Place aux nouvelles épreuves mixtes à Tokyo

Le Japonais Jun Mizutani reçoit la médaille d’or de sa coéquipère Mima Ito au haut du podium de tennis de table à Tokyo, lundi.
Photo: Jung Yeon-je Agence France-Presse Le Japonais Jun Mizutani reçoit la médaille d’or de sa coéquipère Mima Ito au haut du podium de tennis de table à Tokyo, lundi.

De nouvelles épreuves mixtes, notamment en athlétisme, en natation et en judo feront leur entrée aux Jeux olympiques samedi. En plus de contribuer à une conception plus égalitaire entre les hommes et les femmes dans le sport, elles apporteront un côté spectaculaire qui servira tout le monde.

Les Jeux de Tokyo ne seront pas seulement les plus égalitaires de l’histoire, avec presque 49 % d’athlètes féminines, ils compteront aussi plus d’épreuves mixtes que jamais. Il y avait déjà depuis longtemps des compétitions mixtes en équitation, au tennis, à la voile ou encore au tir ; il y en aura désormais six de plus.

L’une des nouvelles épreuves se tiendra samedi sur la piste du Stade olympique. Elle consistera en une course à relais 4 x 400 mètres, mais dont les équipes seront constituées de deux hommes et deux femmes. Il reviendra à chaque équipe de décider dans quel ordre les coureurs se passeront le témoin. Commencera-t-on, comme cela a souvent été le cas lors des compétitions antérieures, par un homme, suivi des deux femmes, pour terminer avec le dernier homme ? Ou osera-t-on, par exemple, comme on a vu les Polonais le faire aux derniers championnats du monde d’athlétisme à Doha, confier aux deux hommes la responsabilité de bâtir la plus grande avance possible au départ et charger ensuite les deux femmes du défi de défendre cette avance jusqu’à la fin ?

« Un très bon ajout »

Le Canada ne s’est pas qualifié pour cette épreuve, mais Félix-Antoine Lapointe la suivra avec attention. « Je trouve que c’est un très bon ajout, dit l’entraîneur-chef à la Fédération québécoise d’athlétisme. Les différentes stratégies possibles dans le choix de l’ordre des coureurs ajoutent une dimension spectaculaire. Des puristes vont peut-être trouver cela bizarre et diront qu’on s’éloigne trop de l’essence du sport, mais je ne suis pas d’accord : ces évolutions n’enlèvent rien, au contraire. »

Contrairement au relais mixte au stade, le Canada participera aux nouvelles épreuves mixtes en natation et au triathlon.

Dans le premier cas, il s’agira d’un relais 4 x 100 mètres quatre nages qui se courra dans l’ordre habituel des quatre nages (dos, brasse, papillon, style libre), mais où les équipes décideront qui, parmi les deux hommes et les deux femmes, effectuera chacun des relais.

Au triathlon, on sait déjà que c’est l’une des deux femmes qui commencera l’épreuve qui consistera en un triathlon complet, mais en mode extrêmement abrégé (300 m de natation, 6,8 km de vélo et 2 km de course à pied), avant de passer le relais à un homme et de continuer en alternance jusqu’à ce que les quatre athlètes aient couru.

La composition de l’équipe mixte de natation se décidera 24 heures avant la course, explique le directeur de la haute performance à Natation Canada, John Atkinson. Elle dépendra des performances des athlètes aux épreuves individuelles, de leur niveau de fatigue après les autres épreuves, ainsi que de la stratégie qu’on voudra déployer.

« Les hommes prennent souvent les deux premiers relais, mais ce n’est pas automatique. Il faut notamment tenir compte des vagues plus importantes que font les hommes. Ça donne toujours des courses très excitantes avec des équipes qui prennent l’avance et d’autres qui essaient de remonter. On parle d’une épreuve olympique à part entière », dit l’entraîneur qui a connu une semaine de rêve à la piscine olympique avec plusieurs médailles remportées par ses nageuses.

Son homologue à Triathlon Canada, Eugene Liang, a dû adapter ses plans après qu’une blessure au tendon d’Achille a forcé Tyler Mislawchuk, jeudi, à déclarer forfait pour le relais mixte. C’est le Québécois Alexis Lepage qui le remplacera dans le quatuor qui prendra le départ de samedi, marquant par le fait même ses débuts sur la scène olympique. « On est encore à apprivoiser les subtilités de cette nouvelle épreuve, mais on apprend vite et nos stratégies devraient s’être beaucoup raffinées d’ici les Jeux de Paris, a expliqué le directeur de la haute performance à Triathlon Canada. Ça donne des épreuves vraiment intéressantes à regarder et auxquelles les athlètes aiment aussi participer, notamment parce que ça se passe très vite, chaque coureur faisant un triathlon hypersprint en environ 20 minutes pour une durée totale qui ne fait pas une heure et demie. »

Bon pour le sport

En plus d’offrir un bon spectacle, ce format de compétition ouvre des perspectives prometteuses pour le développement du sport, poursuit Eugene Liang. Plus court que le triathlon olympique ou le très intimidant Ironman, il sera plus accessible aux jeunes et à ceux qui pourraient vouloir tenter le triathlon, en plus d’être plus facile aussi à organiser.

Il y aura aussi samedi une compétition de judo par équipe mixte à laquelle le Canada ne s’est pas qualifié : chaque équipe y sera constituée de trois hommes et trois femmes qui combattront chacun dans leur catégorie contre des adversaires du même sexe, mais avec l’objectif d’en arriver ensemble au plus grand nombre de victoires. « C’est dommage qu’on ne se soit pas qualifié parce qu’on avait bien fait aux championnats du monde en 2017, observe Antoine Valois-Fortier. C’est une compétition qui donne un très bon spectacle. En plus, cela pourrait encourager certains pays qui ont beaucoup de succès du côté masculin, mais qui comptent peu de femmes, à renforcer leur volet féminin. »

Professeure titulaire au département d’éducation physique de l’Université Laval et experte internationale sur les questions d’égalité et de discrimination dans le sport, Guylaine Demers estime elle aussi que les épreuves mixtes sont non seulement un symbole fort de parité, mais qu’elles pourraient aussi être les instruments d’une meilleure reconnaissance du sport au féminin. « Je crois que c’est une excellente chose. Le sport masculin continue de bénéficier d’une plus grande visibilité que le sport féminin. Ces épreuves mixtes permettront de montrer des femmes en action et devraient aider à renforcer la perception du public quant à leur niveau de performance. »

  
Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.

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