Antoine Valois-Fortier au temple du judo

Au centre du stade se trouvaient deux grands tatamis où s’enchaînaient, en parallèle, les combats des femmes, d’un côté, et ceux des hommes de l’autre.
Photo: Eric Desrosiers Au centre du stade se trouvaient deux grands tatamis où s’enchaînaient, en parallèle, les combats des femmes, d’un côté, et ceux des hommes de l’autre.

On le dit la maison spirituelle des arts martiaux au Japon, particulièrement du judo.

On dit du Nippon Budokan qu’il est le temple des arts martiaux japonais. Tout de béton mais inspiré de l’architecture traditionnelle, l’imposant bâtiment a été construit à l’occasion de l’entrée du judo dans la famille olympique lors des Jeux de Tokyo de 1964. Situé non loin du palais impérial, il est entouré d’une petite forêt où les cigales s’en donnaient à cœur joie en cette matinée particulièrement chaude et humide qui marquait le début des compétitions de judo aux Jeux de Tokyo 2020.

Ce matin-là, l’immense salle en forme d’octogone était remplie de plus de gens et d’animation qu’on s’y serait attendu dans un stade censé être fermé aux spectateurs pour cause de pandémie. Outre les nombreux journalistes, photographes et caméramans se trouvaient un contingent de dignitaires en complet-cravate, mais surtout des athlètes et des entraîneurs qui encourageaient bruyamment leurs coéquipiers en compétition.

Au centre du stade se trouvaient deux grands tatamis où s’enchaînaient, en parallèle, les combats des femmes, d’un côté, et ceux des hommes de l’autre. L’atmosphère devenait particulièrement électrique lorsqu’un judoka japonais était sur le tatami. Passant outre les consignes des autorités sanitaires de privilégier les applaudissements plutôt que les cris, les gens présents balançaient entre le silence tendu et fébrile et des exclamations nerveuses ou triomphantes au gré des assauts du favori et de son adversaire.

Le rêve

Mardi (à partir de lundi soir, heure de Montréal), le Québécois Antoine Valois-Fortier y concourra chez les moins de 81 kg dans le cadre de ses troisièmes Jeux olympiques. Les jours d’avant, il y aura été précédé par Ecaterina Guica, Jessica Klimkait, Catherine Beauchemin-Pinard et Arthur Margelidon, et sera suivi plus tard par le dernier Canadien, Shady El-Nahas, chez les moins de 100 kg.

« C’est tout simplement le rêve de tout athlète de judo, disait-il à la fin du mois dernier. Avoir la chance de vivre la plus grande compétition, au Japon, dans le stade où le judo a fait son entrée aux Jeux olympiques. Tout s’aligne pour que ce soit une compétition mémorable. »

Ce ne sera pas la première fois qu’il foulera les tatamis du Nippon Budokan. Les championnats du monde de judo s’y étaient tenus il y a deux ans, et il garde des lieux un excellent souvenir. « C’est une place tellement chargée d’histoire, c’est tellement emblématique comme endroit. En plus, les conditions de compétition y sont vraiment très bonnes. C’est vraiment l’un des meilleurs amphithéâtres qui soient dans le monde. »

C’est tout simplement le rêve de tout athlète de judo

Au moment de tenir ces propos, il espérait encore que le public japonais pourrait assister aux compétitions. « Avoir des spectateurs dans la salle qui connaissent leur judo, qui savent l’apprécier et qui le respectent, ce serait vraiment la cerise sur le sundae. »

Médaillé de bronze aux Jeux de Londres avant de se contenter d’une décevante septième place à ceux de Rio, le judoka de 31 ans était bien parti (troisième aux championnats du monde et premier aux championnats panaméricains) jusqu’à ce que la COVID-19 arrête tout, l’année dernière, puis qu’il se blesse aux côtes lors d’une compétition au mois de mars. Il se sent pourtant prêt.

La pandémie n’a pas eu que des désavantages, remarque-t-il. « Ça m’a permis de prendre soin de mon vieux corps. Plusieurs athlètes se sont rendu compte qu’ils avaient besoin de repos. Et mentalement, l’enchaînement des compétitions peut être difficile. » Ce repos et le fait de consacrer plus de temps à l’entraînement plutôt que de courir les compétitions ne sont pas étrangers à la vitesse avec laquelle il s’est remis de sa blessure ce printemps, pense-t-il.

Un athlète différent à des Jeux différents

« Mais deux premières expériences olympiques ont été très différentes. À Londres, c’étaient mes premiers Jeux. J’étais simplement content d’être là. À Rio, il y avait beaucoup de pression sur mes épaules. Cette fois-ci, je suis juste une version plus expérimentée, un peu plus mature, plus posé face à la situation. Je sais ce que j’ai à faire. Je sais comment je veux me sentir. Une approche plus calme, plus sereine devrait m’être très utile le jour J. »

Il y aura quand même un certain regret à vivre ces troisièmes Jeux sous le coup de règles de confinement strictes, qui empêcheront toute fête avec les athlètes des autres nations et toute chance de vraiment aller à la rencontre de ses hôtes japonais et de leur pays. « Je m’attends à des espèces de gros championnats du monde, où on va pour faire notre compétition, puis repartir tout de suite après. Mais ça reste une expérience olympique. Ça reste notre Coupe Stanley. Ça reste le rendez-vous le plus important. En termes de compétition, ça va être la même chose, en termes d’émotion, ça va être aussi intense. Et tout ça va se passer au Japon. Au Nippon Budokan. C’est pas rien quand même ! »

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.

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