La flamme paralympique à l’épreuve des vents de la COVID à Tokyo

Le Comité international paralympique s’attend à ce que la portée de l’événement, d’une durée de 13 jours (24 août — 5 septembre), soit «incroyable» malgré tout.
Photo: Charly Triballeau Agence France-Presse Le Comité international paralympique s’attend à ce que la portée de l’événement, d’une durée de 13 jours (24 août — 5 septembre), soit «incroyable» malgré tout.

Les Jeux paralympiques ne débuteront que mardi à Tokyo, mais un tableau aimante déjà les regards : celui des cas de COVID-19, qui atteignent des sommets au Japon.

La flamme paralympique, éprouvée par les vents contraires depuis son allumage originel ou presque, a plusieurs fois vacillé. Malgré la défection de Mexico pour l’édition 1968, le refus de Moscou pour 1980 ou encore la menace il y a cinq ans d’une annulation à Rio en raison d’une crise budgétaire, elle brûle toujours.

Et un peu plus de deux semaines après la clôture des Jeux olympiques, elle va connaître à son tour au Japon les tourbillons de la COVID-19, qui ont déjà repoussé d’un an l’allumage de la vasque du stade national.

Les participants aux JO sont partis, le coronavirus reste. Dans l’archipel, la situation sanitaire ne s’est pas améliorée depuis, au contraire. Ces derniers jours, le Japon enregistre un record de 25 000 cas quotidiens. Sa stratégie du zéro COVID vole en éclats face au variant Delta. Selon les médecins locaux, les hôpitaux seraient au point de rupture, les cas graves atteignant des niveaux inédits depuis le début de la pandémie dans un pays relativement épargné jusqu’ici.

Comme leurs homologues olympiques, les athlètes paralympiques seront donc soumis à des dépistages quotidiens du coronavirus et n’auront pas le droit de s’aventurer en dehors de leur hébergement ou des sites des Jeux.

Huis clos général

Plus frustrant encore, ils savent depuis une semaine qu’ils se disputeront les médailles au milieu de gradins vides dans tous les sites, comme ce fut le cas pour 98 % des épreuves olympiques. À la différence que pour les para-athlètes, les occasions sont plus rares d’évoluer devant des tribunes pleines.

« Quand j’ai appris qu’il n’y aurait pas de spectateurs, j’ai été déçu parce que je me nourris du public », affirmait dimanche l’archer américain Matt Stutzman, l’une des têtes d’affiche du documentaire Rising Phoenix, distribué par Netflix.

« Quand les gens voient un gars sans bras tirer une flèche en plein milieu d’une cible, la tribune s’enflamme et ça me pousse encore plus. »

Malgré le huis clos imposé, ce sont des athlètes à la joie rayonnante qui se sont présentés en conférence de presse dimanche aux côtés de Stutzman.

« La plus grande exposition »

« C’est certainement le moment de la plus grande exposition et c’est la raison pour laquelle on est très attachés aux Jeux », résume à l’AFP Stéphane Houdet, l’un des deux porte-drapeaux français à la cérémonie d’ouverture mardi (20 h 00, heure de Tokyo).

« J’attends cet instant depuis si longtemps, je suis surexcité d’être enfin ici », s’enthousiasme le sauteur en longueur allemand Markus Rehm, surnommé « Blade Jumper » en référence à sa lame de prothèse.

Lui qui avait mené — sans succès — une bataille juridique jusqu’au Tribunal arbitral du sport (TAS) pour concourir aux JO sera l’une des stars de cette 16e édition des Paralympiques, rendue singulière par la force de la pandémie.

Le Comité international paralympique s’attend à ce que la portée de l’événement, d’une durée de 13 jours (24 août — 5 septembre), soit « incroyable » malgré tout.

« Bien sûr, le fait que nous n’ayons pas de spectateurs dans les sites constitue un défi », a reconnu son président, Andrew Parsons, dans une interview à l’AFP. « Mais nous pensons que nous toucherons plus de quatre milliards de personnes par la diffusion télé ».

Parmi les 22 sports en compétition, c’est le tennis en fauteuil roulant qui attirera en particulier les regards, malgré l’ajout de deux sports très populaires en Asie, le para-badminton et le para-taekwondo.

L’archipel dispose du meilleur joueur de tennis en fauteuil roulant, Shingo Kunieda, 24 titres majeurs et 2 médailles d’or paralympiques en simple. Nommé capitaine de sa délégation, le héros local doit mener l’équipe japonaise à la même ruée vers l’or qu’il y a deux semaines aux JO, quand ses 27 médailles du plus beau métal (57 au total) lui avaient permis de prendre la troisième place au tableau.

La France au contraire, à trois ans des Jeux de Paris 2024, doit faire oublier le bilan tiède des JO (33 podiums sur la quarantaine espérée). La mission reconquête commence mercredi, jour où les compétitions débuteront.

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