’as.

Fernandez et Gauff, qui est plus jeune de 18 mois, se sont affrontées en demi-finales des Internationaux de tennis de France juniors en 2018.

 

Gauff, alors âgée de seulement 14 ans, avait enlevé les honneurs du tournoi.

Un an plus tard, Fernandez a été couronnée championne junior à Roland-Garros.

Les deux dames ont progressé très rapidement.

 

La vie de Fernandez est non seulement bien différente de celle qu’elle vivait dans les rangs juniors, elle l’est également par rapport à celle de l’an dernier — avant d’atteindre la finale des Internationaux des États-Unis en septembre 2021.

Jusque-là, « Équipe Fernandez » comptait deux membres, la joueuse et son entraîneur. Quand c’était possible, son père-entraîneur l’accompagnait dans ses voyages. Parfois, c’était sa mère, Irene.

Ces jours-ci, la loge réservée à la joueuse est habituellement remplie d’agents, de commanditaires, de proches et d’amis.

Fernandez a ratifié une lucrative entente de commandite avec l’entreprise Lululemon, et avec plusieurs autres, afin d’étoffer encore davantage ses gains de 2,6 millions de dollars américains (environ 3,3 millions de dollars canadiens) acquis sur le court.

Elle compte habituellement sur un partenaire d’entraînement. Et plus tôt cette année, elle avait son propre thérapeute sportif.

Et son père, Jorge, la suit maintenant à temps plein.

« La situation financière est bien différente, évidemment. Dans les rangs juniors, nous ne tenions jamais de comptes, parce qu’il n’y avait rien à compter. Nous connaissions déjà les réponses. Et maintenant nous ne tenons plus les comptes, car nous empochons plus d’argent grâce au tennis que nous n’aurions jamais osé l’imaginer. Ça n’est donc pas une question d’argent », a-t-il évoqué.

« Mais maintenant, je suis en mesure de planifier une année à l’avance, sans me préoccuper de rien. Ce que nous tentons présentement de faire, c’est de prendre de bonnes décisions d’affaires afin qu’elle puisse poursuivre sa progression sportive — elle doit être entourée des bonnes personnes, avec les bons programmes, et les bonnes technologies. »

Fernandez a connu une saison en dents de scie depuis la finale présentée au stade Arthur Ashe l’an dernier.

La Québécoise a d’ailleurs enchaîné les victoires à Roland-Garros pour la première fois depuis l’Omnium d’Indian Wells.

Mais pour Jorge, cependant, l’important n’est pas ce que sa fille accomplira à 19 ans. C’est la joueuse qu’elle deviendra à 21 ans.

« C’est l’objectif. Quand elle aura 21 ans, je lui demanderai : ‘Avons-nous accompli toutes les choses que nous devions faire entre aujourd’hui et à ce moment-là ?’ Ce sera notre étalon de mesure en termes de‘coaching’, de gestion et de programme de développement », a-t-il confié.

Certains changements sont déjà observables au sein d’Équipe Fernandez en 2022.

Le partenaire d’entraînement qu’elle avait en début de saison a quitté, essentiellement à cause de problèmes de visa.

Duglas Cordero — un préparateur physique qui s’était fait remarquer pendant la finale féminine des Internationaux des États-Unis l’an dernier — a aussi plié bagage.

Et Équipe Fernandez tente de trouver un nouvel entraîneur pour remplacer Romain de Ridder, qui a voyagé avec Fernandez la plupart du temps au cours des deux dernières saisons, mais qui a quitté son entourage après Wimbledon l’an dernier.

Et une autre Fernandez aspire à faire le saut chez les joueuses professionnelles ; Bianca. Jorge doit donc s’occuper de deux joueuses simultanément.

Il n’aime toutefois pas embaucher un nouvel entraîneur en pleine saison. Il préfère qu’un nouvel entraîneur soit embauché pendant la saison morte, afin de prendre le temps de développer une relation et de mettre à l’épreuve la chimie entre lui et la joueuse.

« Il faut être prudent. Certains entraîneurs ne sont pas flexibles. Ils ne sont pas flexibles. Ils ont leur façon de faire. C’est ce qui rend le processus si complexe. Notre style est inhabituel ; nous faisons beaucoup de choses différemment, a-t-il expliqué. La raison pour laquelle je veux travailler avec quelqu’un, c’est parce qu’elle possède un bagage d’expérience qui nous permettra de régler nos problèmes. Et non ‘nous devons changer, car c’est comme ça qu’on doit procéder’.»

« Le sport a changé. Les athlètes sont très talentueux, à bien des niveaux. Nos instincts d’entraîneur doivent donc évoluer également… sur notre façon d’enseigner. Et honnêtement, j’ai l’impression que parfois certaines personnes veulent juste s’asseoir dans notre loge afin de se faire voir. »

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