L’athlète, une machine bien huilée?

En examinant le cerveau d’un athlète de haut niveau en pleine compétition, par exemple, on verrait qu’il y a moins d’activité cérébrale au total, puisque seules sont activées les régions nécessaires. D’autres régions, dont celles touchant au stress, sont ainsi moins actives. Bref, l’athlète ne perd pas de temps et d’énergie à «réfléchir» à ses mouvements.
Photo: Lionel Bonaventure Agence France-Presse En examinant le cerveau d’un athlète de haut niveau en pleine compétition, par exemple, on verrait qu’il y a moins d’activité cérébrale au total, puisque seules sont activées les régions nécessaires. D’autres régions, dont celles touchant au stress, sont ainsi moins actives. Bref, l’athlète ne perd pas de temps et d’énergie à «réfléchir» à ses mouvements.

La gymnaste américaine Simone Biles a dû se retirer des épreuves d’équipe des Jeux de Tokyo, la semaine dernière, citant entre autres une perte de figure (les twisties, en anglais), ce phénomène angoissant décrit comme une perte de contrôle du corps à mi-parcours. Qu’est-ce qui a pu arriver pour qu’une athlète de si haut niveau, si habituée à automatiser la séquence de ses mouvements, perde sa concentration de façon aussi spectaculaire ?

En fait, cette apparence de concentration chez les sportifs serait plutôt un mythe, souligne Pierre-Michel Bernier, professeur en sciences de l’activité physique à l’Université de Sherbrooke. « La concentration, c’est plutôt une construction [du domaine de] la psychologie. En neurosciences, on parle de l’action de porter attention, c’est-à-dire allouer des ressources neurales. »

Tout commence dans le cortex préfrontal, la région du cerveau qui gère les fonctions les plus complexes du cerveau, explique-t-il. C’est là où se fait entre autres la planification, l’anticipation et la prise de décision. En gros, le raisonnement et la réflexion. « Lorsqu’on dit qu’un athlète est très concentré, c’est qu’il est en mesure de focaliser ses ressources cérébrales sur l’objectif à portée de main, et pas sur les processus moteurs qui doivent être activés pour y arriver », précise le chercheur. En examinant le cerveau d’un athlète de haut niveau en pleine compétition, par exemple, on verrait qu’il y a moins d’activité cérébrale au total, souligne le professeur Bernier, puisque seules sont activées les régions nécessaires. D’autres régions, dont celles touchant au stress, sont ainsi moins actives. Bref, l’athlète ne perd pas de temps et d’énergie à « réfléchir » à ses mouvements.

Lorsqu’on dit qu’un athlète est très concentré, c’est qu’il est en mesure de focaliser ses ressources cérébrales sur l’objectif à portée de main, et pas sur les processus moteurs qui doivent être activés pour y arriver

 

S’il faut en croire l’expression populaire, il faut 10 000 heures de pratique pour devenir un expert dans une matière, un seuil aisément atteint par n’importe quel athlète de haut niveau. L’expression a un fond de vérité, souligne M. Bernier : « Le mouvement [d’un enchaînement] est stocké dans une forme de mémoire implicite — l’athlète est en pilote automatique. » Une gymnaste qui passe à l’action ne se concentre donc pas sur chacun de ses mouvements : elle fait jouer un disque bien rodé, « largement en dehors de l’attention consciente », explique le professeur.

Mais si un athlète est fatigué (mentalement ou physiquement), il peut commencer à remettre en question et à décortiquer tous ses gestes, désautomatisant du même coup le processus. C’est de là que la perte de figure de Simone Biles a vraisemblablement émergé. Pour combattre cet inconfort, il doit essayer de « s’oublier », de se reconcentrer sur l’objectif et non pas sur les mouvements, dit le professeur Bernier. S’il ne peut pas y arriver, le jeu risque d’être perdu.


Une version précédente de ce texte attribuait la phrase « C’est de là que la perte de figure de Simone Biles a vraisemblablement émergé. » à Pierre-Michel Bernier. Elle a été corrigée.

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