Sébastien Toutant rêve d'un autre podium à Pékin

«Depuis que mon sport est aux Jeux, c’était devenu un rêve pour moi d’y aller, et y remporter une médaille était sur ma liste. C’est sûr que j’aimerais répéter l’exploit», explique Sébastien Toutant.
Photo: Jeff McIntosh La Presse canadienne «Depuis que mon sport est aux Jeux, c’était devenu un rêve pour moi d’y aller, et y remporter une médaille était sur ma liste. C’est sûr que j’aimerais répéter l’exploit», explique Sébastien Toutant.

Le planchiste Sébastien Toutant n’a pas eu besoin des Jeux olympiques avant de devenir une grande vedette de son sport sur la scène internationale. Mais le Repentignois de 29 ans avoue que sa médaille d’or acquise à Pyeongchang lui a conféré une notoriété encore plus grande.

Celui qu’on surnomme Seb Toots, propulsé sous le feu des projecteurs dès l’âge de 13 ans quand il a remporté sa première compétition professionnelle au Mont St-Sauveur, a écrit une page d’histoire aux Jeux de 2018 en devenant le tout premier médaillé d’or olympique au grand saut (big air) chez les hommes.

Malgré ce titre à défendre à Pékin, Toutant ne ressent pas une pression supplémentaire et il entend profiter au maximum de sa troisième expérience olympique, conscient qu’il s’agit fort probablement de sa dernière.

« Les Olympiques, c’est sûr, c’est une compétition très importante, très prestigieuse, a raconté Toutant quelques jours avant son départ pour Pékin en entrevue virtuelle avec La Presse canadienne. Ils ont lieu seulement aux quatre ans et tu représentes ton pays. C’est quelque chose que je n’avais pas la chance de faire quand j’ai commencé ma carrière en surf des neiges – le slopestyle, l’autre discipline de Toutant, a fait ses débuts au programme olympique aux Jeux de Sotchi en 2014.

« Depuis que mon sport est aux Jeux, c’était devenu un rêve pour moi d’y aller, et y remporter une médaille était sur ma liste. Le fait d’avoir gagné la médaille à Pyeongchang, sans dire que ça m’enlève de la pression, c’est sûr que j’aimerais répéter l’exploit. »

Et cette fois, il lorgne aussi un podium en slopestyle, compétition où il s’est classé 9 en 2014 et 11 en 2018 après avoir obtenu la troisième place de la manche de qualification.

« Ce serait vraiment “cool” que je réussisse cette année. Pour moi en tant qu’athlète, avoir gagné une médaille aux Olympiques est déjà un exploit. Je vais aborder ces Jeux avec la même mentalité, oublier que j’ai gagné la médaille d’or en 2018 et en me disant que je veux à tout prix en gagner une autre, offrir les performances que j’espère. Ensuite ça dépendra des juges. »

Le tremplin des Olympiques

 

Toutant appréciera d’autant plus sa présence à Pékin que sa place au sein de l’équipe canadienne n’a été confirmée que le mois dernier grâce notamment à sa victoire à la Coupe du monde de slopestyle disputée à Calgary, le 1er janvier.

En plus de la forte concurrence au Canada, il lui a aussi fallu composer avec les aléas de la COVID-19.

 

« Ça aurait été triste de ne pas avoir l’occasion de retourner à Pékin et de défendre mon titre olympique. Tout a été un peu plus compliqué avec la pandémie, l’annulation d’événements. Je n’ai pas eu la même préparation que d’habitude. J’étais sous pression jusqu’aux deux dernières compétitions, où j’ai su offrir les performances pour me qualifier. »

Quand le CIO a voulu rajeunir son auditoire en ouvrant la porte à de nouveaux sports comme le slopestyle et ensuite le grand saut, plusieurs planchistes ont craint que cette récupération de leur sport lui fasse perdre un peu de son identité. Avec le recul, Toutant estime que tout le monde en est ressorti gagnant.

« Au début, nous avions peur que ça entraîne un changement des racines de notre sport. C’est vraiment important de ne pas perdre le style de vie, le “lifestyle”, que le snowboard peut apporter.

« Mais les Olympiques demeurent un immense tremplin pour aller chercher un public encore plus large. Je pense que c’est du donnant-donnant et il aurait été triste de manquer cette opportunité. C’est une belle vitrine pour les athlètes et le sport, mais aussi une très belle occasion pour les Olympiques de changer la donne et de rajeunir son public. »

Et Toutant a été à même de constater qu’il a lui-même profité de la visibilité qu’offrent les Jeux.

« Plus un sport se fait voir à travers le monde, plus ça incite le monde à tomber en amour avec. Pour ma part, d’avoir participé à deux Jeux et d’avoir gagné une médaille d’or, ça rajoute une crédibilité immense en tant qu’athlète.

« Avant ma présence aux Jeux, beaucoup de monde me suivait sur les médias sociaux, beaucoup de jeunes entraient en contact avec moi en me disant qu’ils ont commencé le “snow” à cause de moi. Pour moi, c’est très motivant d’être un modèle et même de faire découvrir ma passion à d’autres. Mais les Olympiques ont permis d’aller toucher un public encore plus large. »

Toujours aussi passionné

 

Toutant ne vivra pas un trop grand dépaysement à Pékin puisqu’il a eu l’occasion d’y disputer quelques compétitions, notamment une épreuve de grand saut au stade national, surnommé le Nid d’oiseau.

« C’est une destination que je connais assez bien, même si ce n’est pas ma préférée. Mais au moins il n’y aura pas l’effet nouveauté. »

Depuis le début de sa carrière, Toutant a toujours aimé repousser les limites avec des manœuvres originales. Mais il avoue que c’est devenu plus difficile d’innover en compétition.

« Le niveau est très élevé, et c’est de plus en plus dur de te démarquer en grand saut en faisant quelque chose qui n’a vraiment jamais été fait. C’est d’ailleurs ce que j’aime du slopestyle : la descente avec plusieurs obstacles, des rails et des sauts, je trouve plus de place à la créativité pour me démarquer. »

« C’est important pour moi de trouver une façon, sans nécessairement réinventer la roue, d’amener ma petite touche personnelle, de faire un truc unique. Je ne dis pas que je le réussis tout le temps, mais c’est quelque chose que j’essaie chaque année d’améliorer. C’est pour ça que j’aime bien faire des vidéos personnalisées à travers les compétitions, où il y a beaucoup de place à montrer plein d’autres aspects dans ta personnalité sur la planche, des choses que tu ne peux pas toujours montrer en compétition. »

Même s’il roule sa bosse depuis une quinzaine d’années dans le milieu et, qu’à la longue, les compétitions peuvent devenir répétitives, Toutant assure qu’il n’a rien perdu de sa passion pour le surf des neiges. Et il sait que d’autres défis stimulants l’attendent.

« Oui, ça fait longtemps que je fais des compétitions. Mais je suis toujours autant en amour avec mon sport que lorsque j’ai commencé. Si je me mets à moins faire de compétitions, je vais me consacrer davantage au côté vidéo, à ‘rider dans le back-country’, à réaliser des vidéos urbaines, à créer un autre genre de vague pour le surf des neiges. »

 

L’épreuve de slopestyle messieurs sera présentée les 6 et 7 février au Parc de neige de Genting de la zone de Zhangjiajkou. La compétition de grand saut est prévue les 14 et 15 février sur le site de Shougang de la zone de Pékin.

À voir en vidéo