Dubreuil, sans excuse

Favori pour le patinage de vitesse longue piste, Laurent Dubreuil a fini au 4e rang.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Favori pour le patinage de vitesse longue piste, Laurent Dubreuil a fini au 4e rang.

Laurent Dubreuil ne cherche pas d’excuse pour avoir terminé au 4e rang d’une course de patinage de vitesse longue piste dont il était l’un des favoris. Mais il ne s’excuse pas non plus.

Il était le champion du monde en titre à l’épreuve de sprint du 500 mètres et venait d’obtenir huit podiums en huit courses. Il était normal qu’on ait de grands espoirs pour la course de samedi et qu’il en ait lui aussi. Le Québécois a finalement arrêté le chronomètre à 34,52 secondes, soit à deux dixièmes de seconde (34,32 secondes) du gagnant et favori de la foule, son grand rival chinois Tingyu Gao, et à trois centièmes de seconde d’une place sur le podium, le Japonais Wataru Morishige ayant remporté la médaille de bronze avec un temps de 34,49 secondes.

L’athlète de 29 ans de Lévis n’a pas cherché d’excuses. Il est vrai qu’il a dû composer avec un faux départ, mais le Japonais aussi. Il est vrai qu’on lui avait donné le couloir intérieur, alors qu’il préfère l’extérieur, mais cela n’a pas empêché le Chinois de gagner. « J’ai déjà gagné des courses après un faux départ ou en partant dans le couloir intérieur. »

Le véritable problème, a-t-il expliqué, c’est surtout qu’il a commis de « petites erreurs » ici et là, dont un départ un peu lent, un premier virage qui manquait peut-être de rythme et un deuxième virage un peu lourd. « Je n’ai pas eu une mauvaise course, elle n’était juste pas assez bonne. »

Mais Laurent Dubreuil ne s’excuse pas non plus. « Dans notre sport, on gagne par quelques centièmes et l’on perd par quelques centièmes. Parfois, vous tombez du bon côté ; parfois, vous tombez de l’autre. […] Il aurait suffi que l’un des trois gars devant moi connaisse une course un peu moins bonne, et j’étais sur le podium, et on avait une conversation complètement différente. Quatrième au monde, c’est quand même bon. »

Dans notre sport, on gagne par quelques centièmes et l’on perd par quelques centièmes.

Un champion heureux

Écoutant attentivement à quelques pas de lui, l’un des autres coureurs canadiens, Antoine Gélinas-Beaulieu, n’a pas caché son admiration pour la classe affichée par son coéquipier. « Quel champion ! » s’est exclamé celui qui a profité d’une place qui s’était libérée au dernier instant pour apprendre à mieux connaître la piste en prévision de son épreuve du 1000 m et qui y a terminé au 29e et avant-dernier rang bien qu’il soit à seulement une seconde et demie du gagnant. « Il faudra maintenant qu’il ait une mémoire de poisson rouge et qu’il oublie vite tout cela pour penser à sa prochaine course. »

L’entraîneur de Laurent Dubreuil n’était pas peu fier de son protégé. « Ne le croyez pas, a déclaré Gregor Jelonek, quand il vous dit que le faux départ n’a pas eu d’impact sur sa course. Sans cela, il aurait bien pu gagner la course. » « Mais on ne cherche pas d’excuse », a-t-il dit à son tour. « Au 500 m aux Jeux olympiques, on ne peut pas se permettre d’erreurs. Il faut faire une course parfaite. Et c’était une belle course, mais ce n’était pas une course parfaite. »

Mais c’est déjà un exploit d’arriver aux Jeux avec des chances de remporter une médaille, a-t-il ajouté. « Je croise depuis tout à l’heure des gens qui nous regardent avec des têtes d’enterrement. Mais il vient de finir au 4e rang aux Jeux olympiques. La dernière fois [aux Jeux de Pyeongchang], Laurent avait terminé 18e. Demain, il va être correct. Il va préparer sa prochaine course, puis il y aura les Championnats du monde… La roue continuera de tourner. »

Le principal intéressé doit encore courir le 1000 m dans 6 jours. Bien qu’il n’en soit pas un spécialiste, Laurent Dubreuil se souvient d’avoir terminé 6e au 500 m aux Championnats du monde, il y a deux ans, et avoir remporté la course du 1000 m, le lendemain. « C’est sûr que ma meilleure chance est passée, mais ce n’est pas fini. »

Et puis, le patineur de vitesse a souvent raconté comment le fait d’être devenu père et d’avoir une vie de famille avait tout remis en perspective et l’avait aidé à trouver un meilleur équilibre comme athlète et comme individu. « C’est sûr que je suis déçu, mais je le suis déjà moins maintenant que je l’étais il y a dix minutes. Avant, quand j’avais une mauvaise course, la nourriture n’avait plus le même goût. Ce soir, elle goûtera ce qu’elle goûte d’habitude. […] J’étais heureux dans la vie hier. Je serai heureux dans la vie demain. »

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.

 

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