Mission accomplie pour la planchiste canadienne Annie Guglia

Annie Guglia est parvenue à réussir le minimum requis de quatre figures, mais cela n’a pas été suffisant pour passer à la seconde ronde de la compétition.
Photo: Mark Blinch La Presse canadienne/HO, COC Annie Guglia est parvenue à réussir le minimum requis de quatre figures, mais cela n’a pas été suffisant pour passer à la seconde ronde de la compétition.

Annie Guglia ressentait un profond sentiment d’accomplissement lundi aux Jeux de Tokyo. Non, elle n’a pas obtenu de résultats éclatants lors de la compétition de planche à roulettes sur rue. C’est plutôt tout le reste qui la rendait heureuse.

À commencer par le fait qu’après vingt ans comme pionnière de son sport, ce dernier fait enfin son entrée aux Jeux olympiques, que les femmes y aient leur place et qu’elle ait pu prendre part à cette grande première.

Ça l’a frappée subitement. Debout en plein milieu de la nuit, elle traversait à pied le village olympique lorsqu’elle est tombée sur les cinq anneaux illuminés. « C’était la première fois que je me retrouvais seule depuis que tout cela avait commencé, il y a quelques jours, disait-elle lundi après sa compétition. C’est comme si j’avais réalisé tout d’un coup ce qui m’arrivait. J’ai éclaté de rire. Puis, je me suis mise à pleurer. »

Un coup de pouce du destin

L’histoire commence à être connue, mais mérite d’être rappelée. Après des années passées à rêver des Jeux olympiques, Annie Guglia n’avait pas réussi à se qualifier pour Tokyo en juin dernier. « Ç’a été l’une des plus grandes déceptions de ma vie. C’était un échec. Il a fallu qu’ils m’enlèvent des publicités de Radio-Canada. C’était une grosse déception. Et quand tu vis ça publiquement, que tout le monde t’en parle tous les jours, c’est encore plus dur. Mais quand ça marche, tu le vis publiquement aussi, et plein de gens ont envie de partager ton bonheur. »

Mais cet échec n’aura finalement pas signé la fin de son aventure olympique.

Vendredi, l’une des athlètes qualifiées pour la compétition est déclarée positive à la COVID-19. On demande donc à Guglia de sauter de toute urgence dans un avion pour Tokyo pour y jouer le rôle de la deuxième réserviste, au cas où. Puis une autre concurrente se blesse, et la première remplaçante prévue ne peut pas faire le voyage jusqu’au Japon. Les portes de Tokyo s’ouvrent donc pour elle in extremis. « Je suis passée, en 36 heures, de fille qui allait rester chez elle à Montréal à réserviste qui allait probablement rester dans sa chambre au village olympique, puis à concurrente officielle. »

Les conditions étaient loin d’être idéales, admet Annie Guglia. Sous un soleil de plomb, dans un stade manquant cruellement de spectateurs et d’ambiance, elle a réussi le minimum requis de quatre figures, mais cela n’a pas été suffisant pour passer au second tour. « J’ai dormi un total de douze heures en quatre jours, dont cinq heures la nuit dernière, a-t-elle expliqué. J’ai donné le maximum dont j’étais capable dans les circonstances, mais je n’ai pas cherché à forcer les choses, je ne voulais pas courir le risque de me blesser. Mon objectif était de m’amuser et de montrer qu’on a du plaisir en skate, même si l’on ne réussit pas toujours ce qu’on essaie. Aussi, je dirais que c’est mission accomplie. »

Je suis passée, en 36 heures, de fille qui allait rester chez elle à Montréal à réserviste qui allait probablement rester dans sa chambre au village olympique, puis à concurrente officielle

 

Nouvelle génération, nouvel espoir

À côté d’elle, il y avait des planchistes d’à peine 13 ans. « J’ai fait ma première compétition à cet âge-là et je l’ai gagnée parce que j’étais la seule fille en lice », se souvient l’athlète aujourd’hui âgée de 30 ans. « Il a fallu que j’attende deux ans avant de rencontrer une première adversaire. On a tellement fait de chemin depuis, c’est fou ! »

Défenseuse de la première heure de la place des femmes dans son sport — et de la cause LGBT —, Annie Guglia a totalement confiance en la génération montante. « Il faut du temps pour développer un planchiste. Les filles qui commencent aujourd’hui ont des modèles et savent qu’elles peuvent même se rendre jusqu’aux Jeux olympiques. Actuellement, l’écart de performance avec les hommes est encore assez important, mais ça ne durera pas longtemps. Aux prochains Jeux, le niveau va être très élevé, ce sera vraiment excitant à voir. »

Elle ne sait pas encore si elle sera de l’aventure des Jeux de Paris en 2024. « Ce qu’il y a de certain, c’est que le skateboard va rester au cœur de ma vie. Ma carrière professionnelle, les causes que je défends, mes amis, mes voyages : tout lui est lié. J’ai même fait une maîtrise sur le sujet ! Alors je ne suis pas inquiète. Je vais continuer dans ce sport qui me passionne. »

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.

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