Deux «survivantes de Bluewater» dénoncent Gymnastique Canada

Les deux gymnastes étaient parmi les 11 qui ont déposé une plainte pour sévices contre les entraîneurs Dave et Elizabeth Brubaker.
Photo: iStock Les deux gymnastes étaient parmi les 11 qui ont déposé une plainte pour sévices contre les entraîneurs Dave et Elizabeth Brubaker.

L’ancienne gymnaste Abby Spadafora et une autre des 11 athlètes connues sous le nom de « survivantes de Bluewater » ont publiquement critiqué le traitement de leur plainte pour sévices par Gymnastique Canada, disant avoir été victimisées une deuxième fois par leur silence forcé.

Spadafora et l’autre gymnaste, identifiée sous le nom d’« athlète B », étaient parmi les 11 qui ont déposé une plainte pour sévices le 15 janvier 2019 contre les entraîneurs Dave et Elizabeth Brubaker.

« On nous disait constamment : “Ne dites ou n’affichez rien publiquement sur ce que vous vivez. Ne dites ou n’affichez rien sur les sévices que vous avez endurés, car si vous le faites, cela sera utilisé contre vous dans le processus d’audience” », ont affirmé les deux gymnastes dans leur déclaration mardi matin.

« Ainsi, par peur de ruiner l’affaire, nous avons gardé le silence », poursuit la déclaration. « Nous avons poursuivi notre vie quotidienne tout en luttant silencieusement contre une procédure infernale ! On pourrait penser que le processus de Gymnastique Canada protège les victimes. Cependant, ce processus a fait tout le contraire en nous revictimisant continuellement, toutes. »

Les 11 gymnastes — Spadafora, Melanie (Rocca) Hunt, April Nicholls, Alheli Picazo, Alysia Topol et six autres appelées « athlètes A, B, H, I, J et K » — forment le groupe principal des sportives qui ont fait pression pour obtenir une enquête par une tierce partie et qui ont témoigné dans le cadre de la procédure disciplinaire de 2020 avec Gymnastique Canada.

Selon les « survivantes de Bluewater », ainsi nommées parce que Brubaker était entraîneur et directeur de Bluewater Gymnastics à Sarnia, en Ontario, un jugement disciplinaire datant de mars 2021 a conclu à 54 chefs d’accusation d’inconduite — y compris des violences émotionnelle, psychologique, physique et sexuelle — dans la position du couple en tant qu’entraîneurs sur plusieurs années, jusqu’à l’arrestation de Dave Brubaker en 2017.

Brubaker, qui a entraîné le Canada aux Jeux olympiques de Rio en 2016, a été banni à vie par Gymnastique Canada l’année dernière après l’enquête interne portant sur de multiples plaintes. Il avait été suspendu en 2017 après avoir été arrêté et accusé de plusieurs chefs d’agressions sexuelles. Il a été déclaré non coupable, mais Gymnastique Canada a lancé sa propre enquête après de nombreuses plaintes. Sa femme Elizabeth, elle, a été suspendue en 2019, et ce, jusqu’en 2024.

Les Brubaker ont nié toutes les allégations. Ils ont retiré un appel à Gymnastique Canada le mois dernier.

Action collective

 

La semaine dernière, l’ancienne gymnaste Amelia Cline a déposé une proposition d’action collective contre Gymnastique Canada et six fédérations provinciales de gymnastique — la Colombie-Britannique, l’Alberta, la Saskatchewan, le Manitoba, le Québec et l’Ontario. Les demandeurs de l’action collective proposée affirment avoir été victimes de violences physiques, sexuelles et psychologiques lors de leur participation à des programmes offerts par ces organisations, et ce, depuis 1978.

Mme Spadafora a déclaré à La Presse canadienne qu’elle n’avait pas encore décidé si elle allait se joindre à l’action collective.

Elle et l’« athlète B » étaient parmi les 450 signataires d’une lettre acheminée à Sport Canada demandant une enquête indépendante par une tierce partie sur ce qu’elles ont appelé la « culture toxique » d’agression et de silence de Gymnastique Canada.

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