Une progression du parasport à la signature canadienne

Declan Farmer (16) et Jack Wallace (8), des États-Unis, entrent en collision avec Billy Bridges (centre) et James Dunn (4), du Canada, lors de la finale de hockey sur glace paralympique de Pékin 2022, dimanche.
Photo: Simon Bruty Associated Press Declan Farmer (16) et Jack Wallace (8), des États-Unis, entrent en collision avec Billy Bridges (centre) et James Dunn (4), du Canada, lors de la finale de hockey sur glace paralympique de Pékin 2022, dimanche.

Lorsque Billy Bridges a intégré l’équipe nationale de parahockey, en 1998, les joueurs devaient acheter leurs propres chandails du Canada dans un magasin d’articles de sport.

Ils ont payé pour que leur nom soit apposé au dos au « mom and pop shop », a révélé Sami Jo Small, triple médaillée olympique de l’équipe canadienne de hockey féminin et épouse de Bridges. « Nous avons encore certains de ces maillots… les noms se décollent », a-t-elle ajouté en riant.

Bridges se souvient d’avoir payé de sa poche les voyages de l’équipe nationale, logeant souvent six joueurs dans une chambre d’hôtel. Son père a façonné ses bâtons dans des troncs d’arbres. Il a maintenant un contrat de commandite de bâtons.

Bridges et la légende du ski de fond Brian McKeever ont participé à leurs sixièmes Jeux paralympiques à Pékin, tandis que le joueur de parahockey Greg Westlake a disputé ses cinquièmes.

Les trois ne sont pas seulement parmi les plus grands athlètes paralympiques au monde, ils ont également repoussé les limites du parasport au Canada et contribué à redéfinir la façon dont les Canadiens et le monde perçoivent les athlètes ayant un handicap.

« Quand j’ai commencé, c’était un peu plus amateur, les gens avaient des emplois de jour, a rappelé McKeever. Il n’y avait pas beaucoup de financement et très peu d’entre nous étaient, disons, des professionnels à temps plein. »

L’athlète de 42 ans de Canmore, en Alberta, a remporté trois médailles d’or à Pékin pour couronner une fructueuse carrière. Avec 16 victoires, il a égalé l’Allemand Gerd Schönfelder pour le plus grand nombre de titres en sports d’hiver remportés par un athlète paralympique masculin.

McKeever prend sa retraite après avoir remporté 20 médailles en six Jeux, dont beaucoup avec son frère Robin comme guide. Robin est l’entraîneur-chef de l’équipe de ski paranordique du Canada, et les deux ont partagé une longue étreinte après la dernière course de Brian dimanche, une sixième place au relais ouvert.

Brian McKeever a déclaré que lui et son frère étaient « super fiers » de la façon dont ils ont poussé vers le haut le ski paranordique. « Le niveau n’a pas nécessairement augmenté autant au fil des ans, mais il y a plus de profondeur, car maintenant, vous ne pouvez pas gagner sans être un professionnel à temps plein. Nous avons également inculqué beaucoup de ces valeurs à nos coéquipiers, qu’il faut s’entraîner comme ils le font dans le volet olympique », a affirmé McKeever.

McKeever a ajouté qu’il ne savait pas, lorsqu’il a commencé sa carrière, que le préfixe « para- » dans « paralympiques » évoquait des « Jeux parallèles » et non des personnes « paraplégiques », une idée reçue courante. « Nous avons donc aussi un petit problème de marketing », a-t-il constaté.

Greg Westlake, quant à lui, prend sa retraite après sa cinquième participation paralympique et avec une médaille d’or, deux d’argent et une de bronze.

Le niveau n’a pas nécessairement augmenté autant au fil des ans, mais il y a plus de profondeur, car maintenant, vous ne pouvez pas gagner sans être un professionnel à temps plein

 

Né avec des malformations aux pieds et amputé des deux jambes sous le genou avant l’âge de 18 mois, l’athlète de 35 ans d’Oakville, en Ontario, a précisé qu’il s’était assuré de s’imprégner de chaque instant de sa dernière apparition paralympique. « J’ai aimé suivre les Jeux à travers les yeux des plus jeunes… C’était vraiment spécial et vraiment amusant pour moi d’être ici. J’ai tout laissé là-bas. J’ai pu profiter de chaque instant, et je ne peux pas en dire autant de certains Jeux précédents. »

Bridges, de son côté, est indécis quant à son avenir. Le joueur de 37 ans aimerait continuer si son corps le lui permet. « Je veux jouer aussi longtemps que je peux. Je ne veux jamais de laissez-passer. Je ne veux pas qu’on me donne une place, je veux la mériter, et je veux pouvoir contribuer au succès de cette équipe. »

Financement inégal

 

Bien que les athlètes canadiens aient énormément contribué à élargir les limites du parasport au cours des deux dernières décennies, il reste encore beaucoup de travail à faire.

Les athlètes olympiques canadiens qui ont remporté des médailles aux Jeux de Tokyo ou de Pékin ont été récompensés financièrement — 20 000 $ pour une médaille d’or, 15 000 $ pour une médaille d’argent et 10 000 $ pour une médaille de bronze. Les médaillés paralympiques n’ont reçu aucune récompense.

« Ça s’impose depuis longtemps, a affirmé Josh Dueck, chef de mission du Canada à Pékin et triple médaillé paralympique en ski assis. J’ai l’impression que ça se concrétisera dans les deux prochaines années. Je le croirai quand je le verrai, mais j’ai vraiment l’impression que certaines des conversations qui ont lieu en coulisse sont que tout le monde sait que c’est plus que nécessaire. »

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