Les JO de Pékin pointés du doigt par les défenseurs des droits de la personne

Faisant face à plusieurs critiques au sujet de la tenue des JO en Chine, le CIO a répondu qu’il ne fait que du sport, pas de la politique.
Photo: Frederic J. Brown Agence France-Presse Faisant face à plusieurs critiques au sujet de la tenue des JO en Chine, le CIO a répondu qu’il ne fait que du sport, pas de la politique.

Un syndicat ouvrier international s’est ajouté à la longue liste des défenseurs des droits de la personne qui s’opposent à la tenue des prochains Jeux olympiques d’hiver à Pékin, en plus de blâmer le Comité international olympique (CIO) de les avoir accordés à la Chine alors qu’un génocide et de nombreux crimes contre l’humanité seraient commis dans ce pays.

La Confédération syndicale internationale (CSI), basée en Belgique, a publié mardi son rapport intitulé « Chine : médaille d’or pour la répression », qui souligne les violations des droits de la personne. Le syndicat dit avoir fait parvenir une copie de son rapport au président du CIO, Thomas Bach.

Les gestes allégués reprochés à la Chine comprennent les travaux forcés, l’emprisonnement de leaders syndicaux et de défenseurs de la démocratie à Hong Kong, l’intimidation auprès de la communauté LGBTQ +, ainsi que la répression de minorités ethniques et religieuses au nom de « l’antiséparatisme et du contre-terrorisme ».

« Nous tentons de faire en sorte que le CIO agisse en respectant les principes de base des droits de la personne », a déclaré en entretien avec l’Associated Press Sharan Burrow, la secrétaire générale de la CSI.

« Nous voulons que les gouvernements prennent position en faveur de la protection de leurs propres athlètes et nous souhaitons que les commanditaires révisent leur association avec les Jeux d’hiver de Pékin, a-t-elle ajouté. Vous avez ici des grandes compagnies qui appuient ces Olympiques, mais qui devraient plutôt défendre les valeurs qu’elles disent respecter, comme les droits humains fondamentaux. »

Certains des plus grands commanditaires du CIO — qui versent ensemble des milliards de dollars à l’organisme — sont des compagnies reconnues comme Coca-Cola, Airbnb, Visa, Toyota, Alibaba et Procter & Gamble.

Le rapport de la CSI survient moins de trois mois avant l’ouverture des JO, le 4 février prochain. Il y a eu plusieurs appels au boycottage de ces Jeux, certains ciblant même les commanditaires et les diffuseurs, et des demandes de déplacer ces Olympiques hors de la Chine. Des manifestants ont même été détenus lors de la cérémonie d’allumage de la flamme olympique, le mois dernier, en Grèce.

Burrow, qui a grandi en Australie, a cité son compatriote John Coates, le très influent vice-président du CIO et allié de Bach.

 

« John met toujours les Olympiques devant les droits de la personne, a-t-elle noté. Mais nous souhaiterions que les gens comme John qui vivent dans des pays démocratiques comprennent qu’il n’est pas acceptable de traiter la Chine comme n’importe quelle nation. […] La Chine ne peut simplement pas fonctionner au sein de l’économie mondiale sans répondre de ses crimes. Les gens sont importants. Les gens ont des droits. »

Les gestes précédents d’activistes ont été reçus, pour la plupart, par le silence du CIO et des organisateurs chinois.

Enes Kanter, centre des Celtics de Boston de la NBA, a été l’un des rares athlètes à prendre la parole au sujet du traitement des droits de la personne en Chine, les Olympiques et l’internement d’au moins 1 million de Ouïghours et d’autres minorités de l’ouest de la Chine.

Kanter, un musulman, comme les Ouïghours, qui a de la famille en Turquie, a qualifié le leader chinois Xi Jinping de « dictateur brutal » et a critiqué de manière générale la façon dont les droits de la personne sont respectés au pays.

Cela a eu pour conséquences que les matchs des Celtics ne sont plus présentés en Chine, un dur coup pour la NBA, qui touche des millions de dollars en revenus de la Chine.

