Fernandez fera des émules au Canada, dit Sylvain Bruneau

Leylah Annie Fernandez affrontera jeudi, en demi-finales, la joueuse de la Biélorussie Aryna Sabalenka, deuxième tête de série.
Photo: Elsa Getty Images / Agence France-Presse Leylah Annie Fernandez affrontera jeudi, en demi-finales, la joueuse de la Biélorussie Aryna Sabalenka, deuxième tête de série.

Non, les récents succès de la Québécoise Leylah Annie Fernandez aux Internationaux de tennis des États-Unis ne sont pas attribuables au sirop d’érable, assure l’entraîneur-chef du programme féminin chez Tennis Canada, Sylvain Bruneau.

Les raisons sont nombreuses, a-t-il dit, n’en déplaise au commentateur et ex-tennisman américain John McEnroe, qui se demandait ouvertement en ondes plus tôt pendant le tournoi comment le Canada, un pays d’abord reconnu pour sa force au hockey, parvenait à tirer son épingle du jeu contre les États-Unis au tennis.

« Il y a d’abord un phénomène d’émulation. Je pense qu’Eugenie (Bouchard) a aidé Bianca (Andreescu), Bianca a aidé Leylah (Fernandez), et Leylah va aider la prochaine, a mentionné Bruneau en entretien téléphonique avec La Presse canadienne mercredi. C’est comme ça que ça doit fonctionner. Il faut que ça donne le goût aux petits garçons et aux petites filles de jouer au tennis, et que ça fasse rêver ceux qui y jouent déjà. C’est sûr que Tennis Canada veut utiliser cet effet-là pour battre le fer pendant qu’il est encore chaud, pour progresser et grandir encore.

« Je pense que ce sera bientôt incroyable, a-t-il ajouté au bout du fil. Si on peut compter sur Eugenie, après son opération à une épaule, avec Bianca, Leylah et même Rebecca (Marino), je pense que ça va ouvrir des portes. Et ça, c’est essentiel. »

Bouchard et Raonic

 

Bruneau a cependant rappelé que ce n’est pas la première fois que des joueurs canadiens connaissent des succès simultanés dans un tournoi du Grand Chelem. Ç’avait aussi été le cas à Wimbledon en 2014, lorsque Bouchard avait atteint la finale du tournoi, tandis que l’Ontarien Milos Raonic avait plié l’échine devant le Suisse Roger Federer en demi-finales sur la pelouse du All England Club.

« C’est sûr que d’avoir deux Canadiens — et deux Québécois, de surcroît — en demi-finales d’un tournoi du Grand Chelem, qui sont si jeunes, c’est une première. On parle d’une fille qui vient d’avoir 19 ans (mardi), et de Félix (Auger-Aliassime). Ils ont encore de belles années devant eux, donc j’espère qu’on pourra revivre ça encore quelques fois. C’est un très bon signe pour la santé du tennis canadien », a mentionné Bruneau.

Évidemment, une grande part des succès de la 73e raquette mondiale lui revient, à elle et son entourage, juge Bruneau. « Elle a toujours été comme ça. Ça fait partie de sa personnalité, de qui elle est, mais c’est aussi attribuable au bon travail de préparation de son père (Jorge Fernandez). Elle a les qualités qu’on recherche chez une championne : elle est capable de vivre dans le moment présent », a-t-il expliqué.

Il cite en exemple son attitude lors de son match de quarts de finale contre l’Ukrainienne Elina Svitolina, cinquième tête de série.

« Elle aurait pu trébucher en fin de match, car quand on commence à se projeter, soit en se disant qu’on va gagner ce match-là, ou quand on réalise qu’on a laissé filer une avance de 5-2 au bris d’égalité, ça devient difficile. Elle a cette capacité-là de vivre dans le moment présent, d’être dans sa bulle pendant les gros matchs. Et la détermination, elle l’a toujours eue : elle est simple et douce hors du terrain, mais dès qu’elle se retrouve face à une adversaire, elle devient une véritable lionne », a-t-il dit.

De plus, Bruneau dresse certains parallèles entre Fernandez et Andreescu. Il dirigeait d’ailleurs l’Ontarienne lorsqu’elle a renversé Serena Williams en finale à Flushing Meadows en 2019 pour mettre la main sur son premier titre du Grand Chelem en carrière.

« Ce n’est pas tout le monde qui est en mesure de s’adapter aux grands terrains, avec la foule et tout. Certaines d’entre elles gèlent. Leylah et Bianca raffolent de cette effervescence-là ; ça les propulse. Dans le cas de Leylah, cependant, ç’a été un peu plus compliqué — je crois toutefois que son match sur le court central, à l’Omnium Banque Nationale, ça l’a aidée —, mais elles sont chacune extrêmement combatives. Je vois vraiment des similitudes de ce côté-là », a confié celui qui agit également comme analyste au Réseau des sports (RDS) pendant les Internationaux des États-Unis.

Le déclic

 

Bruneau croit en ce sens que le déclic chez Fernandez s’est produit lorsqu’elle a éliminé la championne en titre du tournoi, la Japonaise Naomi Osaka, au troisième tour.

« Ç’a réveillé quelque chose en elle. Et maintenant, lorsqu’elle se présente devant d’autres joueuses, des joueuses aguerries, mieux classées qu’elle, elle arrive avec la conviction qu’elle peut gagner le match. Et ça, ça fait toute une différence », a-t-il évoqué.

Il a toutefois tenté de minimiser les attentes envers Fernandez à la veille de son match de demi-finales contre la joueuse de la Biélorussie Aryna Sabalenka, deuxième tête de série à New York. « Elle a des chances, cependant ce sera une grosse commande. Elle (Sabalenka) est extrêmement puissante, très imposante en termes de gabarit. Elle est forte, grande et costaude, et elle frappe la balle avec énormément de puissance. C’est une fille extrêmement déterminée — c’est un bulldozer », a souligné Bruneau, en rappelant que Sabalenka déborde de confiance en raison de sa participation aux demi-finales au récent tournoi de Wimbledon.

Mais peu importe l’issue de cette rencontre très attendue des amateurs de tennis québécois, Bruneau croit qu’un objectif a déjà été atteint grâce aux exploits de Fernandez : elle fera des émules un peu partout dans la Belle Province.

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