Le handicap cognitif, parent pauvre des Jeux paralympiques

Les sportifs handicapés cognitifs ne sont admis que dans trois disciplines à Tokyo. En photo, Léa Ferney, médaillée d'argent en tennis de table.
Photo: Charly Triballeau Agence France-Presse Les sportifs handicapés cognitifs ne sont admis que dans trois disciplines à Tokyo. En photo, Léa Ferney, médaillée d'argent en tennis de table.

Les médailles de Léa Ferney et de Lucas Créange en tennis de table peuvent-elles changer la donne d’ici 2024 ? Éclipsés des Jeux paralympiques entre 2000 et 2012, les sportifs handicapés cognitifs ne peuvent concourir que dans trois sports à Tokyo, aucun à Pékin aux Jeux d’hiver dans cinq mois.

Pour les sportifs en situation de handicap mental, le prochain rendez-vous planétaire est en France : pas Paris-2024 mais Vichy-2023, la prochaine édition des Global Games, une compétition créée à la suite de l’exclusion du handicap cognitif des Jeux paralympiques après 2000.

La conséquence de la fraude de l’équipe d’Espagne de basket à Sydney où elle avait remporté la médaille d’or avec dix de ses douze joueurs en réalité valides, avait révélé un journaliste infiltré.

Reprochant la faillibilité de ses évaluations à la Fédération internationale de sport adapté (le pendant du handisport pour le handicap cognitif), le comité international paralympique (CIP) avait fermé la porte à ses athlètes, déjà intégrés tardivement aux Jeux, en 1996 à Atlanta.

120 participants sur 4400

Il a fallu attendre 2012 et Londres pour que le sport adapté fasse son retour paralympique, dans les trois mêmes disciplines qu’aujourd’hui : l’athlétisme, la natation et le tennis de table. À Tokyo, 21 titres sont décernés aux sportifs porteurs de handicap mental, sur les 539 en jeu. Et ils ne sont qu’environ 120 sur près de 4400 participants.

« Le nombre d’épreuves décernant des médailles a augmenté de 50 %, passant de 14 à 21 », défend le CIP par l’entremise d’un porte-parole à l’AFP. « Aucun autre groupe de personnes handicapées n’a bénéficié d’une telle augmentation du nombre de médailles aux Jeux paralympiques au cours de cette période. »

La tendance devrait se poursuivre à Paris ou si le « programme des sports est arrêté », répète à l’AFP Tony Estanguet, « à l’intérieur de celui-ci, le Comité international paralympique a encore la possibilité de faire évoluer les classifications ».

« Nous sommes toujours en train d’examiner le programme de Paris, confirme le CIP. La natation et le tennis de table ont demandé des épreuves supplémentaires pour les athlètes ayant une déficience intellectuelle. » Une décision définitive doit être entérinée par son conseil d’administration d’ici la fin de l’année.

Concernant le tennis de table, le choix s’orienterait vers la création d’une épreuve par équipes, ce qui permettrait de faire croître le nombre d’épreuves sans faire augmenter celui des athlètes. Car le nœud du problème réside dans la limite de participants fixée par un accord entre le CIO et le CIP.

« Ce nombre restreint représente la principale difficulté, étant donné que créer une nouvelle catégorie oblige à en supprimer une autre », résume à l’AFP Marc Truffaut, président de Virtus, la Fédération internationale des athlètes avec une déficience intellectuelle.

« Seuls les plus autonomes participent »

Plus que l’ouverture à d’autres sports, la priorité pour lui est de « créer une classe avec un surhandicap ». En effet, il n’existe aujourd’hui qu’une seule catégorie par épreuve dédiée aux sportifs avec déficience cognitive. « Cela ne permet qu’aux plus autonomes de participer », juge-t-il. Et de fait, empêche les personnes atteintes de trisomie 21 de concourir.

« Notre rêve, c’est qu’ils puissent être présents en 2024 au moins dans le cadre d’une démonstration [une épreuve sans attribution de médailles] », souhaite Marc Truffaut, précisant que des discussions en ce sens sont engagées avec le CIP. « Qu’ils prennent le départ, soient visibles, cela permettrait de changer les représentations. »

« Le sport peut faire évoluer le regard, c’est l’un des leviers les plus simples », souligne à l’AFP la secrétaire d’État chargé des personnes handicapées en France Sophie Cluzel. « Il faut s’améliorer sur le sport adapté, casser les silos », juge-t-elle.

En Espagne, une pétition en ce sens a atteint plus de 100 000 signatures sur Change.org, celle des parents de Mikel Garcia, vainqueur des 400, 800 et 1500 m dans sa catégorie aux Global Games de 2019.

Ils demandent au CIP l’inclusion des sportifs comme leur fils. « Une fois de plus, les personnes trisomiques sont forcées de vivre dans un monde parallèle. »

À voir en vidéo