Les beaux jours du tennis canadien

La Québécoise de 19 ans Leylah Fernandez avait battu la Biélorusse Aryna Sabalenka et s’était taillé une place en finale des Internationaux des États-Unis avant de s’incliner contre la Britannique de 18 ans Emma Raducanu samedi.
Seth Wenig Associated Press La Québécoise de 19 ans Leylah Fernandez avait battu la Biélorusse Aryna Sabalenka et s’était taillé une place en finale des Internationaux des États-Unis avant de s’incliner contre la Britannique de 18 ans Emma Raducanu samedi.

Leylah Fernandez, 19 ans, finaliste chez les dames, Félix Auger-Aliassime, 21 ans, dans le dernier carré chez les messieurs : au US Open, ces jeunes pousses ont mis en lumière la densité de jeunes talents prometteurs issus du Canada.

À New York, la Québécoise Fernandez a été l’une des sensations de la quinzaine. Elle est parvenue à barrer la route de trois des cinq meilleures mondiales : la Japonaise Naomi Osaka (3e) lauréate l’an passé, l’Ukrainienne Elina Svitolina (5e) puis la Biélorusse Aryna Sabalenka (2e).

Avant de s’incliner en finale, victime de l’autre surprise du tournoi, la Britannique de 18 ans Emma Raducanu, née… à Toronto. Le tout, deux ans après l’exploit de sa compatriote Bianca Andreescu, 21 ans et première Canadienne victorieuse d’un Grand Chelem, aux dépens de Serena Williams.

Auger-Aliassime, d’origine montréalaise, a, lui, atteint pour la première fois le dernier carré d’un Majeur, battu en demi-finale par le Russe Daniil Medvedev, numéro 2 mondial. Pour ce huitième de finaliste à l’Open d’Australie, quart de finaliste à Wimbledon, la progression aura été constante cette année. Il sera 11e au rang mondial lundi, juste devant son compatriote Denis Shapovalov, 22 ans, autre incarnation de la génération montante canadienne.

Les exploits de Fernandez et Auger-Aliassime sont formidables pour un pays qui ne compte encore qu’un faible nombre de pratiquants et d’infrastructures, mais qui a su bâtir en quinze ans une filière de pointe avec un fort investissement sur la détection.

« Changement de mentalité »

« Quand je suis arrivé, la mentalité était plutôt de se satisfaire de bien jouer », raconte à l’AFP le Français Louis Borfiga, qui a posé ses valises au Canada en 2006 pour reprendre la section Élite de la Tennis Canada. L’année où Greg Rusedski prit sa retraite, lui qui était devenu en 1997 au US Open le premier de son pays à jouer une finale d’un Grand Chelem, imité en 2016 par Milos Raonic, à Wimbledon.

« On a essayé d’implanter une mentalité de gagnants, de vouloir aller au bout des tournois et de ne pas juste se contenter d’effectuer un bon match », ajoute celui qui a formé Jo-Wilfried Tsonga et Gaël Monfils.

Toute la structure a été réorganisée : un centre national créé à Montréal avec des entraîneurs mieux formés, certains recrutés à l’étranger (notamment en France), des préparateurs physiques, mais aussi la création de terrains en terre battue dans un pays qui n’en comptait aucun auparavant.

Cette politique a rapidement porté ses fruits : Eugenie Bouchard, finaliste à Wimbledon en 2014, et Raonic ont ouvert la voie. Bientôt suivis par Andreescu et Shapovalov, puis aujourd’hui par Auger-Aliassime et Fernandez, même si cette dernière s’est surtout construite au contact de son père, ancien joueur de foot pro qui pris en main sa carrière, quand elle a été écartée à 7 ans d’un programme canadien de développement.

« Aujourd’hui, le Canada est cité comme une référence. Si on m’avait dit en arrivant que l’on aurait autant de réussite, je ne l’aurais pas cru. Car c’est presque un mystère quand même, autant de pépites avec si peu de pratiquants », confie Louis Borfiga, qui s’apprête à passer la main fin septembre.

Vitrine du Canada multiculturel

Le pays souffre aussi d’un manque de courts intérieurs, infrastructures pourtant cruciales pendant les longs hivers canadiens. Handicap de plus par rapport aux grandes nations du tennis bien équipées, même si les récents succès ont permis à la fédération de voir le nombre de pratiquants grimper. « Maintenant, on récolte les fruits que l’on a semés. Les premiers ont rendu les rêves accessibles » et « aujourd’hui les plus jeunes n’ont peur de rien », assure Sylvain Bruneau, ancien entraîneur d’Andreescu, aujourd’hui chargé du programme féminin de la Fédération.

Dans le pays, ces joueurs sont aussi devenus le symbole du Canada multiculturel. Tous ont au moins un parent immigré. La mère de Leylah Fernandez est née à Toronto de parents philippins et son père Jorge est arrivé de l’Équateur à l’âge de quatre ans avec sa famille. Sam Aliassime, le père de Félix a immigré au Canada en provenance du Togo. Bianca Andreescu est née à Toronto de parents roumains. Denis Shapovalov, né à Tel-Aviv de parents russes émigrés, est arrivé au Canada à neuf mois. « Nous sommes une famille d’immigrés, nous n’avions rien, et le Canada nous a ouvert ses portes. S’il ne l’avait pas fait, je n’aurais pas pu donner cette chance à ma fille », a récemment confié, ému, Jorge Fernandez à La Presse canadienne.

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