Jennifer Abel officialise sa retraite

Jennifer Abel, qui n’avait que 16 ans à sa première expérience olympique, à Pékin, en 2008, aura permis d’ouvrir la voie aux plongeurs métissés.
Photo: Attila Kisbenedek Agence France-Presse Jennifer Abel, qui n’avait que 16 ans à sa première expérience olympique, à Pékin, en 2008, aura permis d’ouvrir la voie aux plongeurs métissés.

À 30 ans et après une carrière au palmarès éloquent, la plongeuse Jennifer Abel a décidé de tourner la page d’un pan important de sa vie. Et elle assure être très sereine au moment d’aborder cette nouvelle étape, elle qui deviendra maman en mai prochain.

« Je quitte le plongeon l’âme en paix, je suis très heureuse », a mentionné Abel lors d’une conversation téléphonique avec La Presse canadienne, mardi matin, après avoir fait connaître plus tôt dans la journée sa décision dans une lettre ouverte transmise aux médias.

« Je savais que c’était la fin pour moi », a-t-elle admis quant à sa participation à la finale au tremplin de 3 mètres à Tokyo, où la médaille olympique individuelle tant souhaitée lui a échappé avec une décevante huitième place.

« Mais en même temps, il y avait des rumeurs selon lesquelles il y aurait peut-être des Séries mondiales cet automne. J’envisageais peut-être de dire au revoir lors des Séries mondiales de Montréal, mais malheureusement, elles ont été annulées en raison de la pandémie », a-t-elle confié.

Des moments difficiles

 

Malgré ses succès, la carrière d’Abel n’a pas toujours été un fleuve tranquille. Elle a notamment vécu une crise d’identité après les Jeux de Rio de Janeiro, après ses deux quatrièmes places qui lui ont brisé le cœur.

« Je suis fière de l’ensemble de ma carrière, et de tout le parcours que j’ai fait après Rio, qui m’a amenée à être fière de mes performances à Tokyo. Et ne pas avoir un goût amer, malgré le fait que j’ai terminé huitième dans l’épreuve individuelle. »

Elle avoue que sa médaille au 3 m synchro acquise avec Mélissa Citrini-Beaulieu à Tokyo s’est révélée un véritable baume après l’année et demie en dents de scie qui a précédé les Jeux.

« Quand nous sommes sorties de l’eau, nous nous sommes effondrées en larmes parce que ç’a été extrêmement dur d’y arriver. La pandémie ne nous a pas rendu la vie facile. Quand on a finalement eu notre médaille, c’est comme si on nous enlevait un gros poids sur nos épaules. C’est un sentiment dont je vais toujours me souvenir », a reconnu la principale intéressée.

Et le soutien indéfectible de sa coéquipière a été des plus précieux dans le processus.

 

« Mélissa a joué un grand rôle dans ma carrière, pas seulement parce que c’était ma partenaire en synchro, mais en tant qu’amie aussi. Mes cinq années passées avec elle ont ramené une joie que je ne croyais plus pouvoir connaître. Mélissa, c’est vraiment un rayon de soleil, et je suis contente d’avoir pu partager tous ces beaux moments avec elle », a résumé Abel.

Fille d’un père natif d’Haïti et d’une mère québécoise, Abel a commencé le plongeon à cinq ans pour suivre les traces de son grand frère, Andy. En 2008, à l’âge de 16 ans, elle est devenue l’une de plus jeunes plongeuses de l’histoire du Canada à participer aux Jeux olympiques, où elle a raté la finale par une seule position.

Quatre ans plus tard, à Londres, elle a remporté une première médaille olympique, le bronze, en synchro avec Émilie Heymans.

« Le talent inné de “Jenn” et son incroyable puissance étaient évidents dès les premiers stades de sa carrière », a précisé le directeur technique de Plongeon Canada, Mitch Geller, dans un communiqué.

« Avec sa bonne humeur contagieuse et son tempérament positif, elle a été une formidable ambassadrice du plongeon canadien. Sa concentration, son courage sous la pression et son dévouement pour son sport ont fait d’elle un modèle pour tous les athlètes canadiens », a-t-il poursuivi.

Une pionnière

 

Jennifer Abel, qui n’avait que 16 ans à sa première expérience olympique, à Pékin, en 2008, aura permis d’ouvrir la voie aux plongeurs métissés.

« Avant toi, il y avait peu de filles métisses en plongeon, note-t-elle d’entrée de jeu dans sa lettre. Peut-être parce qu’elles se sont fait dire comme toi que les filles noires, c’est en athlétisme ou en basketball qu’on les retrouve, et non à la piscine. Mais toi, ton rêve, c’était de plonger. Tu es bien tombée parce que ta mère t’a toujours dit que tu pouvais faire ce que tu voulais dans la vie. Et tu n’as pas écouté les esprits fermés. »

Au moment de tourner la page, elle s’estime donc prête à relever de nouveaux défis.

« Ma vie d’athlète m’a préparée pour ma vie d’adulte, et maintenant, ma nouvelle vie de maman. Je sais aujourd’hui comment me pardonner après un échec, où aller puiser ma force face à l’adversité et avec quelle énergie on doit travailler pour réussir. »

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