La crampe, ennemie imprévisible des athlètes

Si les mécanismes de la crampe restent flous, c’est parce qu’elle est imprévisible, donc difficile à étudier.
Photo: Justin Tallis Agence France-Presse Si les mécanismes de la crampe restent flous, c’est parce qu’elle est imprévisible, donc difficile à étudier.

Imprévisible, la crampe est la bête noire des athlètes. On se rappelle les tristes adieux d’Usain Bolt aux championnats mondiaux d’athlétisme en 2017, quand il n’avait pu terminer sa dernière course à cause d’une crampe à l’ischiojambier. Qu’est-ce qu’une crampe et pourquoi apparaît-elle ?

C’est une « contraction involontaire d’un muscle, qui est constante, douloureuse et assez paralysante », explique Gilles Gouspillou, physiologiste musculaire. Une crampe « nuit clairement à la performance. Souvent, les athlètes vont s’effondrer » ajoute-t-il. Et s’ils ne s’effondrent pas, la crampe a le don de pouvoir revenir à de multiples reprises.

Si les mécanismes de la crampe restent flous, c’est parce qu’elle est imprévisible, donc difficile à étudier. Il existe cependant deux principales théories.

Deux théories

La première est celle d’un déséquilibre électrolytique. « Sur des exercices de longue durée, on peut avoir un débalancement entre les ions et l’eau qu’on perd. Si le déséquilibre est trop important au niveau des fibres musculaires et des cellules nerveuses, on peut les rendre hyper excitables, donc plus faciles à contracter », explique celui qui est aussi marathonien. Il précise que « le mécanisme de cause à effet n’est pas certain », mais que ce déséquilibre électrolytique pourrait augmenter les probabilités d’avoir des crampes, surtout lors de longues épreuves.

Souvent, les athlètes vont s’effondrer

 

Pour Pierre-Mary Toussaint, préparateur physique de l’équipe nationale de boxe, la crampe tient plutôt d’une fatigue musculaire. Une théorie partagée par M. Gouspillou, qui explique que lorsque les fibres musculaires s’étirent trop vite, un message de contraction va être envoyé par les fuseaux neuromusculaires censés protéger les muscles. Inversement, lorsque la tension des fibres musculaires au niveau des tendons est trop forte, un message d’inhibition va être envoyé aux motoneurones, qui deviennent alors moins excitables, donc moins facilement contractés.

« Un moyen qu’utilisent les joueurs de soccer pour arrêter les crampes, c’est de venir étirer le muscle. La relation de cause à effet est encore une fois incertaine, mais l’athlète espère ainsi profiter de cet effet d’inhibition », indique M. Gouspillou.

Les deux théories, qui ne font pas consensus entre les experts, ne sont pas mutuellement exclusives. « Puisque les crampes peuvent survenir dans des conditions très diverses, il est probable que de multiples mécanismes soient impliqués », avance le physiologiste.

La fatigue et la chaleur semblent toutefois favoriser les crampes. Certains athlètes auraient même des prédispositions héréditaires, avance M. Toussaint. Selon lui, l’entraînement est la meilleure façon de prévenir une crampe, permettant ainsi aux « contractions répétées de ne plus être vues comme un stress par le corps ».

On ne trouvera probablement pas de boissons à électrolyte dans les valises des sportifs, mais certains athlètes pourraient avoir apporté du jus de cornichon à Tokyo. Le vinaigre permettrait aux crampes de s’atténuer plus rapidement.

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