Par milliers pour un dernier au revoir au Démon blond

Des milliers de Québécois se sont présentés au Centre Bell dimanche, transformé pour l’occasion en chapelle ardente, pour rendre un dernier hommage à Guy Lafleur, légendaire numéro 10 du Tricolore.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Des milliers de Québécois se sont présentés au Centre Bell dimanche, transformé pour l’occasion en chapelle ardente, pour rendre un dernier hommage à Guy Lafleur, légendaire numéro 10 du Tricolore.

Amis et familles se sont rendus aujourd’hui au Centre Bell pour rendre un dernier hommage à Guy Lafleur, considéré par plusieurs comme le pilier de la dynastie du Canadien de Montréal, mais aussi comme un ami, un frère, « un gars du peuple ». Ils étaient des milliers.

La cathédrale du hockey s’est transformée en chapelle ardente pour deux jours, dimanche jusqu’à 20 h et lundi de 10 h 30 à 15 h, afin de permettre à ceux qui le souhaitent de faire leurs adieux à l’une des grandes légendes du hockey et offrir leurs condoléances à la famille.

À l’intérieur, une ambiance différente de celle qui prévaut d’habitude planait. Un silence solennel et chargé d’émotion régnait, résonnait presque. Deux grandes bannières entouraient celle habituellement installée dans les hauteurs de l’aréna avec le numéro 10 de Lafleur. La coupe Stanley, que Lafleur a remportée cinq fois avec le Canadien de Montréal, rayonnait en arrière-plan du cercueil du défunt, orné de fleurs. Une centaine de personnes à la fois entraient sur la glace et attendaient en ligne sur un tapis rouge pour se recueillir le temps d’une minute ou deux. Tantôt des petits mots chuchotés sous un masque, tantôt un signe de croix, chacun lui disait adieu à sa manière.

Photo: Adil Boukind Le Devoir Le Centre Bell a été aménagé en chapelle ardente pour deux jours afin de permettre aux admirateurs de Guy Lafleur d’aller lui rendre un dernier hommage.

Le premier ministre du Québec, François Legault, a été parmi les premiers à s’être recueillis, avant de prononcer quelques mots devant les journalistes. « Je suis content de voir que plein de Québécois viennent lui dire merci pour tous les petits bonheurs qu’on a eus les mercredis et les samedis soir, à le voir rentrer sur l’aile droite, a-t-il exprimé. Aujourd’hui, c’est tout le Québec qui est en deuil. »

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, est elle aussi venue se recueillir sur la dépouille de Guy Lafleur. « Des gens de partout à travers le Québec sont venus spécialement pour lui rendre un dernier hommage. Ça montre à quel point Guy Lafleur était aimé », a-t-elle dit à son tour. Elle a rappelé au passage la volonté de la Ville de Montréal de trouver un lieu pour honorer la mémoire de cette légende du Canadien.

Photo: Adil Boukind Le Devoir Le premier ministre du Québec, François Legault, a été parmi les premiers à s’être recueillis.

Guy Lafleur s’est éteint le 22 avril à l’âge de 70 ans d’un cancer du poumon. Au cours d’une carrière de 17 saisons dans la LNH, dont 14 avec le Canadien, celui qu’on surnommait le « Démon blond » est devenu le meilleur pointeur dans l’histoire de l’équipe et l’a menée vers cinq conquêtes de la Coupe Stanley.

Plus d’une semaine plus tard, son départ faisait toujours mal aux anciens du Canadien.

« C’est beau de voir ça, a souligné Yvon Lambert, qui a joué avec Lafleur. Ce n’est pas que du monde des années 1960 et 1970. Il y a du monde des années 1990 et 2000. C’est là qu’on réalise l’impact que Guy Lafleur a eu sur le public. Le monde, la générosité, les signatures d’autographe. Ça n’a pas de bon sens. »

« Nous avons le cœur vide, le cœur qui saigne, a dit Réjean Houle. Nous savons que nous avons perdu un membre incroyable de l’organisation, qui a fait de nous une bonne organisation. »

La dernière légende

À l’extérieur, ce n’était pas le silence qui régnait, mais plutôt des chants de Québécois en deuil qui scandaient en chœur « Guy ! Guy ! Guy ! ». Maryse Bérubé et David Dollard, qui sont venus de Sept-Îles pour se recueillir, se rappellent les parties de Lafleur auxquelles ils ont assisté ensemble. « La famille [de Guy Lafleur] ne se doutait pas à quel point la population le vénère. En voyant ça aujourd’hui, je suis certain qu’elle est agréablement surprise », explique M. Dollard.

Mario Arsenault, arrivé tôt en matinée pour être parmi les premiers à pouvoir se recueillir, a pour sa part personnellement connu Guy Lafleur, qu’il considérait comme un ami. Ils s’étaient rencontrés il y a plusieurs années dans un restaurant et étaient restés en contact depuis. « Il nous parlait comme s’il était notre chum, explique M. Arsenault, réprimant un sanglot. C’est ça, Guy Lafleur : c’était un gars simple. Il était proche du peuple. »

« Je pense qu’il n’y aura pas de légende aussi impressionnante que Guy Lafleur », raconte à son tour Suzanne Gagnon, la voix cassante. Comme plusieurs autres, elle ne peut en dire plus, sous le coup de l’émotion.

« J’ai vu les quatre Coupes Stanley. Quand j’avais dix ans, je ne manquais aucune partie. C’était mon idole », raconte à quelque pas d’elle Dany Goyer, qui a grandi avec Guy Lafleur au Forum.

Photo: Adil Boukind Le Devoir À l’extérieur, ce n’était pas le silence qui régnait, mais plutôt des chants de Québécois en deuil qui scandaient en chœur «Guy! Guy! Guy!».

Alors que certains se rappellent leur enfance passée à regarder le joueur de hockey, plusieurs parents sont venus avec leurs enfants dans le but de partager avec eux ce moment d’histoire. « C’est un grand deuil pour nous parce que ça n’existera plus. Ça fait partie d’une autre époque », explique un peu plus loin en file Jean-Guy Beaumier. Il passe ainsi « le flambeau de la passion » à son fils, Jean Boucher, debout à ses côtés.

« [Le hockey], c’est une histoire de famille pour nous. On regarde les games en famille au sous-sol », raconte Cédric Demers, 24 ans, venu avec son cousin, âgé de 17 ans. Et alors qu’il prononce ces paroles, les champs reprennent, accompagnés d’applaudissements : « Guy ! Guy ! Guy ! ». Même s’ils ne l’ont pas connu, c’était important pour les deux jeunes hommes de venir assister à l’événement et de s’imprégner de l’ambiance et de l’amour qui règne sur l’avenue des Canadiens-de-Montréal.

Avec La Presse canadienne

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