Dusty Baker veut faire mentir son père

Il s’agit de la deuxième participation à la Série mondiale de Baker comme gérant.
Photo: David J. Phillip Associated Press Il s’agit de la deuxième participation à la Série mondiale de Baker comme gérant.

Dusty Baker, alors gérant des Giants de San Francisco, venait tout juste de quitter le stade après une défaite crève-cœur dans le septième match de la Série mondiale de 2002, aux mains des Angeles d’Anaheim, quand il a croisé son père.

Johnnie B. Baker père n’a pas mâché ses mots.

« Il m’a dit : “De la façon dont tu as perdu celle-là, je ne sais pas si tu vas en gagner une autre” », a raconté Baker fils dimanche.

Dix-neuf ans après cette conversation et plus de dix ans après le décès de son père, Baker aura finalement l’occasion de faire mentir son père qu’il aimait tant, quand ses Astros de Houston affronteront les Braves d’Atlanta à compter de mardi.

L’homme de 72 ans a souvent repensé à cette conversation au fil des ans. Depuis que les Astros ont éliminé les Red Sox de Boston, vendredi, pour atteindre leur troisième Série mondiale en cinq ans, il entend les mots de son père constamment dans sa tête.

« Je m’en suis servi comme motivation », a-t-il admis.

Il s’agit de la deuxième participation à la Série mondiale de Baker comme gérant. Comme joueur, il y a joué trois fois avec les Dodgers de Los Angeles, l’emportant en 1981.

Après une carrière remplie de succès pendant près de 50 ans comme joueur et gérant, remporter une Série mondiale dans ce rôle est le seul exploit qui lui reste à accomplir.

« Je sais. Ne me reste plus qu’à le faire. »

« Je crois que ça ferait un bel ajout à son CV », a pour sa part indiqué M. Octobre, Reggie Jackson, qui est conseiller auprès du propriétaire des Astros, Jim Crane.

L’arrêt-court étoile des Astros, Carlos Correa, qui deviendra joueur autonome à la fin des présentes séries, fera tout son possible pour aider Baker dans sa quête.

« Ça fait longtemps qu’il est là, et il ne l’a toujours pas gagnée, a raconté Correa. Alors, on va tenter de la gagner pour lui. »

Les deux dernières années ont été mouvementées pour Baker. Après avoir été congédié à la suite d’une saison de 97 victoires par les Nationals de Washington en 2017, il s’est demandé s’il allait de nouveau diriger une équipe dans le baseball majeur. Gagner la Série mondiale arrivait loin dans ses pensées.

De retour chez lui dans le nord de la Californie, affairé à faire fructifier son vignoble et faire pousser des choux dans son jardin, il s’est souvent demandé pourquoi on ne lui proposait même pas des postes qui étaient disponibles. Il s’est dit que son âge et le salaire qu’il commandait devaient être autant d’obstacles à son embauche.

« Faites-vous la paix avec cela à un moment donné ? Oui, mais vous perdez un peu la foi en l’humanité, a-t-il déjà dit. Vous comprenez que dans le monde, surtout dans le monde dans lequel on vit, il y a toujours eu de la discrimination, de la discrimination raciale, mais dans le monde actuel, il y a aussi de l’âgisme et de la discrimination salariale, qui vont de pair. »

C’est pendant cette période que les mots de son père résonnaient le plus fort.

« Tout le temps où je me suis demandé si j’allais obtenir une autre chance, j’y ai pensé. »

Puis sont arrivés janvier 2019 et l’étonnante révélation que les Astros avaient triché pour remporter leur unique titre de la Série mondiale et de nouveau en 2018. Le scandale a coûté son poste au gérant A.J. Hinch, laissant une équipe avec un important problème d’image sans leader d’envergure.

Crane a trouvé ce leader en Baker, un homme qui occupe maintenant le 12e rang de tous les temps pour les victoires comme gérant et qui a mené cinq clubs aux séries. L’an dernier, ses Astros ont accédé aux séries comme quatrième as, avant de trouver leur rythme et de n’être stoppés qu’à une victoire de la Série mondiale.

« La première fois que je l’ai rencontré, nous avons discuté pendant près de deux heures, a rappelé Crane. Rien ne le dérangeait, puisqu’il avait tant vécu. »

Cette semaine, il boucle la boucle en retrouvant l’équipe qui l’a repêché de l’école secondaire en 1967 et où il a passé les huit premières saisons de sa carrière de 19 ans.

Il se réjouit de retourner à Atlanta, où il pourra retrouver la veuve et les enfants de son grand ami Hank Aaron.

« C’est spécial de retourner là-bas. Ce sera comme la conclusion d’une belle histoire pour nous tous », a imagé Baker.

Les Astros sont les vilains du baseball depuis le scandale des signaux volés. Mais Baker est tellement aimé partout que plusieurs se retrouvent à encourager les Astros en raison de la présence du vénérable gérant.

« Il y a beaucoup de négativité au baseball, mais il y a aussi beaucoup de gens qui sont derrière nous, a dit Baker. Plusieurs souhaitent me voir gagner. »

Brandon Phillips, qui a joué six ans sous les ordres de Baker à Cincinnati, est l’un de ceux-là.

« Je suis heureux qu’il ait l’occasion de se retrouver là, de changer la perception que certains ont de l’organisation en raison de sa droiture, du genre d’homme qu’il est », a affirmé Phillips.

Il est persuadé que la présence de Baker a contribué à réhabiliter cette concession.

« Dusty était le bon gars pour ce job, parce qu’il peut changer une atmosphère négative en positive, a insisté Phillips. Ce scandale ne sera jamais oublié, mais vous devez constater que cette équipe est une grande équipe que Dusty a contribué à façonner. »

Avec Janie McCauley, Associated Press, à San Francisco.

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