Une médaille de bronze qui vaut son pesant d’or pour la judoka Catherine Beauchemin-Pinard

Après avoir renversé son adversaire, celle qui était la quatrième tête de série du tournoi a poussé un grand cri de joie.
Photo: Vincent Thian Associated Press Après avoir renversé son adversaire, celle qui était la quatrième tête de série du tournoi a poussé un grand cri de joie.

Après la vive déception vécue aux Jeux de Rio de Janeiro en 2016, la Québécoise Catherine Beauchemin-Pinard a ressenti l’immense joie que procure la conquête d’une médaille olympique.

La judoka de 27 ans a triomphé de la Vénézuélienne Anriquelis Barrios par waza-ari pour mettre la main sur l’une des médailles de bronze chez les 63 kg du tournoi des Jeux olympiques de Tokyo, mardi, après un éreintant combat qui a nécessité 3:03 de prolongation sur le tatami du Nippon Budokan.

« Je savais que j’étais capable d’aller chercher une médaille aujourd’hui, a-t-elle expliqué, radieuse, après sa victoire. Maintenant, de savoir comment, j’y allais un combat à la fois. J’ai été contente de tous mes combats. J’ai commencé un peu stressée : [la Danoise Laerke Olsen] avait vraiment un bon plan pour m’affronter. J’ai finalement trouvé une faille pour gagner ce combat et la pression est descendue. Mes autres combats ont été plus fluides. »

Après avoir renversé son adversaire, celle qui était la quatrième tête de série du tournoi a poussé un grand cri de joie.

« C’était du soulagement d’avoir fini ce long combat. Mais j’avais encore assez d’énergie et j’ai poussé jusqu’à la fin. Je la sentais fatiguée. J’ai été contente d’avoir gardé ma concentration, même après avoir perdu en demi-finales. »

C’est la première fois de son histoire que le Canada gagne deux médailles en judo au cours des mêmes Jeux olympiques. Jessica Klimkait avait aussi gagné le bronze, la veille.

Beauchemin-Pinard avait dû se contenter d’un match pour la troisième place à la suite d’une courte défaite par waza-ari face à la quintuple championne du monde, la Française Clarisse Agbegnenou, qui était en route vers la médaille d’or, remportée aux dépens de la Slovène Tina Trstenjak.

« Je sais qu’elle est battable, mais c’est clair qu’elle a le feu et qu’elle veut gagner, a dit la Québécoise au sujet d’Agbegnenou. J’avais un bon plan, mais elle en avait un aussi ! Je suis fière de mon combat, au moins, j’ai perdu contre la gagnante, ce n’est pas rien ! »

« On est aux Jeux olympiques, des surprises, il y en a toujours, a offert son entraîneur, Sasha Mehmedovic. Je lui ai dit de donner le meilleur d’elle-même et qu’on verrait ce qui allait se passer. Le défi était de retrouver sa concentration, car parfois, les judokas sont déconcentrés en perdant la demi-finale. Elle a été capable de rester dans le bon état d’esprit. »

Il s’agissait de la même finale qu’aux Jeux de Rio de Janeiro, avec un résultat inversé. L’Italienne Maria Centracchio a mis la main sur l’autre médaille de bronze.

Maintenant, Beauchemin-Pinard ne sait pas si elle sera de l’aventure jusqu’à Paris, en 2024.

« Je vais prendre ça une année à la fois. Je ne sais pas encore pour 2024. Je vais voir si j’ai toujours la flamme, la motivation. Il y a l’école aussi là-dedans. J’ai d’autres projets », a dit celle qui terminera son baccalauréat en compatibilité à l’UQAM avant d’entreprendre la formation de CPA.

Valois-Fortier stoppé

Dans le tableau des 81 kg, Antoine Valois-Fortier a été exclu en huitièmes de finale par le Russe Alan Khubetsov, qui a inscrit un tout petit point dès la première séquence, sur un waza-ari. Il a fauché le Québécois en glissant une jambe à l’intérieur de celles de son adversaire. Belle technique, mais dans les faits, peu payante. Elle s’est avérée suffisante.

Un peu surpris par la stratégie du Russe, le Québécois de 31 ans a mis une bonne minute à s’adapter, avant de devenir l’agresseur pour le reste de l’affrontement.

Fin stratège, Khubetsov s’est toutefois appliqué à protéger cette mince avance. Valois-Fortier a bien failli s’inscrire à la marque en fin d’affrontement, mais l’officiel n’a pas adjugé de point, laissant le médaillé de bronze aux Jeux de Londres, en 2012, à court.

« J’avais comme stratégie d’agripper ma main droite à son col. Dès le début du combat, j’ai vu que tout son travail était de retirer cette main. Ça m’a un peu surpris : ça m’a pris une minute à m’adapter, a admis Valois-Fortier. Ça a été la minute de trop. Il a rapidement pris l’avance et par la suite, il était trop tard.

« J’ai passé proche de marquer à un moment donné, je pensais que je l’avais contré sur le côté, malheureusement.

« Son objectif est vite devenu de protéger son avance, surtout en deuxième moitié du combat. Mais il faut lui donner ce qui lui revient : sur le plan stratégique, il est arrivé bien préparé. De mon côté, j’avais une stratégie qui avait fait ses preuves, mais il s’est vraiment bien adapté. Ça m’a pris 30, 45 secondes à comprendre ce qu’allait être son plan de match. Il était trop tard. J’aurais aimé mieux gérer cet aspect. »

« Le Russe est huitième au monde ; Antoine, neuvième. L’écart est minime et ça s’est joué sur pas grand-chose, a de son côté analysé son entraîneur, Nicolas Gill. Il s’est fait coincer sur une séquence et le Russe a marqué. Il a connu une bonne séquence à la fin, mais on ne lui a pas donné de point.

« On savait que c’était le défi au bout d’une année atypique. On savait qu’Antoine n’avait pas la préparation parfaite. Tout ça mis ensemble fait en sorte que le défi était de grande taille. Ça ne s’est pas terminé comme on voulait. […] Malheureusement, c’est la situation dans laquelle on vit et on a fait tout ce qui était en notre pouvoir. »

Valois-Fortier ne savait pas encore ce que lui réservait son avenir. Sauf qu’il a l’intention de bien décanter cette dernière olympiade avant de se prononcer sur la suite de sa carrière.

C’est le Japonais Takanori Nagase qui a décroché la médaille d’or après avoir vaincu le Mongol Saied Mollaei. Le Belge Mattias Casse et l’Autrichien Shamil Borchashvili ont quant à eux gagné la médaille de bronze.



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