L’année a été marquée par le (court) retour de la gloire pour le Canadien de Montréal

Le partisan du Canadien Jean-Paul Da Silva avec une partie de sa collection
Photo: Adil Boukind Le Devoir Le partisan du Canadien Jean-Paul Da Silva avec une partie de sa collection

Si Omicron assombrit la fin d’année au Québec et dans le monde, 2021 nous a réservé des éclaircies. Pour donner un peu de réconfort, Le Devoir plonge dans cette série sur des moments ou des habitudes qu’on a pu vivre ou retrouver. Troisième et dernier souvenir : le retour du Canadien en finale de la Coupe Stanley.

Un régime de « pain sec et d’eau » accablait les partisans depuis la dernière Coupe Stanley, estime sans détour Jean-Paul Da Silva.

L’invétéré partisan a multiplié cette année les rituels pour invoquer de nouveau le sacre de la Sainte-Flanelle. Visites de tombes de défunts Glorieux, costumes divers ou bien pieuses incantations, tout tournait autour des séries de la LNH ce printemps, dit-il. Tout était rythmé en fonction de l’horaire des parties. « À la fin, je ne savais plus quoi faire comme cérémonie. »

Les astres s’alignaient rondement lors de cette période de déconfinement. Les jeunes joueurs sortaient leurs plus beaux jeux. Les rassemblements devenaient permis. Les espoirs aussi.

« J’avais 16 et 20 ans à l’époque des dernières conquêtes. Disons qu’à 50, j’ai tellement pris ça à cœur qu’à la fin des séries, ça m’a pris quatre jours pour m’en remettre. J’ai pratiquement vécu ça comme un burn-out. »

Une passion intense qui a permis à Jean-Paul Da Silva, comme à bien d’autres, d’oublier un temps la pandémie. « J’ai eu plus d’émotions cette année, même si on n’a pas gagné, qu’en 1986 et 1993, tellement la foule embarquait. »

Dans son magasin de souvenirs de hockey, Pierre-Olivier Loyer se souvient tout aussi bien de la frénésie qui a submergé le Québec.

 

« Quand le Canadien est passé en finale de l’Association, je me suis dit que j’allais acheter un petit drapeau pour mon auto… Je pars en voyage pour la fin de semaine en me disant qu’il allait en rester à mon retour. Quand je suis arrivé au travail le lundi, il ne restait plus un seul satané drapeau. Je n’ai jamais eu mon fanion ! D’un coup, en une fin de semaine, on a vendu tous les articles du Canadien. Quand on dit que les gens embarquent… Ils ont embarqué solide ! »

La trame qui s’est dessinée tenait du scénario susceptible de reléguer aux oubliettes les autres péripéties de 2021. D’entrée de jeu contre les Maple Leafs, premiers de la division Nord, le Canadien pique du nez. Comme il était en retard 1-3 dans la série, l’odeur de la coupe à Montréal paraissait alors bien subtile.

« Mais, chaque fois, c’étaient de petites choses qui fonctionnaient, observe le fan fini qu’est Jean-Paul Da Silva. Le but à genoux de Paul Byron. Le but en prolongation lors du 5e match de Suzuki sur une passe de Caufield. Le but de Kotkaniemi en prolongation à la partie numéro 6. On était toujours sur le point de se faire éliminer, mais on a réussi à s’en sortir. » C’est aussi lors de ce premier tour que le Centre Bell accueillit à nouveau des spectateurs — 2500 personnes au maximum.

La foule clairsemée, ce « 7e joueur », propulse tout de même le Canadien, qui balaie la série suivante contre les Jets de Winnipeg. Le duel contre Las Vegas s’avère des plus enlevants. Quel partisan ne se souvient pas de cette fête nationale où le Canadien offre aux Québécois une chance de retrouver les ultimes honneurs ?

Cette histoire finit mal, mais a su « faire du bien à l’âme », dit M. Da Silva. « On dirait que, ces dernières années, la population est divisée sur tout, sur tous les sujets. Le hockey, c’est la seule chose qui réunit les gens. Tout le monde est derrière l’équipe. On voyait ça à travers le Canada, même à travers le monde. »

Une fierté au-delà des frontières

Les émotions ont bel et bien dépassé les frontières du Québec. Le Devoir a trouvé l’un des plus grands partisans du Canadien de Montréal en France. Frédéric Martel, qui a brièvement vécu au Québec il y a une quinzaine d’années, « ne loupe quasiment aucun match ».

Avec six heures de décalage horaire, il s’est branché nuit après nuit pour suivre en direct les prouesses du bleu-blanc-rouge en même temps que les centaines de milliers d’autres partisans collés à leur écran outre-Atlantique.

« Ma conjointe, elle dormait pendant que je regardais les matchs. Je ne pouvais pas vivre ces moments avec le son au maximum. J’avais des oreillettes, et quand il y avait des buts, je ne pouvais pas célébrer de la même façon. Célébrer tout seul, ce n’est pas évident. Célébrer en silence, ce n’est pas facile. »

Les foules massées devant le Centre Bell à chaque représentation lui ont fait regretter les restrictions de voyage. « Malgré la pandémie, les gens étaient présents. Je ne pense pas que ça se vit de la même façon dans les autres villes américaines. On voit bien que Montréal est une ville à part en ce qui concerne le hockey. »

Comme en 1993

 

Les 2 320 000 Québécois nés depuis 1993 n’avaient jamais vécu tel événement jubilatoire. « J’ai des jeunes de 13-14 ans autour de moi. Ils n’avaient jamais vu ça, une finale de la Coupe. C’était mignon de les voir vivre l’effervescence », raconte Patrick Régnier.

En organisant des paris amicaux, il s’est bien rendu compte que l’histoire du hockey au Québec ne résonnait pas aussi fort chez les plus jeunes. « Quand on parle des Glorieux aux jeunes, ils n’ont pas le même bagage qu’on peut avoir. Je n’ai pas connu l’époque de Maurice Richard et compagnie, mais cette histoire-là, je l’ai vécue en 1986 et en 1993, comparativement à bien des jeunes qui n’ont pas eu la chance de vivre une Coupe à Montréal. »

Ce succès momentané s’inscrit ainsi comme le plus beau moment de hockey de la vie de cette nouvelle génération de partisans, dont celle du hockeyeur Maxime Diotte. « Mon beau-père était présent en 1993 lors de la dernière coupe Stanley. Depuis cette dernière coupe, le Canadien s’est beaucoup dégradé. Il m’a toujours dit qu’on ne reverrait jamais une autre coupe Stanley à Montréal. Le fameux soir de la Saint-Jean, il m’a regardé dans les yeux et m’a dit : “Tout est possible.” »

Cette lueur d’espoir au fond de l’œil a allumé un feu qui n’est pas près de s’éteindre, dit-il.

« C’est comme si on avait gagné la coupe Stanley. C’était l’euphorie. C’était la première fois que le Canadien se rendait en finale depuis 1993. En plus, c’était le jour de la Saint-Jean… C’était exceptionnel ! C’est dur à décrire sur le coup, car c’est une certaine émotion. Même si on n’a pas gagné, ça va rester dans ma mémoire c’est sûr. »


« Il y a une sorte d’union autour de ça », dit avec philosophie Patrick Régnier. Tu ne connais même pas ton voisin, mais tu commences à lui parler de hockey quand le Canadien est en série. L’année passée, on a pu en parler longtemps. Même si on est chacun de notre côté, dans nos maisons, on sait que tout le monde regarde les parties, suit le score. Il y a quelque chose de collectif et de très positif. Quand le Canadien va bien, le monde va bien. C’est aussi simple que ça. »



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