Maude Charron a pensé à Christine Girard en arrachant l’or

Maude Charron a triomphé en totalisant 236 kg, soit 105 kg à l’arraché et 131 kg à l’épaulé-jeté.
Photo: Luca Bruno Associated Press Maude Charron a triomphé en totalisant 236 kg, soit 105 kg à l’arraché et 131 kg à l’épaulé-jeté.

Maude Charron n’a pu faire autrement que d’avoir une pensée pour Christine Girard quand elle a compris que la médaille d’or à la compétition d’haltérophilie était à sa portée, mardi soir, au Forum International de Tokyo.

La Rimouskoise a été couronnée championne olympique des Jeux de Tokyo dans la catégorie des 64 kg et elle a pu goûter à son moment de gloire sur le podium.

C’est un plaisir que Girard n’a pas connu puisque sa médaille d’or des Jeux de Londres lui a été remise six ans plus tard à la suite de la disqualification pour dopage des deux haltérophiles qui avaient terminé devant elle.

« Quand je suis retournée derrière la scène alors que j’étais première, mais seulement d’un kilo, je ne voulais pas me mettre trop de pression. mais je me suis dit : “Il faudrait bien que je gagne ça pour elle.” Il me semble qu’on est dû pour en gagner une en réel. »

La médaille d’or de Charron est aussi un peu beaucoup l’affaire de son entraîneur Jean-Patrick Millette, qui a élaboré la stratégie victorieuse. Ce dernier a comparé l’haltérophilie à une partie d’échecs et il a eu ce commentaire savoureux : « Les échecs, c’est moi ; les muscles, c’est elle. »

Plus sérieusement, sa stratégie a porté ses fruits. « L’objectif de Maude, c’était de réussir les barres ; le mien était de la situer par rapport à la concurrence, a commenté Millette, encore tout fébrile au moment de rencontrer les journalistes. La compétition était plus relevée qu’on le pensait. Il a fallu faire quelques petites stratégies pour bluffer les autres. Et on a réussi. »

Certes, le premier épaulé-jeté raté à 128 kilos a fait peur au clan Charron, mais comme l’a bien souligné Millette, « personne n’est plus solide que Maude ». Elle a ensuite réussi la même charge à son deuxième essai et c’est à ce moment que Millette a su que la première marche du podium était en vue. « On ne lui a pas dit parce que la compétition n’est pas finie tant qu’on n’a pas fait les six levers. »

Pour sa dernière barre à l’épaulé-jeté, Charron avait visé avant le début de la compétition de battre le record national de 134 kg. « En ratant mon premier essai, c’était plus difficile d’y arriver. Quand Jean-Patrick m’a dit que mon dernier essai, c’était pour l’or, je lui ai demandé si c’était à 135 kg. Quand il m’a répondu, “non, c’est 131 kg”, j’ai dit “parfait, c’est juste plus facile” », a lancé Charron en riant.

Charron a finalement triomphé en totalisant 236 kg — 105 kg à l’arraché et 131 kg à l’épaulé-jeté. Elle a devancé l’Italienne Giorgia Bordignon (232) et la Taïwanaise Chen Wen-Huei (230).

Être à Tokyo, déjà une victoire en soi

Charron avait pour objectif d’offrir sa meilleure performance à Tokyo, peu importe le résultat.

« Venir ici, c’était déjà une victoire en soi. N’importe quel athlète rêve d’aller un jour aux Olympiques. […] Toute la semaine, je me disais, tu es gagnante, tu es une Olympienne, peu importe ce qui arrive dans la compétition. Ça m’a enlevé un gros stress. »

« Nous n’avons pas parlé de médaille pendant toute notre préparation, a pour sa part indiqué Millette. Nous savions ce qu’on pouvait faire, mais surtout il fallait réussir ce qu’on avait à réussir. On savait que si elle faisait ses levers, la médaille serait une conséquence de sa bonne performance. »

Venir ici, c’était déjà une victoire en soi. N’importe quel athlète rêve d’aller un jour aux Olympiques. […] Toute la semaine, je me disais, tu es gagnante, tu es une Olympienne, peu importe ce qui arrive dans la compétition. Ça m’a enlevé un gros stress.

 

« Maude est quelqu’un de très solide mentalement, très constante. Pour faire une analogie avec la boxe, elle est arrivée ici à 8-0 — elle a fait huit compétitions internationales pour arriver ici, et elle a atteint ses objectifs à chaque fois. Elle offre la meilleure progression tous athlètes confondus en haltérophilie. »

Outre Girard, l’haltérophile de 28 ans avait également une pensée affectueuse pour Serge Chrétien, son entraîneur de la première heure qui l’a recrutée alors qu’elle faisait du CrossFit. « Serge a écrit à mon coach quelques minutes avant le début de la compétition pour me dire qu’“il y a quelqu’un qui te dit, en Gaspésie : travaille fort”. C’était un peu son slogan à lui. Il y a un peu de lui dans cette médaille d’or. En fait, un peu de tous les entraîneurs qui m’ont aidée dans mon parcours. »

Nous savions ce qu’on pouvait faire, mais surtout il fallait réussir ce qu’on avait à réussir

 

M. Chrétien lui a d’ailleurs écrit un beau poème sur le doute qui lui a servi d’inspiration.

Un seul regret

Radieuse avec sa médaille d’or autour du cou, Charron avait toutefois un regret. « Je suis super contente, mais en même temps un peu triste. J’aurais aimé que ma famille et mes amis soient ici avec moi. Je sais qu’ils ont suivi tout ça à distance. Veut, veut pas, c’est une petite déception. »

Millette avait d’ailleurs un souhait à faire. « Cette médaille d’or marque l’histoire. C’est une belle succession après Christine. C’est la preuve que nos filles au Canada sont capables. J’espère qu’il va y avoir plusieurs petites filles au Canada qui vont avoir vu ça et qui vont avoir envie d’essayer. Et soyez assurés que je vais être là pour les entraîner. »



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