La domination norvégienne, miracle... ou pas?

La délégation norvégienne qui entre dans le stade lors de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques d'hiver de Pékin.
Photo: Sebatian Bozon Agence France-Presse La délégation norvégienne qui entre dans le stade lors de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques d'hiver de Pékin.

La Norvège est championne des Jeux olympiques (JO) d’hiver. Encore une fois.

Le pays trône tout en haut du tableau des médailles avec 16 d’or et 37 récompenses au total. La petite nation de 5,3 millions d’habitants surpasse des géants comme la Russie, la Chine et les États-Unis. Par comparaison, avec 8,5 millions d’habitants, le Québec totalise cette fois 13 médailles, soit trois fois moins que la championne scandinave.

À Pyeongchang en 2018, la Norvège avait fait encore mieux avec 39 récompenses, 8 de plus que l’Allemagne pourtant 16 fois plus populeuse.

Comment expliquer ce miracle norvégien qui dure depuis trois décennies déjà ? « Pour moi, le nombre de médailles de la Norvège n’est pas un miracle : un miracle c’est quelque chose qui n’arrive qu’une seule fois », corrige Allan Bennich Grønkjær, étudiant au doctorat de l’École norvégienne des sciences du sport à Oslo. Il a été interrogé par Le Devoir alors que les JO de Pékin achevaient. Sa thèse, qui sera soutenue cette année, porte sur la gestion du sport d’élite.

« La performance globale de la Norvège aux Jeux olympiques d’hiver de 2022 correspond au niveau attendu par l’organisation nationale des sports d’élite, appelée Olympiatoppen. Ils visaient 32 médailles avant le début des Jeux. Ce nombre est basé sur les résultats précédents et les performances des athlètes. En plus, Olympiatoppen sait très bien comment les différents groupes sportifs et les athlètes se sont préparés pour les Jeux olympiques. »

D’accord alors, pas de miracle. Reste tout de même le mystère de ces performances exceptionnelles. M. Grønkjær, lui-même Danois établi en Norvège depuis 2017, propose un trio d’explications de base, trois causes aux grands effets dorés :

Nature et culture. La Norvège, ce n’est pas un pays, c’est l’hiver. Oslo, la capitale, est entourée d’espaces naturels protégés, où les Norvégiens s’activent physiquement, même si la nuit hivernale réduit le temps d’ensoleillement à quelques heures quotidiennes. « Il y a une longue tradition d’utilisation de l’environnement naturel et de la neige pendant un long hiver pour s’amuser et s’entraîner aux sports d’hiver. Il y a en plus un modèle sportif qui prône la “joie pour tous”. » Les enfants sont encouragés à essayer différents sports pour développer leurs capacités physiques, mentales et sociales, mais principalement pour s’amuser. »

Ressources. Elles existent en quantité pour aider au développement des athlètes. M. Grønkjær cite des entraîneurs hautement qualifiés, le financement pour soutenir des camps d’entraînement à longueur d’année et la possibilité pour certains de vivre en athlètes professionnels. « Un programme de développement des talents bien structuré et robuste comprend des entraînements dans les clubs pour les enfants et les jeunes, et une école de talent particulière pour les adolescents », ajoute le connaisseur.

Concurrence. Le doctorant fait remarquer qu’aux Jeux olympiques d’hiver, les concurrents pour les médailles s’avèrent finalement assez limités. « Dans de nombreuses disciplines de ski, par exemple, le médaillé probable viendra de Norvège, de Finlande, de Suède, de Russie et, de temps à autre, d’autres pays comme l’Allemagne, les États-Unis, la Suisse et la France », dit le savant des sports qui, il faut bien le remarquer, n’a pas cité le Canada…

Cela bien noté, il a aussi fallu une décision politique pour appuyer l’objectif de viser le sommet mondial et de se donner les moyens d’y arriver. Le tournant se situe autour des Jeux de Lillehammer, en 1994. Pour obtenir de bonnes performances en tant que pays hôte, la Norvège a développé, dans les années précédentes, un programme de sports d’élite qui porte ses fruits depuis.

« La Norvège dépense beaucoup d’argent pour développer les sports d’hiver, souligne Allan Bennich Grønkjær. Le programme de ski de fond est comparable à ce qu’on observe en cyclisme professionnel, où la meilleure équipe a des entraîneurs de haut niveau et des “mécaniciens” qui seraient l’équivalent des farteurs de ski. Les athlètes bénéficient aussi des services de psychologues du sport, de training musculaire, d’experts en nutrition, etc. » 

Le programme de ski de fond est comparable à ce qu’on observe en cyclisme professionnel, où la meilleure équipe a des entraîneurs de haut niveau et des “mécaniciens” qui seraient l’équivalent des farteurs de ski

L’organisme Olympiatoppen, fondé en 1988 près d’Oslo, concentre cette volonté énergique. Le hub d’innovation développe les performances scientifiquement, un peu comme une Silicon Valley du sport. C’est là, par exemple, que les GPS ont été utilisés la première fois pour aider les skieurs alpins à trouver la voie la plus rapide sur la piste.

Le Canada a aussi investi assez massivement depuis une trentaine d’années pour produire des champions olympiques. Les athlètes unifoliés rapporteront ici 26 médailles, dont 4 d’or, ce qui reste très appréciable. Le pari ne marche pas à tout coup cependant : les équipes de curling canadiennes rentrent quasi bredouilles (avec une seule récompense de bronze) malgré des millions investis chaque année pour soutenir ce sport.
 


Précision: Une version précédente de cet article indiquait que l’École norvégienne des sciences du sport se trouvait à l’Université Aarhus. Elle est plutôt à Oslo.

 

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