Une ambiance «à la hauteur de l’homme» au Centre Bell

L'ambiance était différente de celle d’un avant-match ordinaire dimanche soir, au Centre Bell, où les spectateurs affluaient calmement. 
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne L'ambiance était différente de celle d’un avant-match ordinaire dimanche soir, au Centre Bell, où les spectateurs affluaient calmement. 

Les yeux de Claude deviennent rouges, humides de larmes. « Mon garçon joue au hockey, il a de longs cheveux blonds, il est talentueux. Il y a des gens qui l’appellent le Démon blond. » Il prend une pause. « Quand mon gars me demande s’il doit devenir “comme Guy Lafleur’’, je lui dis “Non, sois gentil, sois respectueux, comme lui l’était, c’est tout.’’ »

L’ambiance est différente de celle d’un avant-match ordinaire tandis que les spectateurs affluent au Centre Bell, en ce dimanche soir. Les gens sont calmes. Silencieux, même. Dans une ambiance quasi solennelle, ils attendent patiemment leur tour pour aller prendre une photo devant la grande statue du numéro 10, au pied de laquelle trônent des dizaines de bouquets de fleurs.

Intercepté alors qu’il attendait son frère pour entrer dans l’aréna, Claude, détenteur de billets de saison depuis une vingtaine d’années, note à quel point l’atmosphère est unique. « Normalement, avant un match contre les Bruins, les partisans qui portent leur gilet se feraient huer. Mais on est ailleurs, ce soir, relève-t-il. L’ambiance est différente. À la hauteur de l’homme. »

Plus loin, un homme interpelle un partisan des Bruins qui se recueille devant la statue du joueur. « Retourne avec ta gang », lui lance-t-il cavalièrement. « Hey, c’est un fan de hockey, il a le droit », répliquent les partisans tout autour. L’heure n’est pas à la partisanerie.

Hommes, femmes, enfants, adultes qui ont l’âge d’avoir assisté aux conquêtes de la coupe Stanley par Lafleur et sa bande, tous et toutes ont pris un moment devant la statue de la légende. « Quand j’ai su que l’état de santé de Lafleur se détériorait, j’ai gardé tous mes billets pour les matchs restants », continue Claude, déjà ému en pensant à l’hommage que le Canadien rendra à son joueur vedette avant le match.

Au-delà des générations

Dimanche, Marc a emmené son petit Félix, à peine âgé de dix ans, à son tout premier match du Canadien. L’homme, qui a été « assommé » par l’annonce du décès de Lafleur, était allé à la chapelle ardente au décès de Maurice Richard et compte emmener son fils à celle pour Guy Lafleur, qui se tiendra début mai au Centre Bell. « Cette relation se transmet de père en fils ! » l’interrompt le petit garçon avec enthousiasme. Son père sourit, amusé. « Guy Lafleur a apporté beaucoup à beaucoup de foyers », poursuit Marc.

Venu avec son père Geoff, Owen, né en 2004, déplore de n’avoir pas pu assister aux prouesses de Lafleur de son vivant. « Mais je comprends quand même que c’est un joueur iconique », précise-t-il. Son père, comme plusieurs hommes rencontrés devant le Centre Bell ce soir-là, a grandi avec les prouesses du Démon blond. « Il vivait chaque jour comme si c’était le dernier », se souvient Geoff.

Assis sur des chaises près de l’entrée des spectateurs, Véronique et Francis sirotent un café avant d’entrer. Si Véronique porte avec fierté son chandail des Bruins, Francis est un fan invétéré du Canadien et a grandi à l’époque de Lafleur. Comme tous les autres partisans sondés dimanche, il s’est réjoui de la tenue de funérailles nationales pour son héros.

« On vient de passer deux années difficiles. C’est le fun de se rallier à quelque chose. »



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