Charles Hamelin passe à l’histoire

Charles Hamelin termine sa carrière olympique sur la plus haute marche du podium.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Charles Hamelin termine sa carrière olympique sur la plus haute marche du podium.

L’équipe canadienne de patinage de vitesse courte piste a terminé ses Jeux de Pékin sur un point d’exclamation avec une médaille d’or au relais masculin mercredi. Cette médaille était la troisième de Steven Dubois en Chine, mais aussi la sixième en cinq Jeux pour Charles Hamelin.

Âgé de 37 ans, celui qu’on surnomme la « locomotive de Sainte-Julie » est devenu ainsi le Canadien le plus médaillé des Jeux d’hiver, à égalité avec l’ancienne patineuse de vitesse longue piste Cindy Klassen. Le champion d’athlétisme Andre De Grasse est le seul athlète masculin canadien à être monté aussi souvent que lui sur un podium olympique, tous Jeux confondus.

Comment se sent-on lorsqu’on passe ce cap ? Qui plus est, à la dernière épreuve de ses derniers Jeux olympiques, lui a-t-on demandé après sa course. « On se sent bien, s’est-il exclamé rayonnant, bras dessus bras dessous avec ses coéquipiers. C’est comme si je ne m’étais pas encore fait à l’idée. C’est encore tellement frais. On est tellement en train de vivre des choses folles en ce moment. Je pense que je vais me réveiller demain matin et que je vais pleurer comme un fou. »

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir

Formée, outre Charles Hamelin et Steven Dubois, de Pascal Dion et de Jordan Pierre-Gilles (auxquels il faut aussi ajouter Maxime Laoun, qui était des qualifications), l’équipe canadienne est longtemps restée en troisième place lors de la course de 5000 mètres. Elle est ensuite passée deuxième, puis première dans le dernier tiers de l’épreuve, pour ne plus jamais être sérieusement inquiétée par ses poursuivants, la Corée du Sud et l’Italie, terminant la course respectivement deuxième et troisième.

« Cela a été une finale de rêve, a déclaré Charles Hamelin. On avait un plan qui était d’économiser notre énergie le plus possible pour être capables d’exploser à la fin et de montrer qu’on était les plus rapides. Et c’est exactement ce qui s’est passé. »

« On est allés devant au bon moment et après, on était juste trop rapides pour les autres équipes. C’était vraiment trop malade », a renchéri Jordan Pierre-Gilles, à ses premiers Jeux à 23 ans.

« Course parfaite »

La stratégie avait été discutée en équipe le matin même et décidée par les coureurs. Charles Hamelin et Pascal Dion allaient s’assurer de maintenir un rythme rapide tout en permettant aux deux autres d’économiser leur énergie afin qu’ils puissent, en fin de course, profiter de leur force d’accélération pour assurer la victoire. « On les trouvait presque trop confiants, a expliqué l’entraîneur adjoint de l’équipe canadienne, Marc Gagnon. Mais ç’a été une course parfaite. Tous les détails ont été bien faits. Ils ont été majestueux. »

Codétenteur jusque-là du record du plus grand nombre de médailles à des Jeux d’hiver pour un athlète canadien masculin, l’ancien coureur s’est montré fier et ému du succès de son équipe de relais et d’être finalement dépassé par Charles Hamelin. « Un jour, les jeunes vont réaliser la chance qu’ils ont eue de le côtoyer avec son éthique de travail à 37 ans. […] C’est un athlète d’exception parmi les athlètes d’exception. »

Une semaine plus tôt, Charles Hamelin avait raté, à l’épreuve du 1500 mètres, sa dernière chance de remporter la sixième médaille qu’il espérait lors d’une course individuelle. Le seul espoir qui lui restait était le relais où les Canadiens sont champions du monde et ont été dominants depuis des mois.

Un jour, les jeunes vont réaliser la chance qu’ils ont eue de le côtoyer avec son éthique de travail à 37 ans. C’est un athlète d’exception parmi les athlètes d’exception.

 

« Il y a tellement d’amour et on a tellement de fun ensemble, a déclaré Jordan Pierre-Gilles. On savait que c’étaient ses derniers Olympiques. On sait que c’est vraiment une légende et qu’il avait la chance de rentrer encore plus dans les livres d’histoire. On voulait le faire pour nous, mais on voulait le faire un peu pour lui aussi. »

La série complète pour Dubois

 

Un autre membre de l’équipe de relais a aussi accompli un exploit. En remportant l’or, Steven Dubois a complété sa collection de médailles, l’athlète de 24 ans de Terrebonne ayant aussi gagné, à ses premiers Jeux olympiques, celle d’argent à l’épreuve du 1500 mètres la semaine dernière et la médaille de bronze quelques jours plus tard à celle du 500 mètres.

« Je suis arrivé ici en ne me mettant pas trop de pression, a-t-il expliqué. On est là pour gagner, mais lorsqu’on réussi aussi à avoir du plaisir et à voir cela d’une belle façon, ça améliore l’expérience. Et il se trouve qu’on gagne aussi. Alors je pense que ça va être à retenir pour l’avenir. »

Avec la troisième place de Kim Boutin à la course du 500 mètres féminin la semaine dernière, cela fera un total de quatre médailles pour l’équipe canadienne de patinage de vitesse courte piste aux Jeux de Pékin.

Un départ qui laissera un vide

 

Le départ à la retraite de Charles Hamelin laissera un vide dans l’équipe canadienne, a admis volontiers son entraîneur-chef, Sébastien Cros. « C’est des choses qu’on a beau expliquer, mais que les plus jeunes ont parfois du mal à comprendre. De voir un gars comme lui, avec ses médailles et son parcours, continuer d’être toujours aussi sérieux dans ce qu’il fait, appliqué, concentré, pour performer, pour devenir meilleur. Ça n’a pas de prix. »

Mais « il faut bien que ça arrive à un moment donné », a soupiré l’entraîneur. Et puis, « on a des jeunes aussi. Il y a ceux qui sont là, a-t-il dit des nouveaux médaillés, qui ont pris de l’expérience et qui ont appris de Charles. C’est le flambeau qui se passe. »

Ce départ n’aura toutefois pas lieu avant les prochains Championnats du monde, qui doivent se tenir à Montréal du 18 au 20 mars, promet le principal intéressé. « Je veux finir cela chez nous », a dit Charles Hamelin.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.



À voir en vidéo