Les Jeux olympiques misent sur la jeunesse

En juin 2021, une nouvelle section du planchodrome de l’esplanade du Parc olympique a été dévoilée.
Photo: Adil Boukind Le Devoir En juin 2021, une nouvelle section du planchodrome de l’esplanade du Parc olympique a été dévoilée.

Le mouvement olympique ouvre la voie aux sports urbains à Tokyo dans l’espoir de rejoindre davantage les jeunes, qu’ils soient sportifs ou spectateurs. Mais l’institutionnalisation de ces disciplines en inquiète certains.

Quatre nouveaux sports olympiques (et un ancien) s’ajoutent au cursus des Jeux cette année : l’escalade, la planche à roulettes (skateboard), le surf et le karaté, en plus du baseball/balle molle, qui signe un retour après plusieurs années d’absence.

« Il faut s’assurer que les Jeux olympiques rejoignent différentes clientèles. On doit se demander quels sont les sports pratiqués aujourd’hui et s’assurer qu’ils sont bien représentés », souligne Maria Izquierdo, membre du conseil d’administration de la Fédération internationale d’escalade.

Lors d’une allocution à Rio de Janeiro, en 2016, le président du Comité international olympique (CIO), Thomas Bach, avait préparé le terrain. « Avec les nombreuses options qui s’offrent [aux jeunes] aujourd’hui, [le CIO doit] aller à leur rencontre », avait-il affirmé en annonçant les nouveaux sports accueillis cette année à Tokyo.

Mme Izquierdo se réjouit de la volonté de renouveau du mouvement olympique. « Il y a un attrait pour les sports urbains sur les réseaux sociaux, majoritairement fréquentés par les jeunes. Il y a énormément de vues et d’intérêt suscités. On ne peut pas passer à côté de ça », ajoute celle qui est également propriétaire du centre d’escalade Horizon Roc, à Montréal.

Pour le planchiste professionnel québécois Jessy Jean Bart, qui passe une bonne partie de son temps aux États-Unis, l’inclusion des sports urbains à Tokyo est « un bon move ». « Ça va redonner à 100 % aux JO leur pertinence. Il y a beaucoup de sports démodés aux Jeux olympiques, il y a beaucoup moins d’intérêt. […] Il n’y a rien qui attirait les jeunes. Le fait que les JO intègrent ces sports, ça va ramener la young crowd et générer plus d’argent », croit-il

« Du bon et du mauvais »

Mais on reste loin de l’unanimité. Dès 1985, des grimpeurs avaient rédigé un manifeste refusant l’institutionnalisation de leur sport. Et pas plus tard qu’en 2015, des planchistes signaient une pétition pour dénoncer la marchandisation de leur mode de vie.

Croisé au planchodrome de l’esplanade du Parc olympique, le jeune planchiste Tristan Ovesson a d’ailleurs des sentiments partagés sur l’inclusion de son sport aux JO. « Il y a du bon et du mauvais. Ça peut pousser les gens à voir le skate comme un sport plutôt que comme un hobby », affirme-t-il, aux côtés de son ami Mathis Vaudeville. « Nous, on fait du skate pour s’amuser, c’est ça, notre principale raison et il ne faudrait pas l’oublier. »

Le planchiste professionnel Jessy Jean Bart, qui a fait du skateboard un mode de vie, craint également que certains s’approprient son sport pour les mauvaises raisons. Il a toutefois bon espoir que la bénédiction olympique encouragera la construction de nouveaux planchodromes et mettra fin à quelques préjugés. « Le monde va arrêter de penser que les skateurs sont des délinquants qui abîment le mobilier urbain », espère-t-il.

Des réticences ont également surgi dans le monde de l’escalade, selon Mme Izquierdo. « Il y a eu des questionnements. Est-ce qu’on va nous imposer des règles ? Est-ce que la pratique va changer ? […] On ne comprend pas toujours ce que ça implique d’être aux JO. »

La présence olympique, un jeu de chaise musicale

Le programme olympique reste en transformation constante. En 2014, en prévision des Jeux de Tokyo, le CIO a d’ailleurs fait le choix de baser son programme sur le nombre d’épreuves, et non sur le nombre de sports.

La limite de 28 sports représentés aux Jeux olympiques a donc été abolie. Mais le CIO a circonscrit du même coup le nombre d’épreuves à 310. On verra par exemple des épreuves de basketball à 3 contre 3 et de vélo de montagne acrobatique à Tokyo, mais pas de canoë biplace.

« Il y a continuellement des révisions au programme. C’est certain que les sports traditionnels se sentent menacés par l’arrivée des nouveaux sports », reconnaît Mme Izquierdo.

Le CIO autorise aussi les comités organisateurs des Jeux à proposer de nouveaux sports. Les responsables des Jeux de 2024 à Paris ont ainsi choisi de conserver l’escalade, la planche à roulettes et le surf au programme de l’épreuve — et d’y ajouter le breakdance.

Les administrateurs du Parc olympique de Montréal suivent d’ailleurs cette évolution de très près. Après l’inauguration d’un planchodrome et d’un mur d’escalade, le vice-président de l’exploitation et du développement des lieux, Alain Larochelle, n’écarte pas la possibilité de construire d’autres installations pour le parkour ou le breakdance, voire l’équilibrisme sur sangle (slackline) ou le disque de compétition (Ultimate Frisbee). « Ce sont des univers dont on veut comprendre les besoins. On est en constante discussion avec les groupes cibles », soutient M. Larochelle.

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