Maripier Malo, la femme en noir et gris

L’arbitre internationale Mariepier Malo (qui porte le chandail gris et noir sur la photo) était l’arbitre en chef mardi lors du match de basketball féminin opposant la France au Japon. Il s’agissait de son premier match aux Jeux.
Photo: Eric Gay Associated Press L’arbitre internationale Mariepier Malo (qui porte le chandail gris et noir sur la photo) était l’arbitre en chef mardi lors du match de basketball féminin opposant la France au Japon. Il s’agissait de son premier match aux Jeux.

Il se peut que vous ne l’ayez pas remarquée lors du match de basketball féminin opposant la France au Japon mardi. Maripier Malo n’a pourtant jamais quitté le terrain et était de tous les jeux, mais elle était vêtue de noir et gris.

« Idéalement, on souhaite ne pas attirer l’attention et être oubliée aussitôt le match terminé. C’est un bon indice qu’on a fait notre travail de façon juste et efficace », dit la Québécoise de 37 ans, qui est l’une des 30 officiels, dont 5 femmes, à arbitrer le tournoi olympique de basketball.

Le choix des arbitres est fait 24 heures avant le début des matchs. L’affrontement France-Japon, qui s’est terminé à l’avantage de l’équipe nippone au terme d’un match serré, était son premier match aux Jeux et elle y officiait à titre d’arbitre en chef. Elle aurait pu toutefois faire son entrée deux jours plus tôt avec rien de moins que les superstars de l’équipe masculine américaine qui affrontaient l’autre équipe française. Elle était aussi à ce match, mais à titre d’arbitre substitut, et comme on n’a finalement pas eu besoin d’elle sur le terrain, elle s’est plutôt occupée de la révision vidéo.

N’est-ce pas intimidant de penser qu’on pourrait avoir à se frotter à ces professionnels à la taille — et parfois à l’ego — surdimensionnée ? « Il y a une progression avant d’arriver à notre niveau, pendant laquelle on gagne en expérience et en confiance en soi, explique Maripier Malo. Lorsque tu démontres que tu sais ce que tu fais et que tu as mis les efforts et le travail nécessaires, tu obtiens généralement le respect des joueurs, même des professionnels. Pour le reste, on espère toujours qu’ils ne prêtent pas trop attention au fait qu’ils ont affaire à un homme ou à une femme, mais qu’ils regardent plutôt notre chandail et voient simplement un arbitre. »

Le pouvoir du sifflet

Sur le terrain, Maripier Malo va rapidement se positionner là où l’action se déplace, après quoi elle se tient droite et immobile. Grande et athlétique, les cheveux bruns tirés vers l’arrière par une queue-de-cheval, elle garde un visage impassible, le sifflet au bec, et rend ses décisions de façon claire, rapide et sans hésitation. « C’est un travail de gestion où il faut savoir résoudre les situations rapidement et efficacement. Un bon arbitre se reconnaît à la qualité et à la constance de ses appels, et à sa capacité de communiquer avec les joueurs et les entraîneurs. C’est un travail d’équipe aussi, parce qu’on est trois sur le terrain. »

Professeure d’éducation physique et responsable du programme de basketball au collège Jean-Eudes, à Montréal, Maripier Malo a commencé l’aventure de l’arbitrage à son retour des États-Unis, où elle a joué dans le réseau universitaire américain. Son apprentissage a eu droit à un sérieux coup d’accélérateur lorsqu’elle s’est retrouvée en 2011 dans un camp de formation de femmes arbitres en Colombie, qui se trouvait à offrir aussi la certification d’arbitre international, qu’elle a obtenue haut la main. Forte de ce badge dont sont dotés seulement une quinzaine d’arbitres au Canada, elle s’est mise à officier dans des tournois internationaux de plus en plus importants.

 

Elle a obtenu sa qualification pour les Jeux de Rio en 2016 sur la base de ses connaissances des règles, de ses aptitudes de jeu et de ses capacités physiques, mais n’a pas été choisie par le Canada pour y aller. Elle a eu plus de chance cette fois-ci. « Petite fille, je rêvais d’aller aux Jeux olympiques, Mais comme joueuse, pas comme arbitre », dit-elle.

Comme les athlètes, elle aurait voulu partager ce moment sur place avec ses proches, mais la pandémie de COVID-19 en a voulu autrement. « On rêvait, avec mon copain, de rester au Japon après les Jeux pour visiter un peu le pays. Il faudra faire ça une autre fois. »

Encore du chemin à faire

La Québécoise sait parfaitement que, si les femmes s’approchent de la parité chez les athlètes, c’est encore loin d’être le cas pour leurs sœurs arbitres et entraîneuses. « On a fait du chemin, au fil des ans, mais il en reste encore beaucoup à faire. »

Beaucoup de travail reste aussi à faire quant à la reconnaissance du rôle des officiels, enchaîne-t-elle tout de suite. « Les arbitres sont souvent vus comme une dépense dont on se passerait volontiers, plutôt que comme un investissement dans le sport, déplore-t-elle. On cherche constamment et par tous les moyens à rogner sur ces dépenses alors qu’il faudrait, au contraire, investir dans leurs salaires, leur formation et leur reconnaissance. »

« On est des milliers, à tous les niveaux de jeu, à consacrer notre temps et notre énergie à notre passion, souvent les soirs et les week-ends, et sans qui il n’y aurait pas de sport. On l’oublie trop souvent. »

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.

 
Une version précédente de ce texte indiquant que les arbitres sont tirés au hasard a été corrigée.

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