16 ans, 7 minutes et 41 secondes

L'escrimeur Marc-Antoine Blais-Bélanger dit ne pas trop s’en faire avec son élimination rapide.
Photo: Hassan Ammar Associated Press L'escrimeur Marc-Antoine Blais-Bélanger dit ne pas trop s’en faire avec son élimination rapide.

Le parcours aux Jeux olympiques de Marc-Antoine Blais-Bélanger venait à peine de commencer qu’il était déjà terminé. Bien que décevante, cette fin abrupte venait après un long chemin dont l’escrimeur reste fier.

Démontrant une fois de plus son acharnement et sa capacité de relever son niveau de performance lorsque ça compte, l’épéiste montréalais de 26 ans était allé chercher sa qualification olympique en mai, au Costa Rica, lors d’un tournoi de la dernière chance qui opposait les champions d’une quinzaine de pays des Amériques et dont le premier et seul prix était un billet pour les Jeux de Tokyo. Cette première qualification olympique venait comme une belle surprise et une récompense après un passage à vide en compétitions, suivie de la pandémie de COVID-19 qui a tout arrêté. Elle ouvrait un nouveau chapitre sur un parcours sportif long 16 ans.

Le rendez-vous était donc donné. La compétition se tiendrait dimanche dans une grande salle sans spectateurs (règles sanitaires obligent) aménagée dans un centre de congrès désert situé entre le centre-ville et l’aéroport de Narita. Le Canadien allait être du premier combat de la journée et allait affronter le Chinois, Chao Dong, un escrimeur au style assez similaire au sien, c’est-à-dire patient et préférant la contre-attaque à l’attaque.

La scène avait quelque chose de dramatique. Comme au théâtre, seules les pistes où combattent les escrimeurs sont éclairées d’une lumière vive alors que le reste de la salle reste dans l’ombre. Afin de rendre la chose plus claire et plus spectaculaire, on équipe également les masques des athlètes de lumières de couleurs qui s’allument lorsqu’ils marquent une touche.

Lors du combat, les deux athlètes ont commencé par s’étudier un peu après quoi le Chinois s’est résolu à porter de premières attaques qui ont fait mouche lui permettant de rapidement prendre les devants au pointage. Ne voulant pas se laisser distancer, le Québécois a essayé à son tour de se porter plus à l’attaque, au plus grand contentement de son adversaire qui ne demandait pas mieux que de revenir à son style de prédilection.

Faits d’avance et de recul prudents, puis soudainement de bond vers l’avant, de mouvement vif du poignet et de la lame, les combats d’escrime ne sont généralement pas très longs. Le premier concurrent qui marque 15 touches remporte la victoire. Et lors du concours olympique, une défaite signifie l’élimination. Il a fallu 7min 41sec à Chao Dong pour remporter son combat 15-7.

Déçu, mais fier

« Je suis évidemment déçu du résultat final. C’est le début du match qui m’a tué. Je n’ai pas commencé de façon assez agressive, ce qui fait que je suis rapidement tombé en déficit, a expliqué le Québécois après son combat. Après cela, je devais aller chercher des points pour remonter, et ce n’est vraiment pas ma force. »

À la fois entraîneur à l’équipe canadienne ainsi qu’au club d’escrime du collège Jean-de-Brébeuf où Marc-Antoine Blais-Bélanger a fait son apprentissage, Jean-Marie Banos faisait valoir qu’il fallait aussi tenir compte de certaines circonstances atténuantes. « Il avait affaire à une grosse pointure, a-t-il d’abord noté. Et, il ne le vous a peut-être pas dit, mais il s’est fait une petite blessure, il y a quelques jours, qui est venue déranger sa préparation. »

Un autre de ses entraîneurs au collège qui l’avait accompagné au tournoi au Costa Rica, mais qui n’a pas pu le faire à Tokyo, Jacques Cardyn, avait aussi des bons mots pour son protégé. « Les premiers Jeux olympiques, ce n’est pas toujours évident », écrivait-il à distance. Avec ceux de Paris qui viennent dans seulement trois ans, poursuivait-il, « j’espère qu’il persévérera. Il a le talent. »

Le principal intéressé disait ne pas trop s’en faire avec son élimination rapide. « Je n’ai pas trop de regret. J’ai fait ce que je pouvais. Et puis, je suis quand même content de m’être rendu jusqu’ici. Ma route jusqu’aux Jeux a été un gros défi avec beaucoup d’obstacles. C’est un gros accomplissement. »

Par ici la sortie

Marc-Antoine Blais-Bélanger n’aura pas le loisir d’errer longtemps dans les rues de la capitale nippone, hanté par le souvenir de sa défaite expéditive. Les règles sanitaires en vigueur aux Jeux de Tokyo l’obligent en effet d’avoir bouclé ses valises et d’être sur son vol de retour au plus tard 48 heures après la fin de sa compétition.

« Je vais essayer d’en profiter autant que je peux. C’est quand même une expérience assez exceptionnelle… mes premiers Jeux à vie. »

Et qu’est-ce qu’on peut bien faire quand on veut profiter au maximum d’un événement qui oblige les athlètes à rester dans une bulle isolés du reste du monde en plus de garder autant de distance possible entre eux ? « Pas grand-chose, admet-il. Aller marcher dans le Village olympique. Prendre beaucoup de photos. Essayer d’aller voir nos autres athlètes à l’escrime pour les encourager en compétition. »

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.

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