 

En raison de la pandémie, le CIO et les organisateurs prévoient mettre en place une politique sévère contre la COVID-19, qui aura pour effet de limiter l’accès des médias pendant les JO.

Les participants aux Jeux de Pékin devront avoir été vaccinés pour entrer au pays ou se soumettre à une quarantaine de 21 jours, en plus de devoir subir un test de détection de la COVID de façon quotidienne. Les journalistes seront enfermés dans la bulle olympique, limitant largement leurs déplacements. Les mesures chinoises seront par ailleurs plus contraignantes que les protocoles des Jeux de Tokyo, qui ont pris fin en août dernier, et qui permettaient les déplacements libres au pays après une quarantaine de 14 jours.

La semaine dernière, le Club des correspondants étrangers de Chine a publié une liste de 31 inquiétudes au sujet de l’accès accordé aux médias.

Au cours de la dernière année, les journalistes internationaux ont continuellement été embêtés dans leur couverture des préparatifs des Jeux olympiques d’hiver, ont été interdits d’accès aux épreuves tests et n’ont pu visiter les sites olympiques en Chine. […] Ce comportement contrevient directement à la Charte olympique du CIO, dont la Règle 48 stipule que le CIO « prend [ra] toutes les mesures nécessaires afin d’assurer aux Jeux Olympiques la couverture la plus complète par les différents moyens de communication et d’information ainsi que l’audience la plus large possible dans le monde ».

Le gouvernement américain a répondu à cette déclaration. « Nous prions les dirigeants chinois de ne pas limiter les libertés de la presse et ses déplacements, de s’assurer que les journalistes demeurent en sécurité et qu’ils soient en mesure de rapporter librement, y compris pendant les Jeux olympiques et paralympiques », a déclaré le porte-parole du département d’État, Ned Price.

Plusieurs sénateurs américains, menés par l’ex-candidat à l’élection présidentielle Mitt Romney, ont proposé un boycottage diplomatique par les États-Unis. Ce boycottage permettrait aux athlètes américains d’y participer, mais ne verrait aucune délégation diplomatique se rendre en Chine.

Restrictions sanitaires

 

Même sans boycottage, les restrictions en lien avec la COVID-19 limiteront de façon importante qui peut se rendre en Chine.

Faisant face à plusieurs critiques au sujet de la tenue des JO en Chine, le CIO a répondu qu’il ne fait que du sport, pas de la politique.

« Nous devons conserver cette neutralité. Ce qu’on tente de défendre est trop précieux, a déclaré le membre du CIO Juan Antonio Samaranch mardi, au cours d’une réunion sur les préparatifs de Pékin 2022, qu’il supervise. Nous sommes ce que nous sommes et nous pouvons faire ce que nous pouvons faire. »

Samaranch, dont le père était un diplomate espagnol et qui a dirigé le CIO de 1980 à 2001, a déclaré que le partenaire du CIO en Chine était le comité organisateur local, qui doit respecter les droits de la personne dans ses opérations.

« Nous ne discutons pas avec le gouvernement chinois » à propos des droits, a dit Samaranch.

Le CIO a un siège d’observateur aux Nations unies, et Bach a rappelé ses efforts pour rapprocher les deux Corées lors des JO de 2018, à Pyeongchang, en Corée du Sud. Plus tôt cette année, il a visité Hiroshima, utilisé la ville bombardée pour lier le CIO à la paix mondiale. Ses partisans parlent souvent de Bach comme d’un candidat potentiel au prix Nobel de la paix.

Bach a dit que les Olympiques doivent constituer un « terrain neutre », bien que la Charte olympique dise aussi que l’un de ses objectifs est de « promouvoir une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine ».

Des promesses d’accès sans entrave ont été accordées à contrecœur par la Chine en vue des Jeux d’été de Pékin, en 2008, en raison des pressions exercées par le CIO. Il s’agit cette fois d’un virage à 180 degrés.

« En 2022, la Chine ne se soucie pas vraiment de ce que le reste du monde pense d’elle, a indiqué l’historien du sport chinois Xu Guogi. Elle met maintenant tous ses efforts pour déclarer ses intentions. Si le monde n’écoute pas, alors tant pis. »

À voir en vidéo