Le biathlon, 30 ans après Myriam Bédard

À Lillehammer en 1994, Myriam Bédard a remporté sa première médaille d’or à l’épreuve individuelle du 15 km. Cinq jours plus tard, dans la course individuelle du 7,5 km, sa deuxième.
Photo: Marcel Mochet Agence France-Presse À Lillehammer en 1994, Myriam Bédard a remporté sa première médaille d’or à l’épreuve individuelle du 15 km. Cinq jours plus tard, dans la course individuelle du 7,5 km, sa deuxième.

C’était il y a 30 ans. Le Québec découvrait, aux Jeux d’hiver d’Albertville, le biathlon, où la Québécoise Myriam Bédard allait remporter une médaille de bronze au 15 kilomètres, la première médaille olympique dans ce sport par un athlète nord-américain.

Deux ans plus tard, lors des Jeux d’hiver de Lillehammer de 1994, toute la province s’était prise d’une passion pour cette drôle de discipline où l’on doit, dans la même épreuve, tout donner sur la piste de ski de fond puis, sur commande, devenir parfaitement calme et immobile pour atteindre de minuscules cibles à la carabine. On n’allait pas être déçus. L’athlète de L’Ancienne-Lorette, près de Québec, avait remporté deux autres médailles, mais d’or cette fois, au 7,5 km et au 15 km. Ces trois médailles olympiques sont encore aujourd’hui les seules du Canada dans ce sport.

D’autres Québécois ont quand même bien fait par la suite. Cela a été le cas notamment de Jean-Philippe Le Guellec, avec respectivement une sixième et une cinquième place au 10 km des Jeux de Vancouver en 2010 et de Sotchi en 2014. Mais, depuis, on connaît une sorte de passage à vide qui se manifeste, entre autres, par la présence d’un seul Québécois (Jules Burnotte, de Sherbrooke) sur les huit biathlètes qui représenteront le Canada aux Jeux de Pékin du 4 au 20 février.

Effritement

Cet « effritement » est le résultat d’un ensemble de facteurs, estime Jean-Philippe Le Guellec, qui était, jusqu’au printemps dernier, entraîneur-chef à la Fédération québécoise de biathlon (FQB). « D’abord, le biathlon reste un sport relativement niché quand on le compare, par exemple, à son cousin le ski de fond. [De plus,] sa popularité a toujours été assez cyclique et repose sur les qualités et le travail d’un nombre relativement restreint de bénévoles. »

La Fédération canadienne de biathlon a aussi longtemps cherché à concentrer le développement des athlètes d’élite du pays dans son centre d’entraînement de Canmore, en Alberta, une « véritable pépinière, avec plus d’une quinzaine de clubs dans la région ». De plus, comme le financement du sport d’élite au Canada repose beaucoup sur les succès remportés sur la scène internationale, un passage à vide peut faire en sorte qu’on se retrouve rapidement pris dans un cercle vicieux.

« Mais l’argent n’est pas tout. Je me suis déjà entraîné avec des clubs en France où il fallait littéralement tasser les vaches qui broutaient dans ce qui servait de champ de tir », raconte Jean-Philippe Le Guellec.

Le biathlon québécois était néanmoins parvenu à reconstituer un groupe de jeunes athlètes prometteurs lorsque la pandémie de COVID-19 a frappé, fait valoir Mario de Lafontaine, directeur général de la FQB. « Mais depuis deux ans, nos athlètes n’ont pas pu pratiquer leur sport. On n’a pas cessé d’annuler des compétitions. »

Or, dit Jean-Philippe Le Guellec, rendu à un certain niveau, la compétition devient la principale motivation dans le sport, mais on est encore trop jeune pour parvenir à se projeter loin dans l’avenir et persévérer malgré tout dans son entraînement.

À la conquête des jeunes

Pour renforcer sa vitalité et renouer avec le succès, le biathlon québécois doit chercher à élargir sa base, particulièrement chez les jeunes, affirme Mario de Lafontaine, qui est arrivé en poste, il y a un peu plus de deux ans, avec pour mission de restructurer le travail de la Fédération, qui compte actuellement 245 membres.

Aujourd’hui encore, le biathlon québécois trouve une bonne partie de ses nouveaux adeptes chez les cadets, qui ont une longue tradition de l’entraînement physique et du maniement des armes. L’ancien éducateur physique voudrait élargir et diversifier la brochette de jeunes que son sport rejoint et a commencé à tenir des activités d’initiation dans les camps de jour et les écoles. On veut d’abord mettre l’accent sur le côté récréatif plutôt que compétitif.

Il remarque, entre autres, que si plusieurs enfants sont attirés par la perspective de manier la carabine, d’abord à air comprimé ou au laser, puis de calibre 22 lorsqu’ils sont un peu plus grands, ce n’est pas toujours le cas de leurs parents, surtout ceux des villes.

Jouer au biathlon

Pour avoir le maximum de succès, ces activités destinées aux plus jeunes devraient prendre leur distance de l’approche plus rigide et plus compétitive du biathlon, liée à sa tradition militaire, pour mettre l’accent sur le jeu et les plaisirs du sport, dit Jean-Philippe Le Guellec, lui-même un ancien cadet. « J’ai une fille de six ans qui vient de commencer le ski de fond. Quand je vois, le dimanche après-midi, au Mont-Sainte-Anne, plus d’une centaine d’enfants avec, pour entraîneurs, de jeunes athlètes qui les font jouer et leur montrent comment avoir du fun sur leur ski, je trouve ça beau. Et je me dis que c’est la meilleure façon de faire découvrir et de faire vivre un sport. »

Le biathlon n’en est toutefois pas là, rappelle-t-il. « Tout cela va être un travail de longue haleine. »



À voir en vidéo