Jacques Rogge, ancien président du Comité international olympique, est mort à 79 ans

Rogge était le 8e président de l’histoire du CIO. L’actuel président, l’Allemand Thomas Bach, lui a succédé en 2013.
Photo: Fabrice Coffrini Agence France-Presse

Rogge était le 8e président de l’histoire du CIO. L’actuel président, l’Allemand Thomas Bach, lui a succédé en 2013.

Il a succédé à l’omnipotent Juan Antonio Samaranch et précédé le très franc Thomas Bach : l’ancien président du CIO Jacques Rogge, dont le décès à 79 ans a été annoncé dimanche, n’a pourtant rien eu d’un pape de transition, en particulier en matière de lutte de dopage.

Élu en 2001, après 21 ans de règne de Samaranch à Lausanne, le huitième président de l’instance hérite alors d’une institution minée par des soupçons de népotisme et de corruption.

Les premiers Jeux de son mandat sont tout aussi sulfureux : Salt Lake City est accusée d’avoir versé des pots-de-vin au CIO pour obtenir l’organisation des JO-2002 d’hiver, après plusieurs candidatures infructueuses.

Pire, sur le front du dopage, sept cas positifs (dont trois médaillés d’or) sont recensés lors de ces JO, alors qu’il n’y en avait eu que cinq entre 1924 et 1998.

Plongé d’emblée dans la tempête, l’ancien skippeur — trois participations aux JO en 1968, 1972 et 1976 — choisit un cap clair.

« Tolérance zéro »

« La lutte contre le dopage peut être résumée en deux mots : tolérance zéro », résumera-t-il en 2009.

Et de fait, sous l’impulsion de Rogge, les contrôles se multiplieront dans les semaines précédant les JO. Le président met résolument l’accent sur la prévention plutôt que sur la répression.

La stratégie ne fait pas immédiatement mouche : aux JO de Turin en 2006, un laboratoire de transfusions sanguines est encore découvert dans le chalet des fondeurs et biathlètes autrichiens.

Mais quatre ans plus tard, trente sportifs sont déclarés personae non gratae avant les Jeux de Vancouver, validant l’approche centrée sur la prévention.

En plus de sa lutte contre le dopage, le chevalier Rogge (qui sera fait comte en 2002) part à l’assaut du gigantisme des Jeux.

Pour éviter de revivre le scandale de Salt Lake City, le Belge réforme le système d’attribution des JO aux villes candidates, dans le but d’aller vers davantage de transparence.

Le programme olympique est limité, à son initiative, à 28 disciplines et 10 500 sportifs.

Le président du CIO, réélu sans opposition en 2009, côtoiera de près les sportifs pendant les Jeux, en choisissant de prendre ses quartiers dans le Village olympique plutôt qu’à l’hôtel, histoire de « vivre pleinement » la grand-messe bisannuelle.

« Pas de compétition politique »

Ce désir de simplicité n’empêche pas Rogge de remplir les caisses du CIO : en 2014, un an après la fin de son deuxième mandat, l’instance lausannoise disposait d’une réserve de 980 millions de dollars.

« Un bel héritage et de solides fondations » vantés par son successeur Thomas Bach.

Reste que la prudence de Jacques Rogge n’a pas fait que des heureux, notamment aux JO de Londres en 2012.

Lors de la cérémonie d’ouverture des derniers Jeux organisés sous sa présidence, le Belge refuse de rendre hommage aux onze sportifs israéliens et au policier d’Allemagne de l’Ouest tués par un commando palestinien quarante ans plus tôt, lors des JO de Munich.

Pour lui, l’« atmosphère » d’une telle cérémonie est inappropriée pour « ce genre de commémorations ». Finalement, Rogge participera à une cérémonie d’hommage aux victimes de 1972, organisée dans le Village olympique.

« Le CIO est une organisation sportive, il n’a pas de compétence politique. Il ne peut pas rétablir la paix dans le monde là où les gouvernements ou les religions n’y arrivent pas », avait tranché le patron de l’olympisme dès 2002.

À défaut de la paix, Rogge apportera les Jeux dans des contrées jusque-là délaissées par le mouvement olympique. Rio de Janeiro décroche en 2009 l’organisation des JO-2016, les premiers en Amérique du Sud. L’Afrique, dont le Belge espérait une candidature olympique, attend encore son tour.

Quand il quitte le CIO à l’issue de son second mandat, l’ancien chirurgien orthopédique reste fidèle à sa tradition de discrétion, soucieux de ne « pas jouer la belle-mère de [son] successeur. »

De fait, en dehors de quelques cérémonies officielles, ou d’un saut à Pyeongchang, en Corée du Sud, pour encourager la délégation belge aux JO d’hiver en 2018, Rogge se fait rare.

« Si j’ai pris plaisir ? Pas toujours. Est-ce que c’était excitant ? Assurément », résumait-il au moment de rendre les clés du CIO. Le mot de la fin d’un homme de devoir plus que de pouvoir.

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