Participer aux Jeux, un choix réel?

La joueuse de tennis Naomi Osaka
Photo: Patrick Semansky Associated Press La joueuse de tennis Naomi Osaka

Ne pas aller aux Jeux en pleine pandémie ? C’est un luxe que peuvent se permettre de nombreux sportifs professionnels, habitués à ces désistements et souvent portés par d’autres rêves que celui des Olympiques. Mais les athlètes amateurs, eux, vivent une réalité différente, où ce choix n’existe pratiquement pas.

Affichant un fort taux d’absentéisme à Tokyo, les épreuves de tennis ont de quoi marquer les esprits cette année, plusieurs athlètes de premier plan ayant décidé de passer leur tour. Les vedettes canadiennes Vasek Pospisil, Denis Shapovalov et Bianca Andreescu sont parmi ceux qui ont décidé d’abandonner la compétition olympique, citant la fatigue, des blessures ou une crainte de la situation sanitaire.

Mais au-delà du contexte pandémique, les conditions déjà exigeantes d’une année de tennis entrent dans l’équation. « Le calendrier professionnel est déjà trop plein. Il y a des tournois sans arrêt et la saison est extrêmement longue », dit Richard Legendre, commentateur d’actualité sportive sur TVA Sports et ancien champion junior de tennis du Canada. « C’est probablement le sport qui a le moins de saisons mortes. »

Même s’il y avait la pandémie, peu importe ce qui se passait, j’ai travaillé toute ma carrière pour atteindre cet objectiflà. Il n’y a rien qui pouvait me l’enlever.

 

Les joueurs finissent leur saison vers le début décembre pour avoir un mois de repos, précise celui qui est aussi professeur au Pôle sports HEC Montréal. En janvier, ils reprennent avec les Internationaux d’Australie. Puis, il y a les quatre tournois du Grand Chelem, qui sont comme des Jeux olympiques toutes les années pour les joueurs.

« Les Olympiques, ils trouvent ça important parce qu’ils savent que c’est tellement crucial pour les athlètes et le sport en général », dit Legendre. « Même des fois, je les trouve un peu comme des spectateurs qui sont contents d’être dans la cérémonie d’ouverture, de côtoyer les athlètes du monde — ils redeviennent comme des petites filles et des petits garçons qui font du sport. On entend toujours les joueuses et les joueurs dire “Ah oui, je rêve d’aller aux Olympiques”. Mais c’est comme un autre rêve. Ce n’est pas le rêve du tennisman, c’est le rêve du sportif. »

Entre Wimbledon, Tokyo et les Internationaux des États-Unis, en pleine pandémie, une escale aux JO devient donc assurément compliquée.

« Pas une option »

Par ailleurs, en dehors du sport professionnel, les athlètes amateurs n’auraient pas la même liberté de choix. Nonobstant la réalité sanitaire, la présence aux JO devient une question de visibilité, dit Marie-Anik L’Allier, gestionnaire d’athlètes olympiques.

Selon la discipline, « avec un athlète amateur, la situation est variable », dit-elle. « Par exemple, pour un athlète de plongeon, pour certaines compétitions, surtout les Super Series, il y a des dollars qui peuvent être rattachés [à la participation]. Pour le sport amateur typique — comme le canoë-kayak —, il y a des épreuves à la Coupe du monde. Mais pour le grand public, c’est vraiment aux quatre ans qu’on voit les athlètes performer. »

La qualification olympique revêt donc un poids majeur pour ces athlètes, remarque-t-elle. « C’est vraiment l’événement le plus important de leur carrière, de leur cycle de quatre ans. Quand on parle d’un athlète amateur, on va nommer d’abord et avant tout ses exploits aux Olympiques ou aux championnats du monde. »

Pour plusieurs athlètes, comme le gymnaste artistique de Repentigny René Cournoyer, déclarer forfait était donc hors de question, malgré le contexte sanitaire difficile.

« Ce n’était même pas une option dans ma tête. Même s’il y avait la pandémie, peu importe ce qui se passait, j’ai travaillé toute ma carrière pour atteindre cet objectif-là. Il n’y a rien qui pouvait me l’enlever », dit-il en riant.

« Il n’y a personne qui m’a pointé du doigt pour me dire “Même si ça ne te tente pas, tu es obligé d’y aller.” Mais comme je dis, c’est un événement extraordinaire. Hors de question pour moi de ne pas être là. On va juste prendre des précautions doubles et faire plus attention. »

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