Logan Mailloux, un repêchage «en sens inverse» des mouvements sociaux

Logan Mailloux, jeune joueur originaire de l’Ontario, avait demandé la semaine dernière aux équipes de la Ligue nationale de hockey de ne pas le repêcher, et ils sont plusieurs à penser que l’organisation aurait dû respecter sa volonté.
Photo: Bruce Bennett/Getty Images/AFP Logan Mailloux, jeune joueur originaire de l’Ontario, avait demandé la semaine dernière aux équipes de la Ligue nationale de hockey de ne pas le repêcher, et ils sont plusieurs à penser que l’organisation aurait dû respecter sa volonté.

Le Canadien de Montréal avait la cote au Québec dans la foulée des séries éliminatoires, qui l’a mené jusqu’à la finale de la Coupe Stanley. Mais le repêchage, vendredi soir, de Logan Mailloux, condamné en Suède pour avoir partagé une photographie de nature sexuelle d’une femme sans son consentement, a créé un froid et continue de susciter l’incompréhension chez de nombreux partisans, hommes et femmes confondus.

Sur Twitter, Facebook et Instagram, les réactions fusent depuis quelques jours, et les opinions s’entrechoquent. Si certains pensent que le joueur de 18 ans mérite une deuxième chance, un bon nombre critiquent la décision du club.

« Ça laisse un goût amer », dit Audrey Racine, en entrevue avec Le Devoir. La femme de 29 ans est une partisane du Canadien depuis plusieurs années. « Le club excuse facilement son geste en le récompensant avec un choix de première ronde. Ça envoie comme message aux garçons qu’il est excusable de faire des gestes très graves lorsqu’on est bon au hockey », estime-t-elle.

Logan Mailloux a été condamné il y a moins d’un an pour « photographie choquante portant atteinte à la vie privée » et « diffamation » alors qu’il avait 17 ans. Il a été contraint de payer des amendes totalisant 4000 $.

Le jeune joueur originaire de l’Ontario avait demandé la semaine dernière aux équipes de la Ligue nationale de hockey (LNH) de ne pas le repêcher, et ils sont plusieurs à penser que l’organisation aurait dû respecter sa volonté. Ysabelle Charest, qui a suivi le Tricolore pendant les séries éliminatoires, croit en la réhabilitation. Mais elle pense que son intégration au club s’est faite trop rapidement. « C’est connu qu’il ne faut pas faire ça, [sinon] son acte est banalisé. À partir de maintenant, que va-t-il arriver si un joueur du Canadien fait le même geste ? » se demande-t-elle.

Le Canadien de Montréal a absolument sous-estimé ses partisans

Pas convaincant

Lors d’une conférence de presse samedi, le joueur a exprimé des remords. « J’ai commis un geste stupide et irresponsable. J’ai agi sans penser, a-t-il déclaré. Je sais que j’ai causé du tort à la personne et sa famille. J’ai présenté des excuses, mais cela la suivra quand même pour le restant de sa vie. Pour cela, je le regrette profondément. » Il a ajouté consulter une thérapeute depuis huit mois.

Dans un communiqué envoyé vendredi soir, le Canadien de Montréal avait de son côté écrit qu’il accompagnerait sa nouvelle recrue dans son cheminement et qu’il lui fournirait « les outils pour lui permettre de prendre de la maturité et l’aide nécessaire pour le guider dans sa démarche ».

Mais la nature de ce plan demeure floue, et cela n’a pas été suffisant pour convaincre les partisans choqués, estime Martine St-Victor, stratège en communication. « Les réseaux sociaux peuvent être un bon baromètre, et je pense que le Canadien de Montréal a absolument sous-estimé ses partisans », a-t-elle souligné au Devoir. « Côté image, ça entache la réputation du Canadien, parce que le club donne vraiment l’impression d’être déconnecté. »

Selon Mme St-Victor, le Tricolore n’est pas au diapason des derniers mouvements sociaux de fond des dernières années, ce qui est à son avis « emblématique de la Ligue nationale de hockey, qui, depuis quelques années, est en retard dans ses réactions ».

Une idée partagée par plusieurs partisans, comme Mylène Gaudreau, 34 ans. « Des erreurs de jeunesse, tout le monde en a fait, soyons réalistes. Mais dans la foulée du changement de culture qui s’opère en ce moment au Québec, je trouve décevant que l’organisation du CH semble ramer dans le sens inverse », a-t-elle indiqué au Devoir. Elle estime que la déclaration du Canadien est « vide de sens sans les actions qui l’accompagnent ».

Dénonciations

La décision du Canadien a aussi secoué la scène politique québécoise. La ministre de la Condition féminine, Isabelle Charest, s’est dite samedi sur Twitter « surprise et déçue » du repêchage de M. Mailloux par le Canadien « en dépit de sa condamnation suite à des gestes inacceptables ». Cela « ne va pas du tout dans le sens du changement de culture positif » qu’elle souhaiterait voir dans le milieu du sport, a-t-elle ajouté.

La « ministre de la Condition féminine se dit déçue. Elle devrait plutôt se dire scandalisée ! » a de son côté rétorqué la députée libérale Christine St-Pierre.

Côté image, ça entache la réputation du Canadien, parce que le club donne vraiment l’impression d’être déconnecté

Des organismes d’aide aux victimes de violence sexuelle ont également décrié la décision. « On considère que ça s’inscrit en droite ligne avec la culture du viol », a dit Roxanne Ocampo-Picard, du Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel.

Le Canadien de Montréal « dit que ces gestes-là sont inacceptables, mais alors pourquoi on l’accepte au sein de l’organisation ? » a-t-elle ajouté, y voyant là une contradiction. L’équipe a selon elle « fait passer son propre intérêt » avant « le bien-être et la sécurité des femmes ».

Devant l’onde de choc provoqué par le repêchage, Martine St-Victor estime qu’il faudra surveiller dans les prochains jours et semaines la réaction des marques associées au Canadien de Montréal. « Est-ce que ces marques vont dire qu’elles n’ont pas envie d’être associées à un club qui repêche un jeune qui a commis un crime et qui manque de jugement ? » demande-t-elle.

Avec La Presse canadienne

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